Cancer du sein : des tatouages pour "botter le cul" de la maladie

Cancer du sein : des tatouages pour "botter le cul" de la maladie
Cancer du sein : des tatouages pour "botter le cul" de la maladie
Dans cette photo : Angelina Jolie
Après avoir vaincu un cancer du sein, certaines femmes font le choix de se faire tatouer la poitrine. Une pratique de plus en plus répandue qui permet aux patientes de se recontruire psychologiquement tout en gardant une trace de leur combat.
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« Je n'ai pas beaucoup souffert. Par contre, j'ai beaucoup pleuré, un peu comme si je laissais ma souffrance derrière moi... ». Comme de nombreuses autres femmes à travers le monde, Marjorie, 36 ans, a choisi de tourner la page de son cancer en se marquant pour la vie. Interviewée par le magazine Néon en 2014, la jeune femme confiait sa joie d'avoir choisi de se faire tatouer après son cancer du sein.

« Les opérations de reconstruction mammaire après une mastectomie totale sont lourdes et douloureuses. Une fois le volume retrouvé, il me restait une intervention pour la reconstruction du mamelon. Une greffe de peau et un tatouage pour finaliser le mamelon », détaille Marjorie. Après des mois d'hésitation, le résultat est là : une branche de cerisier orne désormais son sein droit. « Ce tattoo m’a changé la vie, il représente la mort de ce foutu cancer, il représente ma liberté devant cette maladie de m**** », résume celle qui s'est battue pendant cinq années avec l'aide de son mari.

Le tatouage comme retour à la féminité

Alors que la double mastectomie devient un acte préventif auquel songent de plus en plus de femmes, à l'instar de l'actrice Angelina Jolie en 2013, l'opération est aussi le geste inévitable que doivent faire de nombreuses patientes frappées par un cancer du sein. Dans un cas comme dans l'autre, la disparition de la poitrine, emblème de féminité, est une épreuve. Si la chirurgie plastique et reconstructive est une alternative qui permet aux femmes de retrouver une poitrine proche de celles qu'elles avaient avant l'intervention, le tatouage se pose désormais comme un recours efficace en terme de reconstruction psychologique.

Avec ou sans prothèse mammaire, de plus en plus de femmes perçoivent
le tatouage des seins comme une issue salvatrice. Au-delà d'une simple réalisation technique, qui peut consister à recréer le mamelon ou à laisser s'exprimer une sensibilité artistique, le tatouage est vécu tant comme un retour à la féminité que comme l'ultime trace d'un combat remporté contre la maladie.

Elle aussi touchée par un cancer, Kelly Davidson a choisi de se faire tatouer après une double mastectomie. « Il est mon insigne d'honneur et de force, une œuvre d'art magnifique que je porte avec fierté, car elle représente la façon dont j’ai botté le cul du cancer et la façon dont les seins ne définissent pas qui je suis en tant que personne ou femme », a déclaré l'américaine de 34 ans, dont les photos ont fait réagir beaucoup d'internautes après
leur publication sur la page Facebook « Why We Ink ».

Facebook Why We Ink


Des tatoueurs devenus spécialistes de la question

Solution pour les femmes, l'acte en lui-même est tout autant symbolique pour un nombre croissant de tatoueurs, qui voient dans l'exercice de leur art une façon de participer au processus de guérison. En la matière, la star incontournable du métier se nomme Vinnie Myers. Depuis 2001, ce tatoueur professionnel de Baltimore (Etats-Unis) se consacre exclusivement au tatouage d'anciennes malades, travaillant même en lien direct avec l'hôpital voisin Johns Hopkins.

Très respecté par la profession, Vinnie Mayers a choisi de donner du sens à son talent en faisant de la réalisation de tétons et aréoles en trompe-l'oeil sa spécialité. Grâce à une technique de tatouage imitant la 3D, l'homme s'est fait un nom, au point que l'expression « se faire un Vinnie » est devenue monnaie courante dans le milieu.


« Quand je suis avec elles, je suis un peu 'psy', un peu consultant, un peu 'toubib' et un peu artiste. C’est une relation très spéciale », racontait l'artiste de 51 ans l'année dernière. Des femmes débarrassées de la maladie viennent de tout le pays pour s'offrir les services du tatoueur. Treize ans après ses débuts, le nombre de patientes passées entre les mains de l'artiste varie entre 3000 et 5000 selon les sources. Un succès avéré, symbolisé par un planisphère dans son salon, et sur lequel les ancienne malades peuvent planter une punaise sur leur ville d'origine.

Mais l'artiste n'est pas le seul à exercer cette profession. Le phénomène a gagné une telle popularité que des sites comme p-ink.org fournissent désormais tous les renseignements nécessaires à la pratique, ainsi que des idées de dessin et les adresses de professionnels pratiquant ce type de tatouage.

p-ink.org

Des alternatives aux tatouages artistiques

Toutes les femmes ne souhaitent pas pour autant recourir aux services de salons de tatouage pour embellir leur poitrine. En marge de cette pratique, des solutions médicales existent comme la « dermopigmentation », un procédé qui se démarque de l'univers du tatouage artistique. Ce tatouage médical, conçu comme la dernière étape d'une reconstruction mammaire, après un cancer du sein, permet lui aussi de redessiner une aréole et un mamelon en trompe-l'oeil.


Contrairement au caractère permanent du tatouage, la dermopigmentation est
temporaire. « La prise et la durée du tatouage sera donc différente d'une personne à l'autre, même si, en moyenne, il faut compter une à deux retouches par an », rapporte L'Express. Si l'acte est maintenant courant, il n'est pas proposé systématiquement par les services de santé bien qu'il puisse être pratiqué par des médecins ou des infirmières formées, ainsi que par des esthéticiennes.

Avantage non-négligeable : si le tatouage médical intervient dans le cadre d'une Affection de longue durée exonérante (ALD), comme l'est le cancer du sein,
il peut être remboursé par la sécurité sociale.