Une championne d'échecs refuse de participer à un tournoi en Arabie saoudite

Anna Muzychuk, 3e championne du monde d'échecs
Anna Muzychuk, 3e championne du monde d'échecs
La championne d'échecs Anna Muzychuk originaire d'Ukraine vient de refuser de disputer son titre lors d'un tournoi en Arabie saoudite pour protester contre les conditions déplorables dans lesquelles vivent les femmes de ce pays.
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Dans le monde du sport, il arrive qu'un champion place ses principes au-delà de son prestige. C'est le cas d'Anna Muzychuk. Cette championne d'échecs ukrainienne -qui a remporté le titre de troisième joueuse mondiale il y a tout juste un an- s'est dite prête à renoncer à son titre en refusant de se rendre au tournoi mondial "roi Salmane" qui se déroule en Arabie saoudite jusqu'au 30 décembre.

Dans un post publié le samedi 23 décembre sur sa page Facebook, la jeune femme a exprimé son refus de disputer son titre de championne parce qu'elle ne souhaitait pas jouer "selon les règles de quelqu'un". Autrement dit, la joueuse d'échecs s'oppose fermement aux conditions de vie des Saoudiennes et refuse, selon ses propres termes "de porter l'abaya, d'être accompagnée en sortant, et de se sentir comme une créature inférieure". "Je suis prête à défendre mes principes et à ignorer l'événement", a-t-elle ajouté, avant de conclure : "dans quelques jours, je vais perdre mes deux titres."

Anna Muzychuk n'est pas la seule joueuse à boycotter le tournoi "roi Salmane". Sa soeur Mariya -également joueuse d'échecs- a déclaré qu'elle ne participerait pas non plus au tournoi, à l'instar de 150 autres joueurs professionnels originaires du monde entier. L'Arabie Saoudite avait par ailleurs dans un premier temps refusé d'accorder des visas à des joueurs professionnels originaires d'Israël, du Qatar et d'Iran.

Les Saoudiennes récemment autorisées à se rendre au stade pour la première fois

Bien qu'il reste l'un des pays les restrictifs au monde en matière des droits des femmes, l'Arabie saoudite, sous l'impulsion du prince héritier Mohammed ben Salmane depuis quelques mois, a procédé à une série de réformes sociétales donnant aux habitants du royaume (et notamment aux femmes) davantage de liberté. Jusqu'ici interdites de conduite, les Saoudiennes ont ainsi obtenu l'autorisation de prendre le volant à compter de juin 2018.

Mercredi 6 décembre dernier, certaines femmes ont pu se rendre à un concert de l'artiste libanaise Hiba Tawaji au centre culturel Roi-Fahd de Riyad. Interdites de fréquenter les équipements sportifs et culturels du pays, les Saoudiennes ont également reçu en septembre dernier l'autorisation exceptionnelle de se rendre dans l'enceinte du stade Roi-Fahd de Ryad pour assister à la 87e fête nationale du royaume.

Ces réformes sociétales n'ont cependant rien de fortuites : elles s'inscrivent en effet dans un plan de modernisation de l'économie afin de rendre le pays moins dépendant du pétrole et trouver de nouvelles sources de revenus. C'est la raison pour laquelle le royaume cherche de plus en plus à développer l'offre de divertissements pour sa population, dont la moitié a moins de 25 ans. La route reste encore très longue pour ces habitantes du Moyen-Orient.