À quand la fin des publicités sexistes dans l'espace public ?

Ras-le-bol des publicités qui affichent des femmes à moitié nues pour vendre des yaourts ou du déodorant ? Le collectif Stop Harcèlement de Rue aussi. Sur StreetPress, sa fondatrice Héloïse Duché a lancé un appel à Anne Hidalgo et Valérie Pécresse pour les faire interdire.
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Le Haut Conseil à l'Égalité femmes/hommes jetait un pavé dans la mare le 16 avril 2015 en publiant un rapport révélant l'étendue du fléau que constitue le harcèlement sexiste dans les transports en commun. Selon ses auteurs, 100% de ses utilisatrices ont au moins une fois dans leur vie été la cible d'un regard concupiscent sur le quai du métro, d'une parole déplacée, d'une main aux fesses ou d'insultes à caractère sexuel.

Réalisé avec le soutien d'associations féministes, dont Stop Harcèlement de Rue, le rapport a alarmé les pouvoirs publics, qui se sont saisis du dossier. En novembre 2015, a ainsi été lancé un vaste plan national ainsi qu'une campagne d'affichage dans le métro pour "faire évoluer les comportements" et inciter les témoins d'agressions sexistes à réagir et à ne pas laisser la victime seule face à son agresseur.

Sauf que les agressions envers les femmes ne sont pas seulement du fait des autres usagers des transports en commun : les publicités, affichées sur 4 mètres par 3 sur les quais du métro parisien, sont aussi responsables. Comment lutter efficacement contre ces comportements dans le métro lorsque celui-ci affiche sans recul des publicités véhiculant des stéréotypes sexistes ?

C'est à ce paradoxe que le collectif Stop Harcèlement de Rue a décidé de s'attaquer. Dans une lettre ouverte publiée sur StreetPress, sa fondatrice Héloïse Duché a interpellé la Maire de Paris Anne Hidalgo et la Présidente de la région Île-de-France. Objectif : faire enfin interdire ces publicités dans l'espace public.

Se défendant de toute pudibonderie, Héloïse Duché rappelle que la publicité n'est pas anodine : elle "façonne notre représentation du monde et notre rapport à l'autre plus qu'aucun film ou aucun film ne le peut".

"Il y a un phénomène qu'on retrouve dans la publicité sexiste et dans le harcèlement de rue, c'est qu'on est dans du sexisme crasse, intériorisé par les femmes comme par les hommes, et on ne fait plus attention. C'était le cas du harcèlement de rue jusqu'à il n'y a pas très longtemps, il était complètement intégré. Il commence enfin, aujourd'hui, à se désintégrer. Les pubs sexistes aussi, depuis quelques années, font l'objet d'un contrôle citoyen, elles ne passent plus aussi bien. Mais ce que je propose, c'est un coup de pouce des pouvoirs publics, avec un contrôle a priori, et non plus ce seul contrôle citoyen a posteriori", explique Héloïse Duché au site Les Nouvelles News.

Une interdiction pour provoquer une prise de conscience

Pourtant, il est possible de mettre fin à ces publicités. Héloïse Duché préconise ainsi la création d'une "charte luttant lcontre le sexisme et les stéréotypes de sexe diffusés dans les publicités". Proposée par des associations féministes en 2010, cette mesure n'a cependant pas été retenue par le gouvernement. La militante en appelle donc aux collectivités locales. "Sans attendre une action de ce gouvernement ou espérer que le prochain fasse de la lutte contre le sexisme une priorité, la mairie de Paris et la région Île-de-France peuvent dès aujourd'hui éliminer les pubs sexistes des panneaux publicitaires, dans les rues et dans le métro parisiens", écrit Héloïse Duché qui espère ainsi "provoquer une prise de conscience".


Reste désormais à savoir si son appel sera entendu. "Pour ça, Mme Hidalgo et Mme Pécresse, il va falloir affronter des diffuseurs et des publicitaires qui vont nous parler de liberté d'expression, quand il ne s'agit que de la liberté de nous faire acheter leur produit."

Ce n'est pourtant pas impossible. La preuve avec la régie des transports londoniens qui, sous l'impulsion du nouveau maire Sadiq Kahn, a décidé de bannir toutes les publicités montrant des corps de femmes aux mensurations irréalistes. Mené en partenariat avec des agences de publicités – dont le Français JCDecaux – un groupe de pilotage veille désormais au respect des normes, sans qu'aucun manque à gagner sur les revenus publicitaires n'ait pour le moment été constaté.