Turquie : ce guide conseille aux maris de battre leur femme si elle n'obéit pas

Polygamie, violence conjugale, devoir sexuel : en Turquie, un guide pour jeunes mariés crée la controverse
Polygamie, violence conjugale, devoir sexuel : en Turquie, un guide pour jeunes mariés crée la controverse
En Turquie, la colère gronde depuis la découverte d'un guide offert aux jeunes mariés dans l'Ouest du pays. L'auteur y vante les mérites de la polygamie, du mariage précoce et conseille aux hommes de battre leur épouse si elle ne leur obéit pas.
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Dans la ville de Kütahya, à l'ouest de la Turquie, les futurs mariés avaient pour habitude de recevoir un cadeau controversé de la part de la municipalité : un guide conjugal qui dispense des conseils d'un autre âge.
Repéré par la BBC en décembre dernier, cet ouvrage de 394 pages et intitulé Mariage et vie de famille vante auprès des jeunes époux les vertus de la polygamie, justifie l'asservissement des femmes à la volonté de leur époux ainsi que les violences conjugales.

Une femme asservie à la volonté de son mari

Rédigé par un certain Hasan Çaliskan, un ancien employé de l'Office des affaires religieuses, le guide semble s'être inspiré de l'époque médiévale. Il y dispense notamment le "droit d'obéissance sexuelle" de la femme à son mari lors de la nuit de noces et conseille le mariage dès l'âge de dix ans.

"Une femme qui ne se fait pas belle pour son mari et ne respecte pas son autorité peut être battue. Cela lui rappellera les règles en vigueur dans le foyer", peut-on aussi lire. "Si une femme voit un homme plus beau que son mari, elle pourrait tomber amoureuse de lui, elle doit donc rester à la maison", affirme l'auteur du manuel, qui soutient mordicus que la vie professionnelle "détourne la femme de son devoir sexuel envers son mari".

Autres conseils à suivre selon le guide : éviter de se rendre au théâtre qui est le "repaire des démons" mais aussi se taire pendant les relations sexuelles sous peine de voir son futur enfant bégayer.

"Nous n'avons jamais eu de plainte"

Édité par la mairie de Kütahya, Mariage et vie de famille est aussi distribué gratuitement par le conseil municipal de Pamukkale, une localité au sud-ouest de la Turquie. Au grand dam de l'opposition locale, qui a dénoncé le contenu rétrograde et violent de l'ouvrage. Au Parlement, Fatma Kaplan Hurriyet, une élue membre du parti laïc a ainsi pris ouvertement position contre le livre qui "représente les femmes comme des citoyennes de seconde zone et les définit comme des esclaves sexuelles". Elle a aussi appelé à ce que les deux maires qui distribuent Mariage et vie familiale soient poursuivis. Les deux élus sont membres de l'AKP, le parti conservateur dont fait partie le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Face à l'ampleur de la polémique, le ministre de l'Éducation turc a qualifié l'ouvrage de "primitif et non-scientifique". Ce qui n'empêche pas le maire de Kütahya de camper sur ses positions. "Nous le donnons aux jeunes mariés depuis 2014 et nous n'avons jamais essuyé aucune plainte", a-t-il affirmé.

Des droits des femmes de plus en plus menacés

Depuis l'arrivée de Recep Tayyip Erdogan à la présidence de la Turquie, les associations ne cessent de s'alarmer de la régression des droits des femmes dans le pays. Accusé d'encourager les violences conjugales par ses prises de position ouvertement conservatrices à l'égard des femmes, le président turc a à plusieurs reprises été épinglé pour ses sorties misogynes. Ainsi, il n'a pas hésité en novembre 2014 à s'appuyer sur la lecture du Coran pour justifier la supériorité des hommes sur les femmes. "Je sais qu'il y en aura encore qui en seront gênés, mais pour moi la femme est avant tout une mère", avait-il ajouté. S'en prenant régulièrement aux mouvements féministes qu'il réprime, il avait aussi déclaré le 8 mars dernier que "les deux sexes ne pouvaient pas être traités de la même façon parce que c'est contre la nature humaine". En août 2014, il avait aussi tenté limiter le droit à l'avortement.
En novembre 2016, le gouvernement d'Erdogan avait tenté d'adopter une loi visant à dépénaliser les agressions sexuelles sur mineur si l'accusé épouse sa victime. Face au tollé suscité en Turquie et à sa condamnation par la communauté internationale, il avait finalement suspendu le projet de loi.

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