Cécile Duflot : "Je porte le flambeau féministe pour les futures générations"

Cécile Duflot : "Je porte le flambeau féministe pour les générations futures"
Cécile Duflot : "Je porte le flambeau féministe pour les générations futures"
Candidate EELV-PS aux élections législatives, Cécile Duflot a été l'une des premières à s'indigner du comportement de Maxime Hamou envers la journaliste Maly Thomas. Nous avons voulu la rencontrer pour parler féminisme et sexisme en politique.
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Le 18 juin prochain, date du second tour des élections législatives, Cécile Duflot saura si elle conserve ou non son siège à l'Assemblée nationale. Cinq ans après avoir été investie députée par Europe Écologie-Les Verts, l'ex-ministre du Logement de François Hollande se présente cette fois-ci sous la double étiquette EELV-PS et entend bien poursuivre son combat pour l'égalité femme-homme, que ce soit au Parlement ou non.


Suite à son tweet dénonçant le harcèlement sexuel dont a été victime Maly Thomas par le tennisman Maxime Hamou, nous avons décidé de la rencontrer pour discuter de son engagement féministe et du sexisme auquel elle a dû faire face en tant que femme politique.

Terrafemina : Vous avez été l'une des premières à vous être indignée sur Twitter du comportement de Maxime Hamou envers la journaliste Maly Thomas. Pourquoi l'attitude du tennisman est-elle inacceptable ?
Cécile Duflot : J'étais à un rendez-vous, j'attendais quelqu'un et en attendant je regardais Twitter. Et là je vois passer un article "Regardez Maxime Hamou se prendre un râteau". Je clique sur la vidéo de manière un peu machinale et après l'avoir vue, je me dis que ce n'est pas drôle du tout. Je fais alors ce tweet sobre mais je ne surveille pas les réactions car j'étais ensuite en rendez-vous. Je ne me suis pas rendue compte de l'ampleur que ça prenait. J'ai juste exprimé le ressenti qu'ont beaucoup de femmes. Un certain nombre de personnes m'ont dit merci car elles n'avaient pas perçu cette scène comme problématique. J'ai été marquée par certains événements qu'on a vécus récemment, notamment avec l'affaire Baupin, et je me suis rendue compte à cette occasion que moi aussi j'avais intégré le fait de ne rien dire. C'est ce qui se passe avec Maly Thomas : elle continue de sourire alors qu'elle est mal à l'aise. En tant que femmes, on est éduquées à supporter ça alors que ça n'est pas supportable. Je suis contente car je pense que ça peut servir de leçon : que certains comprennent qu'effectivement, le comportement de Maxime Hamou n'est pas normal et n'est pas tolérable.

TF : Suite à votre tweet, vous avez aussi reçu des centaines d'insultes de la part de trolls. En tant que politique, est-ce que les messages que vous délivrez via Twitter sont audibles ?
C.D. : Il y a toujours des trolls ! Moi ce qui m'a semblé intéressant, ce sont ceux qui étaient sincèrement décontenancés, qui pensaient que c'était pour rire. Ce sont ceux-là qu'il s'agit de convaincre pour faire avancer leur réflexion sur ce qui est tolérable ou non. Et puis il y a ceux qui ont répliqué que c'était de la faute de la journaliste, qu'elle n'avait qu'à lui mettre une baffe. À ceux-là, il faut leur faire comprendre ce qu'est le harcèlement au travail : elle est journaliste, il est sans doute l'un des futurs champions français de tennis. Maly Thomas savait qu'elle ne pouvait rien faire. Si elle l'avait frappé, on n'aurait parlé que de ça et jamais de ce qui s'était passé avant. D'où mon thread pour expliquer ça. Les réseaux sociaux en général, mais Twitter en particulier, sont efficaces par leur immédiateté et leur lien direct. Il y a une forme d'égalité dans la capacité à émettre son opinion, que l'on soit un politique ou un anonyme.

TF : Vous-même vous avez été, et à plusieurs reprises, victime de sexisme. Est-ce que cette violence que vous recevez en tant que femme continue encore aujourd'hui de vous désarçonner ?
C.D. : Bien sûr. Encore aujourd'hui, je ressens ça comme étant profondément injuste. En tant que femme politique, mes prises de position, mes expressions, ne sont pas jugées à la même aune que si j'étais un homme. Un homme qui s'énerve fait preuve d'autorité ; une femme qui fait de même est hystérique. Un homme qui décide de quitter le gouvernement fait preuve de courage politique ; une femme est une amoureuse déçue de François Hollande. C'est souvent très frustrant et parfois ça m'entrave. Ça m'a fait beaucoup réfléchir au sujet de l'expression publique, sur comment s'exprimer, comment élever la voix, etc. Mais en même temps, je sais ce qu'aurait été ma vie si j'avais vécu il y a cent-cinquante ans. Chaque jour, je remercie les féministes qui ont mené des combats pour que je puisse être aujourd'hui devant vous, en pantalon, deux fois mariée, avec des enfants et de pouvoir exercer le métier que je veux sans avoir besoin de demander l'autorisation de mon mari. C'est un combat qui évidemment se poursuit, mais je sais que ma vie est tellement plus facile qu'elle aurait été avec mon caractère si j'étais née il y a cent-cinquante ans.

