Quand faire une fausse couche peut mener les femmes en prison

Au Salvador, faire une fausse couche est passible de prison
Au Salvador, faire une fausse couche est passible de prison
Au Salvador, les femmes qui font une fausse couche sont susceptibles d'être incarcérées pour homicide. 55 membres du Congrés américain ont adressé une lettre au secrétaire d'Etat John Kerry pour que cette violation des droits de l'homme prenne fin.
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Dans certains pays du monde, l'avortement est considéré comme un crime. Le Salvador va, lui, plus loin dans l'outrance : de nombreuses femmes croupissent ainsi en prison, parfois depuis des années, car elles ont commis le "crime" de faire une fausse couche ou de donner naissance à un enfant mort-né. Tout cela en raison d'une législation non seulement absurde mais cruelle à l'égard des femmes.

Scandalisés par ces lois moyen-âgeuses, 55 membres du Congrès américain ont écrit il y a peu au secrétaire d'Etat américain, John Kerry, pour exiger qu'il entame des discussions avec le président salvadorien ainsi que les législateurs et les organisations de défense des droits de l'homme afin que ces femmes soient libérées.

"Elles sont persécutées car elles n'ont pas eu une grossesse parfaite ou des bébés parfaits, c'est absolument scandaleux, a déclaré Paula Avila-Guillen, qui travaille au Centre de défense du droit à l'avortement, une organisation américaine, au site Broadly . Et d'ajouter : "Il s'agit d'une des violations des droits de l'hommes les plus graves à laquelle nous ayons assisté dans cette région".

Des peines de prison allant jusqu'à 40 ans

Depuis que le gouvernement salvadorien a fait en sorte que tous les avortements, y compris ceux pratiqués en cas de viol, d'inceste ou de complication médicale, soient considérés comme des homicides, un nombre incalculable de femmes ont été condamnées à des peines de prison allant jusqu'à quarante ans.

A New York, le Centre de défense du droit à l'avortement oeuvre pour faire en sorte que ces mesures régressives soient supprimées et que les dossiers de ces femmes soient à nouveau examinés. Cependant, comme le fait remarquer Paula Avila-Guillen, "essayer de prouver qu'une femme n'a rien fait de mal pour mettre fin à sa grossesse est extrêmement difficile, et dans la plupart des cas il s'agit de femmes non seulement pauvres mais dans une situation fragile car elles n'ont eu un accès que limité à l'éducation et aux soins de santé".

Dans leur lettre au sécrétaire d'Etat, les membres du Congrès citent l'exemple de Manuela une mère de 33 ans arrêtée et condamnée à 30 ans de prison pour "homicide aggravé" après une urgence obstétricale. A l'époque, cette dernière a seulement rencontré ses avocats le jour de l'audience et elle n'a pas pu s'exprimer pour se défendre ou faire appel de la décision de la justice. Elle est morte en 2010.

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