Christine Blasey Ford a osé dénoncer Brett Kavanaugh : sa vie est devenue un enfer

Christine Blasey Ford le 27 septembre devant le Sénat américain
Christine Blasey Ford le 27 septembre devant le Sénat américain
Bientôt deux mois après avoir témoigné contre le juge conservateur proche de Donald Trump, Brett Kavanaugh, qu'elle accuse de tentative de viol, qu'est devenue Christine Blasey Ford ? Sa vie est devenue un enfer.
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Les rageux masculinistes douteux de #HimToo nous l'avait pourtant dit et répété. Quand une femme accuse un homme d'agression sexuelle, de viol ou de harcèlement, cela ne veut dire qu'une chose : elle veut juste ruiner sa carrière et en tirer profit. Pour se placer sous le feu des projecteurs et pour sa gloire personnelle.

Il y a bientôt deux mois, le 27 septembre dernier, Christine Blasey Ford témoignait devant le Sénat américain. Cette professeure d'université accusait le juge conservateur Brett Kavanaugh de tentative de viol pendant leurs années de jeunesse. Entendant que son agresseur était sur le point d'être nommé à la Cour Suprême, la plus haute institution des États-Unis, elle avait décidé, à 52 ans, de parler enfin de son expérience pour protéger ses concitoyennes et raconter ce que Brett Kavanaugh lui avait fait subir.

Ce fut peine perdue. Aujourd'hui, Brett Kavanaugh a été nommé. Mais où est Christine Blasey Ford ? Ses avocat·es viennent de communiquer sa situation à la chaîne américaine NPR : "Le juge Kavanaugh est parvenu à la Cour suprême, mais les menaces contre le Dr Ford continuent."

Celle qui est professeure à l'université de Palo Alto, en Californie, n'a toujours pas pu retourner travailler. A causes des menaces, elle en est à son quatrième déménagement.

Comme le rappelle le site de NPR, Christine Blasey Ford avait déjà évoqué le sujet de sa sécurité et de celle de sa famille lorsqu'elle avait témoigné devant le Sénat : "Ma famille et moi avons été la cible de harcèlement constant et de menaces de mort. Des gens ont affiché mes coordonnées personnelles sur internet. Il en a résulté des mails, des appels et des menaces supplémentaires. Ma famille et moi avons été forcés de quitter notre maison... Nous avons vécu dans divers endroits sûrs, avec des agents de sécurité."

Deux mois bientôt après son témoignage devant le Sénat, Christine Blasey Ford vit toujours sous protection. Au même moment de son audition contre Brett Kavanaugh, deux levées de fonds publiques ont été lancées qui ont permis de récolter plus de 705 000 euros. Elles étaient destinées à aider Christine Blasey Ford dans toutes les dépenses liées à sa défense.

Ses avocat·es ont tenu·es à répondre aux attaques : "La doctoresse Ford et sa famille sont extrêmement reconnaissantes des généreuses contributions financées par la communauté qu'elles ont reçues." Avant d'ajouter "Ces fonds ont été utilisés exclusivement pour les coûts nécessaires de sécurité physique et de logement occasionnés par l'agression sexuelle de Brett Kavanaugh."

L'argent en surplus sera reversé à des "organisations qui soutiennent les survivant·es de traumatismes", sans préciser combien ou quelles organisations.

Que gagne-t-on à dénoncer ?

Contrairement aux a priori, colportés par ceux qui laissent s'épanouir leurs idées reçues plutôt que de s'intéresser aux chiffres et aux faits, les femmes sont souvent les doubles victimes lorsqu'elles sont victimes d'agressions.

A l'idée reçue "elle fait ça pour l'argent", l'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) répond quand il s'agit d'agressions dans le monde du travail : "Les conséquences professionnelles pour les victimes sont très importantes : elles finissent souvent par perdre leur emploi, après de longues périodes d'arrêt maladie, et éprouvent de grandes difficultés à reprendre leur travail, de peur que les violences se reproduisent [quand il s'agit de violences au travail]."

En France, on connaît l'exemple d'Astrid de Villaine. Cette journaliste de la chaîne LCP avait porté plainte contre le présentateur Frédéric Haziza qu'elle accusait d'agression sexuelle. Après une mise à l'écart temporaire, celui-ci avait été réintégré, et Astrid de Villaines avait fini par démissionner.


Alors que gagne-t-on à dénoncer ? Pas grand-chose. Souvent à s'exposer à la défiance, au slut-shaming, aux "mais pourquoi elle n'a rien fait pour se défendre ?" ou "pourquoi elle n'en a pas parlé avant ?". La seule chose sur laquelle elles peuvent compter, c'est (on l'espère) sur le soutien des autres femmes.

Le public a supposé que Christine Blasey Ford surfait sur l'actualité pour sortir un livre et en faire un best-seller. Et bien, non. Ces avocat·es ont déclaré à NPR que "l'objectif actuel du Dr Ford est uniquement de se remettre de son expérience et de retourner à ses responsabilités professionnelles - et non d'écrire un livre".

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