Délit d'entrave à l'IVG : "12 hommes pour parler de l'utérus des femmes"

Délit d'entrave à l'IVG : "12 hommes pour parler de l'utérus des femmes"
Délit d'entrave à l'IVG : "12 hommes pour parler de l'utérus des femmes"
La loi portant sur l'extension du délit d'entrave à l'IVG était de retour ce jeudi 26 janvierà l'Assemblée nationale. Un débat qui semble-t-il n'intéresse beaucoup le groupe Les Républicains puisque seulement douze hommes – et aucune femme – étaient présents dans l'hémicycle.
A lire aussi
En Arkansas, la loi autorise maintenant les hommes à empêcher leur femme d'avorter
News essentielles
En Arkansas, la loi autorise maintenant les hommes à...

Quoi de plus normal que de débattre des droits des femmes entre mecs ? C'est apparemment ce que se sont dit les députés du groupe les Républicains ce jeudi 26 janvier.

Alors que la loi sur l'extension du délit d'entrave à l'IVG faisait son retour à l'Assemblée nationale, seuls 12 députés LR – tous des hommes, évidemment – ont fait le déplacement dans l'hémicycle. Ce que n'a pas manqué de remarquer Laurence Rossignol.

Invitée à prendre la parole, la ministre de la Famille, de l'Enfance et des droits des Femmes a épinglé cette aberration. "Où sont les femmes des Républicains ?, a demandé Laurence Rossignol aux douze députés, qui ne voyaient visiblement pas où était le problème.


"Douze hommes ! Douze hommes pour parler des droits des femmes. Douze hommes pour parler de l'IVG. Où sont les femmes des Républicains ? Je sais bien que vous en avez peu faire élire, que vous ne respectez pas les lois sur la parité [...] Mais quand même, où sont-elles ?", commence la ministre, avant d'être interrompue par le député Pierre Lellouche, beau représentant du manterrupting, cette manie qu'ont certains hommes de couper la parole des femmes comme si celle-ci comptait moins.

"Je note que vous avez rassemblé douze hommes pour parler des utérus des femmes, des grossesses des femmes et des IVG des femmes", a poursuivi Laurence Rossignol.

Opposés à l'extension du délit d'entrave à l'IVG, les députés LR ont brandi la "liberté d'expression" en guise d'argument. "Votre sujet, c'est l'IVG même", a souligné Laurence Rossignol, qui fait la guerre aux sites de "désinformation" sur l'avortement et sont très bien référencés sur Internet.

À la reprise des débats en début d'après-midi, une députée LR a fini par assister au débat : l'ex-ministre de la Parité Nicole Améline. Cette dernière a expliqué qu'elle ne s'opposerait pas au texte même s'il pose selon elle "des interrogations légitimes sur la liberté d'expression".

Elle est la seule à avoir voté le texte – adopté en fin de journée – parmi les députés LR, ce pour quoi l'a remerciée Laurence Rossignol.

"My body, my rules"

Des hommes qui se rassemblent pour discuter de la santé reproductive des femmes (et juger celles qui décident d'avorter) : cela rappelle étrangement tristement un autre événement, également survenu cette semaine.
Lundi 23 janvier, soit deux jours après les Women's March qui se sont tenues un peu partout aux États-Unis et dans le monde, le nouveau président américain a pris une première mesure visant à limiter l'accès à l'IVG. Entouré d'une belle brochette de ministres conservateurs, Donald Trump a signé un décret mettant fin à l'aide fédérale que reçoivent les ONG soutenant l'IVG dans le monde.

Une démarche inquiétante pour les droits des femmes dans le monde, à l'heure où les conservatismes gagnent partout du terrain (en France aussi), et foncièrement misogyne que de nombreux commentateurs ont souligné.

Mais la meilleure des réponses à cette volonté qu'ont les hommes de contrôler la sexualité des femmes vient de France. Le collectif féministe 52, qui milite pour que les femmes "reprennent le pouvoir", a dévoilé sur sa page Facebook une parodie d'article du Monde, sur laquelle on voit Hillary Clinton entourée de femmes signant un décret qui interdit aux hommes américains d' "éjaculer hors procréation".

Devenue virale, la photo a depuis été partagée des milliers de fois, allant jusqu'à attirer l'attention de médias étrangers comme Buzzfeed US.