La communauté  :  
Accueil > Société > France > Prostitution : « le client entretient un marché d'exploitation criminelle »

Par   -  Publié le 6 décembre 2011
 6      2

Prostitution : « le client entretient un marché d'exploitation criminelle »

L'Assemblée votera cet après-midi une résolution pour l'abolition de la prostitution. Un premier pas vers un projet de loi pour pénaliser les clients et reconsidérer les marchandes de sexe comme des victimes. Rendre le « consommateur » responsable ne fait pourtant pas l'unanimité. Éclairage avec Yves Charpenel, président de la fondation Scelles et avocat général à la Cour de Cassation.
Prostitution : « le client entretient un marché d'exploitation criminelle »

 

Terrafemina : Une résolution doit être votée aujourd’hui à l’Assemblée nationale pour l’abolition de la prostitution. Quel sera l’impact de ce vote ?

Yves Charpenel : La résolution est une première étape avant la loi, une fenêtre de tir pour une législation sur la prostitution. Cette résolution a été signée à l’unanimité par tous les partis politiques présents à l’Assemblée, ce qui est une première historique. Il ne s’agit pas vraiment d’ « abolir » la prostitution, puisque c’est impossible dans les faits, mais, comme le préconisait le rapport Bousquet-Geoffroy rendu en avril, de tout mettre en œuvre pour abolir le système qui prostitue, en s’attaquant à cet immense marché criminel et en aidant les femmes à sortir de ces réseaux de plus en plus puissants et illégaux.

TF : La loi qui naîtra de cette résolution devrait proposer de pénaliser les clients de prostituées d’une amende voire d’une peine de prison. Cela peut-il réellement faire diminuer le trafic de femmes ?

Y. C. : La logique défendue par le rapport Bousquet-Geoffroy vise à s’attaquer au problème du trafic par le bon bout. On pénalise déjà ceux qui vendent, d’ailleurs la France est l’un des pays qui condamne le plus les trafiquants sexuels, environ 1 000 condamnations pour proxénétisme tombent chaque année, et on démantèle 25 à 30 réseaux internationaux par an. L’idée est de pénaliser aussi celui qui entretient ce trafic, sciemment ou non d’ailleurs, pour lui faire comprendre que quand on est client de prostituée, on accentue l’exploitation d’une personne vulnérable.

TF : La loi suédoise qui inspire ce projet a-t-elle fait ses preuves et peut-elle être appliquée en France ?

Y. C. : En Suède, l’opinion n’était pas pour à l’époque. Mais la loi a été accompagnée d’une grande campagne de prévention pour décourager les clients de la prostitution. Finalement leur nombre a été divisé par deux.

TF : Les révélations dans l’affaire du Carlton de Lille ont-elles contribué à relancer le débat sur la prostitution ?

Y. C. : Je pense que personne n’est resté indifférent face à ces informations. On a découvert un système caché où sont impliqués des hommes politiques, et il est évident que « Dodo la Saumure » -mis en examen au mois d’octobre pour proxénétisme aggravé- utilise des filles des réseaux d’exploitation de femmes, car pour satisfaire sa clientèle, un proxénète doit renouveler sa « marchandise ». Dans cette enquête, on a intercepté beaucoup de mails du type « j’ai besoin de 50 valises », comprenez « 50 filles »… Le procès dans lequel la fondation Scelles sera partie civile permettra de montrer d’où venaient ces filles. Bien souvent les pays d’origine sont des pays très pauvres comme la Bulgarie, la Roumanie, des régions d’Afrique centrale ou des provinces déshéritées de Chine où l’âge de départ moyen des filles est de 14 ans.


Yves Charpenel / Crédit photo : Ministère de la Justice et des Libertés/Caroline Montagné


Crédit photo : Stockbyte

 

VOIR AUSSI

Abolition 2012 : « Prostitution = violence »
Les députés veulent sanctionner les clients des prostituées

Prostitution : l'Assemblée favorable à la pénalisation du client ?

