Dans un lycée de Valence, les filles priées de revoir la longueur de leur jupe

Dans un lycée de Valence, les filles priées de revoir la longueur de leur jupe
Dans un lycée de Valence, les filles priées de revoir la longueur de leur jupe
Au lycée Émile-Loubet, à Valence, les filles qui veulent suivre les cours sont priées de faire valider la longueur de leur jupe par la proviseure de l'établissement et son adjointe. Plusieurs élèves dénoncent aujourd'hui ce sexisme d'un autre âge et appellent à manifester.
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Ni jupe au-dessus du genou, ni jean troué, ni rouge à lèvres foncé : pour espérer entrer dans leur établissement et y suivre les cours, les élèves du lycée Émile-Loubet, à Valence dans la Drôme, doivent chaque matin en arrivant faire valider leur tenue par la proviseure et son adjointe.

Postées aux portes du lycée, ces dernières inspectent la tenue des élèves du lycée. Celles dont la tenue est jugée "indécente" sont priées de retourner chez elles se changer. Celles qui s'y refusent se voient expulsées de l'établissement pour une durée indéterminée.

Libération rapporte ainsi le cas d'une élève exclue du lycée pour une journée parce qu'elle était venue en cours avec un jan troué. Revenant quelques jours plus tard avec le même pantalon, elle a cette fois-ci écopé d'une exclusion à durée indéterminée. Pour pouvoir retourner en cours, elle devra faire examiner chaque matin sa tenue par la proviseure du lycée.

Sexiste et stigmatisant, ce passage en revue des filles de l'établissement pour qu'il soit conforme au code vestimentaire édicté par sa direction a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux après que des élèves ont raconté leur humiliation sur Twitter.

Membre du collectif Réseau d'opération solidaire et d'action (Rosa) à Valence, Norden Gail a contacté les jeunes filles concernées par ces remarques sexistes. Interviewée par Konbini, elle explique que les lycéennes sont chaque jour soumises à des humiliations dignes d'un autre âge, tout ça devant leurs camarades.

"Au premier rayon de soleil, la cour a été placardée d'affiches rappelant la 'tenue décente' à porter (que pour les filles et leur jupe/short). Chaque matin, la direction attend les élèves au portail pour surveiller leur tenue. On arrête les filles en jupe dont on MESURE la longueur. Technique de mesure XIXe siècle : la jeune fille doit mettre ses mains le long du corps. Si ses mains dépassent, la jupe elle est trop courte. Le maquillage est surveillé et doit, s'il est toléré, être discret. Sont interdits les rouges à lèvres 'trop colorés'."

Un cas flagrant de slut-shaming

Ce que déplore surtout Norden Gail (de son vrai nom Nordy Grangier), c'est que les filles doivent absolument faire valider leur tenue pour assister aux cours. Comme si l'accès à l'éducation n'était garanti que si l'on se pliait aux normes vestimentaires imposées par l'établissement. Elles sont aussi les seules visées par ce code vestimentaire, qui impose explicitement aux élèves de "porter une tenue propre et décente", en évitant "les pantalons fendus et/ou troués ainsi que les shorts et jupes trop courts."

Selon Libération, le contrôle effectué par la directrice du lycée et par son adjointe serait non seulement sexiste – il ne cible que les filles – mais aussi discriminatoire. "Ce n'était jamais arrivé avant, il n'y avait aucun problème. Et là c'est un peu à la tête de la personne. À moi par exemple, on ne m'a jamais rien dit, alors que je porte des jupes et des shorts", affirme Léa, une élève de terminale ES au lycée Émile-Loubet, à Libération. "Si tu corresponds aux critères de beauté qui sont souvent établis, on ne te reprochera pas d'avoir une jupe trop courte, renchérit Louis, aussi élève du lycée. Aucun garçon n'a eu de reproches sur sa tenue, alors qu'ils portent des jeans troués. C'est du sexisme pur !"

Du "délire" selon la proviseure

Face à l'ampleur prise par la polémique, la directrice du lycée Émile-Loubet Pascale Frantschi s'est expliquée dans le Dauphiné Libéré. "C'est du délire !, s'est-elle défendue. On n'a que ça à faire de mesurer les jupes ! Nous avons demandé aux élèves, sans distinction de filles ou de garçons, d'éviter de venir avec des jeans troués, car certains petits troués étaient devenus des gouffres, et c'est tout ! Quant au maquillage, nous n'avons jamais rien dit, nous avons des filles et des garçons avec des cheveux verts, roses ou bleus... Et personne n'a été exclu, contrairement à ce qui se raconte !"

En attendant une éventuelle enquête par le rectorat de Grenoble, dont dépend le lycée Émile-Loubet, un rassemblement de soutien aux lycéennes interdites d'entrée est prévu mardi 4 avril devant l'établissement. Chacun.e est appelée à s'y rendre vêtu.e de "jeans troués, shorts, et jupes courtes, jusqu'à l'abandon de ce type de mesures".