Soutien scolaire dès la maternelle : hérésie ou bon point pour nos enfants ?

Soutien scolaire dès la maternelle : hérésie ou bon point pour nos enfants ?
Soutien scolaire dès la maternelle : hérésie ou bon point pour nos enfants ?
Une structure privée vient de lancer son offre de soutien scolaire aux plus petits, arguant que la réussite à l'école se joue dès la grande section. En pleine réforme scolaire, voilà une offre qui surfe sur les angoisses parentales mais qui propose également d'aider les plus fragiles en compensant leurs carences langagières ou psychomotriciennes. Alors, bonus appréciable pour les petits écoliers ou pression de trop ?
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Prendre des cours particuliers à partir de l'âge de 5 ans. L'idée peut faire frémir, et pourtant, la structure privée Cours ado vient de lancer son offre de soutien scolaire pour les plus petits, dès la grande section. Arguant que la réussite scolaire se dessine dès ces petites classes et que les inégalités se creusent très tôt, l'agence étoffe ainsi son programme d'activités ludiques pour les très jeunes écoliers. Si certains poussent des cris d'orfraie, inquiets de voir les plus petits subir une pression scolaire dès leur plus jeune âge, le psychologue clinicien spécialiste de l'enfant et de l'adolescent Jean-Luc Aubert* tient à tempérer : peu de risques de traumatisme ou d'un trop-plein de pression sur les frêles épaules des enfants, si les parents prennent soin de présenter ces cours particuliers comme des moments ludiques. « Tout dépend de ce que l'on entend par soutien scolaire », nuance-t-il. « En effet, si c'est pour faire du scolaire avant l'heure, à cet âge, ce n'est pas souhaitable. En revanche, si l'on propose aux enfants des activités ludiques, psychomotrices, langagières ou autres qui préparent à l'école, pourquoi pas ». Mais était-il bien nécessaire d'avancer encore l'âge des premiers cours particuliers ? Car les offres jusque-là s'arrêtaient au CP, classe charnière s'il en est. Le psychologue scolaire assure que la grande section peut s'avérer être un choix judicieux. « On peut observer dès la petite section qu'un enfant a des fragilités par rapport à une éventuelle réussite scolaire », explique-t-il. Certains éléments sont en effet détectables très tôt, comme des petites faiblesses langagières ou de psychomotricité. « Mais un parent attentif à son enfant peut très bien déceler lui-même très vite ces petites carences et y apporter des réponses dans le cadre familial ».

Le meilleur soutien scolaire : les parents

Car Jean-Luc Aubert le rappelle : le meilleur préparateur à l'école, au-delà de tout auxiliaire ou spécialiste, reste le parent. « C'est un principe fondamental », souligne-t-il. « Se reposer sur un soutien extérieur est un pis-aller : rien ne vaut le temps passé avec son enfant, les discussions, les promenades, les découvertes… » Passer un peu de temps avec son enfant pour des activités ludiques et créatives, c'est la solution pour une préparation à l'école « performante ». « Quand on peut le faire bien sûr, qu'on a du temps », reconnaît le psychologue. Car cette offre de soutien dès la maternelle, M. Aubert l'assure, est avant tout une réponse « aux angoisses parentales ». « Nous sommes dans un contexte économique qui amplifie les craintes des parents, des angoisses qui sont d'ailleurs infondées. Les parents se réfèrent à la situation économique actuelle, alors que la donne sera complètement différente lorsque leurs enfants arriveront sur le marché du travail, dans 25 ans ! », souligne-t-il. M. Aubert s'inquiète plutôt, de son côté, de voir ces programmes creuser encore les inégalités entre les écoliers. « Je crains que ce ne soient pas ceux qui en ont le plus besoin qui en bénéficient », prédit le psychologue, avançant qu'étant donné le coût de tels cours particuliers, ce sont les enfants de familles plus favorisées qui en profiteront. Du soutien scolaire en forme de bonus, donc ? « Un bonus sélectif, qui ne profitera encore qu'à certains », souffle le psychologue. Mais il tempère : « Cela reste du luxe, qui répond avant tout aux angoisses d'une certaine frange de la population, et qui malheureusement ne concernera pas les enfants les plus fragiles ». Pour eux, « peu de choses encore sont mises en œuvre par l'école », mais cela ne saurait que progresser estime Jean-Luc Aubert, avec le projet gouvernemental d'ouvrir les portes de l'école maternelle dès l'âge de deux ans. De quoi rétablir un peu l'équilibre.

*Auteur de « Intelligent mais peut mieux faire », Éditions Ideo, 2012.

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