L'INFO DES MEMBRES

Sleeping Beauty, un plongeon dans une prostitution étudiante

Voir aussi :  loi    prostitution    france   
 

8 commentaires

Muvrella - 06/12/11 19:48
Elisabeth Badinter : « J'appartiens à une génération qui s'est battue pour que les femmes fassent ce qu'elles veulent de leur corps. Si une femme souhaite gagner en trois jours, par la prostitution, ce que d'autres gagneraient en un mois à la caisse d'un supermarché, c'est son droit. La seule condition, et elle est essentielle, c'est évidemment qu'elle n'y soit pas contrainte. Pour le reste, les femmes font ce qu'elles veulent ! Au nom du puritanisme et de l'égalité, la société tente à nouveau d'imposer ses griffes moralisantes sur les femmes. Quelle régression ! »
Capitaine - 07/12/11 01:33
Prostitution : le casse-tête Policier Reste que traquer la prostitution souterraine est particulièrement compliqué. « En l’absence de racolage sur la voie publique, établir les faits est long et difficile,. En France on a pas le droit de faire de la provocation, c’est-à-dire de jouer le client où demain la praticienne comme aux USA ! pour constater l’infraction. » Nicolas Sarkozy a bien promis de doubler les effectifs chargés de la lutte contre le proxénétisme, mais pour le moment la force de frappe se résume dans toute la France à une soixantaine d’enquêteurs. « Le nombre de policiers spécialisés a fondu d’année en année »selon certains. Le paradoxe est que l’interdiction du racolage, votée par l’Assemblée nationale a compliqué encore plus la tâche des policiers. Désormais chassée du trottoir, la prostitution, loin de disparaître, va se fait de plus en plus discrète..et avec la chasse au client encore pire qui s’occupera du proxénétisme agravé Sans parler d’internet !Cette loi est inapplicable en France elle sera aléatoire et permettra tout les chantages;elles détournera des recherches sur les réseaux et le proxénétisme qui sauront s'organiser dans un pays latin qui n'est pas la Suede;si il faut du chiffre on risque de se rabattre sur les inorganisé(e) et les volontaires plus visibles par le gendarme du coin et elle épargnera la prostitution de luxe par coovergirls c"est une bétise énorme
Odomar - 07/12/11 01:54
Il m'arrive d'être client des prostituées mais je n'apporte aucun soutien à aucun réseau criminel ! C'est une honte de parler ainsi. Il existe heureusement une prostitution sans proxénétisme. Pénaliser le client au lieu de traquer les proxénètes, c'est évidemment plus facile ! Honte sur ce M. Charpanel, honte sur Danielle Bousquet, honte sur Jouffroy !
country33 - 07/12/11 10:43
C'est vraiment pas possible , depuis le temps qu'ils parlent d'enrailler et de supprimer la prostitution. Ils n'y arriveront jamais, car maintenant ils déplace dans le svilles les "problèmes" et c'est tout ce qu'ils vont gagner.
ladymam - 10/12/11 13:21
cela ne s 'arretera jamais , le problême est que cela vat etre encore plus cacher et encore plus dangereux pour ces femmes !
jujuleretour - 24/01/12 14:15
mme badinter parle plus sur la libération de la femme , mais la prostitution n est pas une affaire feminine beaucoup d hommes aussi le font , malheureusement on commence a voir beaucoup d étudiants qui se prstituent pour payer leurs études , des meres de famille pour faire manger leurs enfants ou payer les factures , d autre pour juste avoir un toit chez leur client ,,, la prostitution a toujours existée , mais , je pense que la motivation des prostitués a changé !!!!
franmic64 - 07/02/12 23:06
La prostitution est un commerce qui n'est pas prêt de s'arrêter!
country33 - 07/02/12 23:08
Ne dit on pas que c'est le plus vieux "métier" du monde alors pourquoi ça cesserait , je ne le crois pas.

PUBLICITE

La communauté
   Delphine.R  a posté un message sur « Funky Friday » - Il y a 43 s
   Laii  a posté « J'ai appris quelque chose mercredi, mettre du sel sur les » - Il y a 1 min

Entreprises partenaires

Lors de vos achats de parfums, produits de beauté et cosmétiques, est-ce que vous vous rendez en parfumerie :

Fermer  
Envoyer à un ami
Les champs marqués d'un * sont obligatoires
Fermer  

Inscription à l'association

Bonjour,
Merci de répondre au questionnaire d'inscription ci-dessous. Pour votre information, toutes les informations transmises resteront strictement confidentielles et seront utilisées uniquement dans le cadre de l'Association Terrafemina.
 Je souhaite recevoir par email des informations relatives à l'actualité du site Terrafemina.com (newsletter)
Les champs marqués d'un * sont obligatoires
Fermer