Nafissatou Diallo et son "conte de fées" : "Les Grandes Gueules" de RMC auraient dû la fermer

Nafissatou Diallo et son "conte de fées" : "Les Grandes Gueules" de RMC auraient dû la fermer
Nafissatou Diallo et son "conte de fées" : "Les Grandes Gueules" de RMC auraient dû la fermer
C'est une grande leçon de misogynie que nous ont donnée les participants de l'émission « Les Grandes Gueules » sur RMC, connus pour leurs conversations de comptoir, où chacun est invité à donner son avis sur l'actualité. La discussion a fortement dérapé sur le sujet de Nafissatou Diallo, estimée « chanceuse » d'avoir vécu « ce moment très désagréable », comparant même son histoire à « un conte de fées » étant donné les 1,5 million de dollars qu'elle recevra en dédommagement. « Minable ».
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Les auditeurs de RMC n’en reviennent pas. « Dégueulasse », « choquant », « torrent de merde », « mépris de classe » : Twitter n’a pas de mots assez forts pour dénoncer l’émission « Les Grandes Gueules » sur RMC du 21 janvier dernier. En cause : des propos consternants de misogynie portés par les animateurs de l’émission et leurs invités sur l’affaire Nafissatou Diallo. Alors que le Journal du dimanche révélait que Dominique Strauss-Kahn aurait versé 1,5 million de dollars à la femme de chambre du Sofitel de New York qui l’avait accusé de viol, les commentaires démarrent par un « À combien tu le mets le viol ? ». S’ensuit alors un florilège de propos choquants, échangés entre les animateurs Alain Marshall et Olivier Truchot et leurs invités Marie-Anne Soubré, avocate, Franck Tanguy, conseiller en investissement financier, et Sophie de Menthon, chef d’entreprise. « Tu veux que je sois politiquement totalement incorrecte ? [...] Je me demande, c’est peut-être épouvantable de dire ça, (…) si ce n’est pas ce qui lui est arrivé de mieux », lance Sophie de Menthon. Ce sur quoi Franck Tanguy rebondit immédiatement : « Je ne suis pas loin de penser la même chose Sophie, je me suis fait la réflexion hier ». « Moi je pense que l’argent qu'elle a gagné, qui lui permet d’élever sa fille, elle ne l’aurait jamais eu dans toute son existence, et j’espère qu'elle oubliera ce moment extrêmement désagréable », enchaîne l’invitée, justifiant sa pensée en assurant qu'« il y a des femmes dans la rue, je suis sûre qu'elles ont pensé ça, en disant "j’aimerais moi aussi être femme de chambre dans un hôtel et que ça m’arrive" ».

« C'est un torrent de merde »

Seule Marie-Anne Soubré hausse la voix, consciente du dérapage, et tente d’interrompre ses collègues : « On ne peut pas admettre ça, on ne peut pas dire "ça serait tellement génial de se faire violer" ! ». Mais Sophie de Menthon surenchérit : « Je me demande si ce n’est pas une chance d’avoir touché une somme pareille dans la vie qu'elle avait », estimant par ailleurs que Nafissatou Diallo n’a pas subi « un vrai viol ». Les hommes ne sont pas en reste, et enchaînent avec des commentaires scandaleux de machisme : Franck Tanguy en arrive à comparer l’histoire de la femme de chambre à un véritable « conte de fées ». « Elle n’a rien pour elle, elle ne sait pas lire pas écrire, elle est moche comme un cul, et elle gagne 1,5 million, c’est quand même extraordinaire cette histoire », se croit-il obligé de commenter. Cinq minutes atterrantes, durant lesquelles les chroniqueurs n’oublieront pas de rappeler que Nafissatou Diallo est « d’abord une menteuse », et qui ne manqueront pas d’exprimer leur indignation face au fait que ce soit « Anne Sinclair qui (est) obligée de payer ». Les réactions ne se sont pas fait attendre. Dès la fin de l’émission, un auditeur passant à l’antenne qualifie de « minables » les propos des chroniqueurs. Sur Rue 89, un auditeur qui se fait appeler « Charlies Ingalls », publie une tribune assassine. Sur Twitter, les commentaires consternés se multiplient. Acrimed, observatoire de critique des médias, se fait virulent : « Un jour peut-être, les Grandes Gueules de RMC la fermeront. En attendant, elles l'ouvrent et c'est un torrent de merde ».

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