Un an au gouvernement et des critiques : Marlène Schiappa fait le bilan

Marlène Schiappa à l'Assemblée nationale le 17 octobre 2017
Marlène Schiappa à l'Assemblée nationale le 17 octobre 2017
Dans cette photo : Marlène Schiappa
Un an après sa nomination, la Secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa défend son bilan que certain.e.s jugent mitigé. Loi contre les violences sexistes et sexuelles, harcèlement de rue, subventions aux associations... Elle répond aux critiques.
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Emmanuel Macron avait promis de faire des droits des femmes la "grande cause" de son quinquennat lors de son élection. Un an après son élection, qu'en est-il ? Marlène Schiappa, fondatrice du blog Maman travaille, a été nommée Secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes. Son cheval de bataille : la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Présenté à l'Assemblée nationale en mai dernier, le projet de loi n'a pas fait l'unanimité. Et de nombreuses associations déplorent le manque de moyens et d'écoute. Marlène Schiappa a accepté de répondre à ces critiques. Elle fait le bilan de sa première année au gouvernement, agacée par ces attaques qu'elle juge injustifiées.

Terrafemina : Qu'est-ce qui a été le plus éprouvant durant cette première année au gouvernement ?

Marlène Schiappa : Il n'y a rien eu d'éprouvant vraiment. Les choses qui sont éprouvantes, ce sont les gens qui font le trois huit en ne sachant pas qui va garder leurs enfants quand ils partent au travail. Moi, je ne peux pas dire que j'ai vécu des choses éprouvantes. Ce que j'ai trouvé peut-être plus difficile, c'était la conciliation entre la vie politique et la maternité. C'est pour cela que j'ai écrit le livre "Si souvent éloignée de vous" : pour partager ça qui est à la fois très intime et très universel. Parce que je crois qu'il y a énormément de mères qui se déculpabilisent en lisant les mésaventures ou les récites d'autres mères ou d'autres femmes. C'est ça le plus difficile : être confrontée à des injonctions contradictoires.

Emmanuel Macron avait annoncé un ministère plein et entier pour les droits des femmes. Vous vous retrouvez secrétaire d'Etat. Une déception pour beaucoup de femmes et d'associations.

C'est une idée reçue. Quel que soit le portefeuille ministériel de la personne qui en est en charge, c'est la même administration avec une quarantaine de personnes à plein temps à Paris plus une administration décentralisée partout en France. Il n'y a pas moins de moyens financiers, il y bien a plus parce qu'on est à 420 millions d'euros en interministériel. C'est le budget le plus haut qui n'ait jamais été voté sur ce programme budgétaire. Donc c'est une hausse importante et pas une diminution.

Pourtant, de nombreuses associations déplorent le manque de moyens. L'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) a par exemple dû fermer son standard en début d'année...

Il n'y a pas eu de baisse de la subvention pour l'AVFT. La subvention est de 250 000 à 300 000 euros par an, elle n'a pas baissé d'un seul euro, je l'ai maintenue dans son intégralité, je ne l'ai pas baissé d'un seul euro, je ne l'ai pas baissé d'un seule centime la subvention de l'AVFT. Ensuite, l'AVTF a eu un accroissement d'activités comme absolument toutes les associations qui sont en charge de cette question. Il y a eu +34% de plaintes avec #Metoo et donc l'AVTF a décidé unilatéralement de fermer son standard. Dans n'importe contrat commercial, l'Etat confie une subvention, ce n'est pas un don, ce n'est pas mon argent, c'est l'argent public, c'est l'argent de tout le monde donc on confie une subvention en échange d'un service, notamment, la tenue de ce standard. L'AVFT a décidé de fermer son standard. L'Etat serait en droit dans n'importe quel contrat commercial ou contrat de partenariat de dire : "OK, vous ne remplissez pas la mission pour laquelle vous touchez une subvention, on arrête la subvention". Or, nous, ce n'est pas ce que l'on a dit.

