Du sexisme ordinaire dans les manuels de français ?

Du sexisme ordinaire dans les manuels de français ?
Du sexisme ordinaire dans les manuels de français ?
Les manuels de français de seconde sont-ils sexistes ? Les conclusions du rapport de Centre Hubertine Auclert sur la place des femmes dans ces supports pédagogiques vont en ce sens. L’institut pointe du doigt les inégalités entre les sexes affichées dans ces ouvrages et déplore que ces derniers ne se conjuguent qu'au masculin.
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Quelles est la place accordée aux femmes et au féminin dans les manuels scolaires ? C’est la question à laquelle a souhaité répondre le Centre Hubertine Auclert en disséquant 17 livres de français de seconde générale, technologique et professionnelle. Et le constat est sans appel : malgré leur fonction socialisatrice et la diffusion de normes et de valeurs qu’ils impliquent, ces supports pédagogiques ne se conjuguent qu’au masculin.

Selon les chapitres et la filière (générale ou professionnelle), les manuels de français de seconde traitent de différentes époques en présentant un panel très large d’œuvres littéraires et artistiques qui courent du XVIIe au XXIe siècle. Problème, sur les 13 192 occurrences recensées dans l’ensemble de ces ouvrages, seules 6,1% sont des femmes, contre 93,9% d’hommes. Les femmes auteures (3,7%) et artistes (6,7%) sont en effet très peu citées par rapport à leurs homologues masculins (96,3% et 93,3%). De même, les références aux philosophes féminines ne dépassent même pas 1% (0,7%). On ne s’étonnera donc pas du fait que sur les 254 biographies de personnalités cataloguées à la fin de ces supports pédagogiques, seules 11 retracent la vie de femmes.

Seuls 5% des textes étudiés en classe de secondes sont l’œuvre de femmes

Autre enseignement de cette enquête, lorsqu’elles sont mentionnées les figures féminines sont souvent réduites à leur statut d’icône de beauté, de femme fatale, de muse, d’amante ou d’épouse de l’auteur. Quant à leur rôle dans la production littéraire : elle est quasiment imperceptible. « Dans la biographie de Flaubert, Louise Colet est présentée comme sa confidente, sans mentionner qu’elle était avant tout une poétesse », signale ainsi l’étude. Résultat, la majorité des textes principaux étudiés en classe sont écrits par des hommes et seuls 5% ont été produits par des auteures. Certes, cette sous-représentation des femmes est due à leur mise à l’écart des activités savantes et bourgeoises et à la marginalisation des auteures de l’histoire littéraire. Or, ainsi que le déplore le rapport : « Cette exclusion des auteures du champ littéraire au cours des siècles n’est pas évoquée dans les manuels ».

Ce n’est pas la première fois que le sexisme des manuels scolaires est pointé du doigt. En effet, de précédentes recherches universitaires ont déjà montré que ce support éducatif pouvait véhiculer un grand nombre de stéréotypes et de représentations déséquilibrées. D’ailleurs, les études du Centre Hubertine Auclert concernant notamment les manuels d’histoire et de mathématiques avaient révélé que ces manuels n’étaient pas exempts de stéréotypes et reproduisaient la sous-représentativité des femmes dans de nombreux domaines.

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