TF : Emmanuel Macron a nommé Marlène Schiappa au Secrétariat à l'égalité entre les femmes et les hommes, à la suite de Laurence Rossignol. Que pensez-vous de cette nomination ?
C.D. : Je ne pense pas a priori des personnes, je le fais par rapport à leurs actes. Par exemple, le fait qu'elle se soit positionnée en faveur des Femen accusées d'exhibition sexuelle est une bonne chose. Nous pouvons être en désaccord sur certains points, mais elle est engagée pour l'égalité femme-homme, elle se revendique féministe et c'est bien. Après, quand on regarde de plus près le gouvernement dont elle fait partie, on remarque que les femmes occupent les postes les moins élevés, les trois quarts des budgets sont alloués aux hommes... Je juge moins sur l'affichage que sur la réalité des politiques menées et des moyens alloués.

TF : Vous êtes candidate aux élections législatives dans la 6e circonscription de Paris. Cette fameuse robe qui avait suscité les sifflets en 2012 dans l'hémicycle, vous pourriez la reporter aujourd'hui ?
C.D. : Oh oui, je pense même que si je suis réélue, j'irai à la première séance à l'Assemblée avec. Il ne faut pas oublier qu'à l'époque, je n'ai pas parlé lorsqu'a éclaté la polémique. Je ne voulais tellement pas que l'on me réduise à mes vêtements que j'ai préféré me taire. Mais maintenant, cette robe a une histoire. Elle a été exposée au Musée des Arts déco et cet après-midi (l'interview a eu lieu vendredi 2 juin, ndlr), nous allons enregistrer le témoignage de femmes victimes de sexisme et qui portent cette robe. Je porte aujourd'hui le flambeau du féminisme pour les femmes de votre génération et pour les suivantes, et aussi pour mes filles.

TF : Votre conscience féministe est-elle née avec votre engagement en politique ?
C.D. : Non. J'ai eu la chance d'être élevée par une mère plutôt féministe et par un père qui n'était non pas féministe, mais agenre. Il nous a élevé, mon frère, ma soeur et moi exactement de la même manière. Je sais changer une roue, faire les niveaux sur les voitures. Il m'a emmenée avec lui sur les chantiers, faire de l'escalade... Et ça a été la même chose pour mon frère et ma soeur. Les premières fois où j'ai été confrontée au sexisme, ça a été pendant mes études, puis quand j'ai commencé à travailler. J'ai travaillé dans le secteur de la construction et à la première réunion de chantier, lorsque je me suis assise avec les dossiers, on m'a dit "On va attendre le patron". Or, c'était moi la patronne !

TF : Dans le livre de Charlotte Rotman Retourne à la maison !, vous expliquez que le monde politique est dix fois plus sexiste que la société civile...
C.D. : Avant de rentrer à la direction du parti des Verts en 2003, j'ai entendu l'un des pontes du parti dire "on ne va pas foutre une mère de famille nombreuse à la direction". Chez les Verts, vous vous rendez compte ! J'ai souvent été ramenée à mon statut de femme, de "maîtresse de", même si c'était faux. Donc oui, ça a été rageant, à plein de moments.

TF : Quelle analyse faites-vous du traitement médiatique de l'affaire du harcèlement de rue dans le quartier de La Chapelle-Pajol ?
C.D. : Le problème du harcèlement de rue est réel, il ne faut pas le minimiser. Moi-même je l'ai encore vécu récemment alors que je me trouvais dans le quartier des Halles. Après, je déplore l'instrumentalisation qui a été faite, notamment par une candidate aux élections législatives. Et la manière dont ça a été raconté dans l'article du Parisien m'a semblé invraisemblable. L'association Genre et Ville dit bien que l'aménagement urbain est un élément décisif pour lutter contre le harcèlement de rue : les lumières, l'espace sur les trottoirs, etc. Ça a été caricaturé à un problème de largeur de trottoir, mais il faut comprendre que oui, effectivement, ça peut l'être. Quand il y a beaucoup de gens et qu'on doit se faufiler entre eux pour marcher, ce n'est pas la même chose que si on a la place de passer. C'est pour cette raison que j'ai relayé l'article du Bondy Blog, qui met bien les choses au clair sur la réalité de la situation. De plus, ce n'est pas rendre service à la cause de la lutte contre le harcèlement que de dire que c'est un problème de présence de réfugiés sur le trottoir. C'est réducteur et c'est faux.

TF : Si vous conservez votre siège de députée, quels seront vos engagements, notamment en matière de défense des droits des femmes ?
C.D. : Je me suis d'abord fait une promesse : c'est de ne pas me taire et s'il le faut de parler pour les autres. C'est très difficile pour les femmes qui sont victimes de parler de ce qui leur arrive, il faut donc que les autres le fassent pour elles. Je vais continuer de me battre pour ça, comme je l'ai fait précédemment.

TF : En quoi le combat écologiste et le combat féministe sont-ils liés?
C.D. : Historiquement, le lien entre combats écologiste et féministes est très précoce. Et puis je pense que j'aurais été féministe le siècle précédent même si je n'avais pas été écologiste. Parfois on a cette petite flamme en soi. Certaines femmes disent qu'elles ne sont pas féministes. Je pense que c'est une manière pour elles de vivre mieux car quand on est féministe, on est souvent un peu révoltée.

TF : Donald Trump a annoncé que les États-Unis allaient quitter l'accord de Paris sur le climat. Qu'en pensez-vous ?

C.D.
: C'est un cataclysme. Même si c'était prévisible, c'est une catastrophe. D'ailleurs tout le programme de ce président est une catastrophe. L'accord de Paris de 2015 a montré pour la première fois que nous avions une responsabilité de Terrien vis-à-vis de notre planète. On partage une planète, on n'en a pas deux comme l'a rappelé le président de la République. Et en une seconde, Donald Trump a tout bazardé.