Des pointes pour les ballerines noires : une petite révolution dans le milieu de la danse

Une danseuse métisse
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La marque Freed of London a lancé deux paires de pointes de couleurs marron et bronze pour répondre aux demandes des danseuses classiques à la carnation non blanche. Une mini-révolution qui en appelle d'autres.
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C'est une petite révolution dans le monde de la danse. La marque Freed of London va commercialiser des paires de chaussons de danse non rose, mais de couleur marron et l'autre bronze. Celle-ci n'est que la deuxième marque à s'emparer de ce marché après Gaynor Minden il y a un an.

Mais cette annonce est l'occasion pour le New York Times de mettre en lumière la pratique du "pancaking". Le journal américain est allé interroger des ballerines racisée sur ce procédé.

L'une d'elles, Cira Robinson du Dance Theatre of Harlem, nouvelle égérie de Freed of London, explique qu'elle a commencé à peindre ses chaussures en marron dès son arrivée dans cette compagnie de danse en 2001.

Le "pancaking" est une technique qui vise à recouvrir ses pointes de fond de teint pour qu'elles soient adaptées à sa carnation. Pour chaque paire, Cira Robinson prend 45 minutes à une heure pour que chaque millimètre de ses chaussons soit couvert de fond de teint.

En plus d'être une perte de temps, ce procédé est aussi une perte d'argent. L'une des danseuses interrogées, Ingrid Silva, du Dance Theatre, a publié une vidéo sur Youtube pour montrer comment changer la couleur de ses pointes. Elle explique : "Beaucoup de gens se plaignent : c'est un processus long et coûteux [...] La marque de fond de teint que j'utilise - Black Opal's ebony brown - coûte 10€ le flacon, et avec ça, je peux faire trois chaussures."

Ingrid Silva explique le pancaking

La ballerine doit couvrir en moyenne deux paires de chaussures par semaine, ce qui représente donc 675 euros par an. Une somme énorme quand on considère le faible salaire des ballerines.

Comme le rappelle le New York Times, les pointes ont d'abord été créées blanches, puis sont devenues rose : "Le rose est venu dominer comme un moyen de se rapprocher de la chair des danseurs européens. Les chaussures devraient se fondre dans la jambe et ne pas 'casser la ligne'". Dans cette logique, il est donc normal de pouvoir proposer des pointes adaptées aux danseuses à la carnation non blanche.

En France, le même débat réduit à un "sparadrapgate"

Ce qui semble une évidence ne l'est franchement pas pour tout le monde. Après avoir tweeté l'article mettant en lumière cette pratique du pancaking, la journaliste française Rokhaya Diallo a de nouveau été prise dans un flot de polémiques.

En France aussi, cette question a une résonance. Rokhaya Diallo avait ainsi déclaré dans l'émission C Politique début 2018 : "C'est un souci permanent de vivre dans un pays qui nous donne le sentiment qu'on n'existe pas parce que rien n'est pensé pour nous, ni les pansements, ni les coiffeurs, ni le fond de teint. On ne peut pas acheter nos produits cosmétiques dans des supermarchés".

A la suite de cette déclaration, s'en était suivi ce qu'elle appelle elle-même dans une tribune publiée sur Buzzfeed un "sparadrapgate", de nombreuses personnes non-racisées ne comprenant pas ses critiques. Les mêmes qui reviennent aujourd'hui pour critiquer les nouvelles pointes colorées de Freed of London.

Avec cette marque de pointes qui lance ses modèles "Ballet bronze" et ses "Ballet black", c'est un début de changement qui s'opère face à cette exclusion. La ballerine Ingrid Silva voudrait que le monde de la danse aille encore plus loin que de nouvelles couleurs de chaussure : "Le milieu de la danse a encore beaucoup à apprendre, à commencer par les compagnies qui embauchent plus de danseurs de couleur."

Interrogée par le New York Times, Virginia Johnson, directrice artistique du Dance Theater of Harlem, déclare : "Il ne s'agit pas de chaussures, il s'agit de savoir qui fait partie du ballet et qui n'en fait pas partie. C'est un signal que le monde vous est ouvert."

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