Salvador : condamnée à 30 ans de prison pour avoir fait une fausse couche

Manifestation le 8 mars 2017 pour réviser l'article sur l'interdiction de l'avortement au Salvador
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Au Salvador, une adolescente a écopé de 30 ans de réclusion criminelle pour avoir accouché d'un bébé mort-né issu de viols. Une décision révoltante.
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On pourrait croire à une fiction. Mais il n'en est rien. L'histoire est bien réelle et c'est celle de Evelyn Beatriz Hernandez Cruz, une jeune femme de 19 ans condamnée à 30 ans de réclusion criminelle pour avoir fait une fausse couche à la suite de viols répétitifs.

Au Salvador, pays d'Amérique centrale, cette décision judiciaire fait froid dans le dos. Les faits ? Evelyn, alors âgée de 18 ans, tombe enceinte après avoir été violée par les membres d'un gang. Mais l'ado, originaire de la communauté rurale du Cuscatlán à l'est du Salvador, fait un déni de grossesse. A la suite de douleurs à l'estomac et au dos, elle se rend aux toilettes et donne naissance à un bébé mort-né en avril 2016. . Sa mère la conduit immédiatement aux urgences où elle est alors menottée au lit pendant une semaine. Un an plus tard, la jeune femme est reconnue coupable d'homicide. Les médecins et experts n'ont pas été en mesure de déterminer si le bébé est mort in utero ou après l'accouchement. Les juges ont estimé qu'elle ne voulait pas du bébé donc qu'elle avait délibérément omis de consulter un médecin et qu'elle l'aurait jeté dans les toilettes sans chercher à le sauver. Pire encore, elle n'aurait pu agir seule et sa mère serait complice.

Dans un pays où l'avortement est complètement prohibé, Evelyn Beatriz Hernandez Cruz paye les frais d'une justice "sans preuves directes et sans preuves suffisantes pour clarifier ce qu'une femme a vraiment fait", selon Moerna Herrera, avocate et directrice du Groupe des citoyens pour la décriminalisation de l'avortement.

Un projet de loi avorté

Depuis une modification du code pénal en 1998, le très catholique Salvador fait partie de l'un des huit pays qui interdit totalement l'avortement (avec le Nicaragua, le Chili, Honduras, Haïti, le Suriname, Andorre et Malte). Quel que soit le contexte (grossesse issue d'un viol, d'un inceste, danger de mort pour la mère...), réaliser cet acte peut conduire à une peine allant jusqu'à 40 ans de réclusion. De nombreuses femmes sont aujourd'hui emprisonnées pour avortement, fait classé "d'homicide avec circonstances aggravantes".

Pourtant, en octobre 2016, le débat avait été relancé pour dépénaliser l'avortement en cas de viol ou lorsque la vie de la mère serait en danger. La présidente de l'Assemblée législative, Lorena Peña, demandait la réforme de l'article 133 du Code pénal. Elle désire que l'avortement soit possible et non condamnable pour "les femmes et les filles victimes de violence sexuelle, ou en cas de conditions de santé graves, ou un risque de danger de mort". Étudié pendant quatre mois, le projet est aujourd'hui au point mort.

Un combat incessant

L'avocate de la jeune femme condamne une décision "injuste et illégale". "C'est une décision basée sur la morale, pas sur la loi et la justice." Et si les avocats de Evelyn Beatriz Hernandez Cruz ont d'ores et déjà déclaré qu'ils feraient appel, le chemin vers la justice risque d'être très long pour la jeune femme.

En 2014, une campagne avait été lancée pour défendre 17 femmes, emprisonnées à tort. Connues sous le nom de "Las 17", trois d'entre elles sont aujourd'hui libérées et une autre le sera l'an prochain après une réduction de sa peine de 30 à 15 ans.