Julia Minkowski : "Dans l’esprit du public un avocat pénaliste est encore un homme"

Julia Minkowski : "Dans l’esprit du public un avocat pénaliste est encore un homme"
Julia Minkowski : "Dans l’esprit du public un avocat pénaliste est encore un homme"
L'association féministe « Les Chiennes de garde » a décerné jeudi le prix du macho de l'année à Maître Pierre Blazy, avocat pénaliste bordelais, pour ses propos sexistes tenus en décembre 2012. Celui-ci s'interrogeait en effet à l’époque sur la capacité d'une femme à tenir le rôle de bâtonnier. Depuis, plusieurs avocates ont fondé le Club des Femmes Pénalistes pour promouvoir leur visibilité dans cette profession. Nous avons interviewé l'une d’entre elles, Maître Julia Minkowski, avocate au Barreau de Paris.
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Terrafemina : Vous avez fondé en février 2013 le club des femmes pénalistes, quelques semaines après la phrase sexiste de Maître Pierre Blazy qui suggéraient que les femmes n'avaient pas les « épaules » pour être bâtonnier. À travers ce club, quel message souhaitez-vous faire passer ?

Julia Minkowski : À la suite des propos tenus par Me Pierre Balzy, nous avions publié (avec Rachel Lindon, avocate au Barreau de Paris, NDLR) une tribune pour dénoncer ces dires mais aussi pour évoquer l’appréhension générale qui existe envers les femmes dans le monde du droit pénal : les figures du barreau sont toujours en majorité des hommes. À la même période, j’ai rencontré Véronique Morali qui m’a alors inspiré l’idée de créer un réseau féminin. C’est ce que nous avons fait. Le club des femmes pénalistes n’est pas là pour faire passer des messages, ni pour réfléchir aux raisons qui nous ont amenées à ce constat, mais pour agir. Nous voulons donner aux femmes pénalistes des outils pour évoluer dans leur carrière mais nous souhaitons aussi favoriser les échanges et la solidarité.

Tf : « Si nous n'avons pas les épaules assez larges, nous en avons plein le dos d'entendre des propos sexistes, misogynes », rétorquait ainsi Maître Clothilde Chapuis à Maître Blazy en décembre dernier. Le milieu pénaliste est-il particulièrement machiste ?

J. M. : Non, pour ma part, je ne souffre pas de sexisme au quotidien. Je travaille, j’ai travaillé avec des hommes qui m’ont donné toute leur confiance, mais il y a parfois aussi des sous-entendus. Un client, par exemple, voulait absolument être défendu par mon collègue parce qu’il le voyait « comme un père », là où il me disait : « vous êtes un peu comme ma fille ». Parfois, les magistrats nous appellent ouvertement madame au lieu de Maître. Mais, ce dont nous souffrons le plus, c’est de ce plafond de verre. Il y a plus d’élèves avocates qu’avocats, c’est un fait et pourtant les femmes accèdent moins aux responsabilités, à l’indépendance. Elles sont souvent des collaboratrices. Concrètement, dans l’esprit du public un avocat pénaliste, dans une cour d’assise ou un tribunal correctionnel, est encore un homme. Dans les médias, il en est souvent de même.

Tf : Maître Pierre Blazy a été nommé le 7 mars macho de l’année par « Les Chiennes de garde » pour ses fameux propos. Quelle est votre réaction ?

J. M. : Je trouve cette récompense méritée, ces propos m’ont scandalisée. Mais je trouve ça triste qu’un pénaliste se voit décerner ce prix. Cela ne reflète pas la réalité de la profession. Un avocat doit être imprégné de valeur humaniste, de progrès, de sensibilité…. Hier, je repensais à ces propos lorsque j’ai croisé cinq avocates étrangères. Shirin Ebadi, avocate iranienne, prix Nobel de la Paix, Karinna Moskalenko, avocate russe, fervente défenseure des droits de l'Homme, Valdenia Paulino, avocate brésilienne surnommée la « justicière des favelas », Christina Swarns, avocate américaine qui combat la peine de mort et Alba Cruz, avocate mexicaine victime de plusieurs attentats contre sa vie. Je me suis alors demandée comment on pouvait penser que les femmes n’ont pas les épaules pour être bâtonnier ?

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