"Notre poison quotidien", l'interview de Marie-Monique Robin

Par Marine Deffrennes
Mis à jour le 18/07/2013

« Notre poison quotidien », l'interview de Marie-Monique Robin

« Notre poison quotidien », l'interview de Marie-Monique Robin

Marie-Monique Robin est journaliste indépendante et réalisatrice, lauréate du prix Albert Londres en 1995, elle est l’auteur du documentaire et best-seller « Le Monde selon Monsanto » (La découverte et Arte éditions, 2008).

Terrafemina : Votre documentaire et votre livre « Notre poison quotidien » (La découverte et Arte éditions) dénoncent les ravages de l’industrie chimique sur notre santé. Comment avez-vous pris conscience de ce problème ?

Marie-Monique Robin : C’était la suite logique de mon travail sur la firme Monsanto, leader mondial dans la production d’OGM et de pesticides – « Le monde selon Monsanto ». Je démontrais comment Monsanto était liée à l’administration nord-américaine et cachait ses données, je me suis demandé si c’était une exception. Malheureusement cette enquête m’a permis de prouver que cet empire était loin de constituer une exception dans l’agrobusiness. J’ai voulu savoir comment étaient testés les produits chimiques par les autorités sanitaires, et quel pouvait être le lien entre ces produits et les maladies dites « évitables » par l’OMS, comme les cancers.

TF : Vous remontez aux origines des pesticides et montrez que la plupart de ces substances ont été élaborées pour servir d’armes de guerre. Comment a-t-on pu permettre leur utilisation massive dans l’agriculture ?

M.-M. R. : C’est assez troublant en effet. Avec le développement de la chimie organique les premiers gaz de combat sont nés pendant la Première Guerre mondiale : gaz de chlore, phosgène (encore utilisé comme composé chimique dans l’industrie des pesticides), gaz moutarde… La recherche a progressé mais pendant la Seconde Guerre les Alliés ont renoncé à utiliser certains produits en raison de leur dangerosité : les industriels ont continué et ont recyclé ces nouveaux produits pour augmenter les rendements agricoles. On a créé des besoins et un bel emballage pour habiller la « révolution verte », la révolution industrielle des campagnes. On ne disait plus « pesticides » mais « produits phytosanitaires », il fallait anéantir par la chimie toutes les mauvaises herbes et parasites. C’était la chimie triomphante, un business qui s’attaquait à la moindre fourmi rouge.

TF : Pourquoi aucune soupape de sécurité n’a été mise en place à l’époque ?

M.-M. R. : Sur certaines images d’archive des années 50 il est étonnant de voir des villes entières et des cultures traitées au DDT. Cet « insecticide miracle » permettait de venir à bout de tout insecte nuisible, et on encourageait les femmes à nettoyer leurs placards avec des éponges imbibées de ce produit. A l’époque on avait une confiance aveugle dans la science, personne ne pouvait aller contre le « progrès ». Répertorié depuis 1995 comme un « polluant organique persistant », le DDT est banni par la convention de Stockholm depuis 2001. A long terme, cette substance agirait comme un perturbateur endocrinien, induisant des cancers, des malformations congénitales et des troubles de la reproduction, notamment chez les sujets exposés in utero.

TF : A vous lire, il devient douteux de faire confiance aux organes officiels comme la Food and Drug Administration américaine (FDA), l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), l'Agence française de sécurité sanitaire (AFSSAPS), ou même l’Académie de médecine. Comment se repérer ?

M.-M. R. : En effet c’est difficile. Mais les chiffres sont là pour prouver les liens entre les pesticides et l’augmentation des cancers, l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) et l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) ne laissent pas d’ambiguïté dans leurs rapports. Ceux qui disent le contraire défendent l’ordre industriel et se livrent à de véritables campagnes de désinformation avec la complicité de certaines institutions. C’est une machine infernale de déni, mais cette épidémie de maladies chroniques n’épargne personne, et petit à petit des produits sont retirés du marché. Le problème c’est qu’on attend toujours de compter les morts pour agir, comme cela a été le cas pour l’amiante.

TF : Manger les produits labellisés Bio peut-il suffire à se protéger ?

M.-M. R. : Oui c’est une protection au niveau individuel qui encourage le système à évoluer, et qui protège les enfants, beaucoup d’études le prouvent. Il y a encore des centaines de milliers de produits chimiques qu’on n’a jamais testés, le consommateur n’est pas protégé face à cette inconnue : c’est le produit qu’on protège ! Il faut repenser complètement notre consommation, nous rééduquer à manger en fonction des saisons, acheter Bio et local le plus possible.

Marie-Monique Robin, « Notre poison quotidien », (La découverte et Arte éditions), 22 €.

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7 commentaires

exhine - 13/04/11 08:52
La durée de vie augmente sans arrêt depuis des lustres , remercions les laboratoires de chimistes pour leur lutte dans sa limitation .
lolavie - 02/06/11 10:49
l'industrie pétrochimique a créé et crée encore énormément de dégats, forcément l'homme devra payer ses erreurs, il commence d'ailleurs à le faire, et surtout contribue à son propre empoisonnement dans l'agroalimentaire et la pharmacie dans un parfait égoïsme et toute impunité ! La durée d'une vie a peut-être augmenté mais son parcours est de plus en plus entâchée par les allergies, et surtout de cancers en très forte augmentation et sur des sujets de plus en plus jeunes !
sandrine6405 - 25/10/11 22:27
il est sur qu'il ne faut pas se leurrer nous vivons dans un monde bien pollué que ce soit par l'air, le sol ou les eaux. Si nous ajoutons certains catastrophes comme Tchernobyl ou Fukushima on ne mange plus rien
ladymam - 16/12/11 22:02
c 'est évident avec toutes les cochoneries que l 'on mange , plein de produits chimique partout !
cécile lhoste - 13/02/12 21:26
le travail de M.M.Robin est de très bonne qualité, à tous niveaux. La présentation faite à Montpellier à la salle Pétrarque était fort intéressante; c'était passionnant, cette femme est excellente: un vrai- vrai boulot de recherche, un franc parler qui fait du bien, normale et accessible... du bonheur malgré un sujet pas très gai ... Oui, la prise de conscience , simple, pragmatique, ("manger en fonction des saisons, acheter Bio et local le plus possible")est possible pour tous.Et ça change la vie, simplement, vraiment.Prenez 5 mn pour aller voir ce petit lien; vous ne le regretterez pas. Et longue vie! http://www.youtube.com/watch?v=Fs-N0Gjf4C8, cécile Lhoste
Fleurdesmontagn - 02/09/12 08:15
Quand on trouve de beaux légumes et fruits sur le marché, on ne se demande pas vraiment dans quelles condition, ils ont été cultivés! L'essentiel est que ce soient de bons éléments!
scarlett974 - 17/07/13 23:50
Ce n'est pas nouveau et ça n'est pas fait pour nous rassurer. Jour après jour, on apprend que tel aliment est nuisible à la santé, on nous incite à manger 5 fruits et légumes par jour mais ceux-ci seraient en fait empoisonnés. Alors, le bio oui mais faut-il encore en avoir les moyens. A quand une généralisation de l'agriculture bio afin de diminuer les coûts de production et donc du prix? Il s'agit d'un problème de santé publique, il est temps de réagir.

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