Ce que l'on a dit, c'est que comme on sait qu'il y a eu un surcroît d'activité, on comprend cette fermeture, on maintient à 100% votre subvention et on vous demande de faire moins de choses, parce que l'Etat, avec le ministère du Travail, créé un numéro de téléphone pour permettre aux femmes qui sont victimes de violences sexistes et sexuelles au travail d'appeler un numéro et d'obtenir des réponses. Donc, les moyens, ils sont tout à fait là, il y a même des associations qui ont vu leurs subventions augmenter. J'ai créé un groupe de travail avec des experts qui sont chargés d'expertiser justement les montants des subventions, combien on donne, sur quoi, à quelle durée, de faire en sorte que l'on trouve des subventions qui soient pérennes.

J'assume tout à faire de dire que mon but final c'est quels services on rend aux femmes et pas la survie de telle ou telle association ou de tel ou tel emploi dans telle ou telle association.

Marlène Schiappa fait son bilan
Dans cette vidéo : Marlène Schiappa

En quoi le mouvement #MeToo a-t-il influencé votre politique ?

En réalité, cela ne l'a pas influencé réellement, ça a surtout braqué les projecteurs dessus. La question des violences sexistes et sexuelles, ça fait des années que j'y travaille. Je suis loin d'être seule, on est nombreuses à travailler dessus depuis longtemps mais c'est un domaine de spécialité qui n'était pas extrêmement bien considéré jusque-là. Et l'affaire Weinstein et #Metoo ont permis d'ouvrir les yeux.

J'ai l'impression qu'enfin, au-delà de la question de la parole des femmes qui s'est libérée, surtout l'écoute de la société qui s'est enfin ouverte et qui a été prête à écouter ça et du coup avoir des exigences de réponse immédiate. Mais nos engagements étaient prêts par le président pendant la campagne et ils n'ont pas changé : il y avait la verbalisation du harcèlement de rue notamment qui est un phénomène massif puisque je rappelle qu'il y a 8 jeunes filles sur 10 qui ont peur de sortir toutes seules le soir dans la rue, ce qui est énorme.

Le délit d'outrage sexiste n'est-il pas une mesure purement symbolique ? Certes, la visée est pédagogique, mais comment former les forces de polices et quels moyens pour l'appliquer ?

Je crois que c'est important de dire que les lois de la République française interdisent de suivre, d'intimider, de menacer, d'invectiver, des femmes dans l'espace public, ça c'est la première chose. Le droit pénal a aussi fonction de pédagogie et ça, j'assume parfaitement. La question du harcèlement de rue, on n'en a jamais autant parlé que depuis que le gouvernement a dit qu'il allait interdire le harcèlement de rue. Moi, je crois que c'est une manière aussi, collectivement, de redéfinir ce que l'on tolère et ce que l'on ne tolère pas et d'abaisser le seuil de tolérance de la toute la société aux violences sexistes et sexuelles, notamment au harcèlement de rue.

Et enfin, je pense que ce sera une mesure vraiment effective : on travaille dessus avec le ministre de l'Intérieur, il y a 10 000 policiers et policières de la sécurité du quotidien qui seront recrutés, équipés, formés pour repérer et pour verbaliser le harcèlement de rue avec des amendes qui iront de 90€ en paiement immédiat à 3000 euros en cas de récidive et de circonstances aggravantes, par exemple le fait que la victime ait moins de 15 ans.

C'est quelque chose qui a une part subjective, donc effectivement, c'est difficile et c'est pour ça qu'avec la mission interministérielle de protection des femmes, on anime ces formations notamment en direction des policiers pour faire en sorte qu'ils soient vraiment formé au harcèlement de rue. Je crois qu'il faut surtout sortir de la représentation "romantique" du harcèlement de rue : ce n'est pas quelque chose d'agréable, c'est quelque chose qui entrave la liberté des femmes, qui les empêche de sortir, qui les amène à élaborer des stratégies d'évitement, à changer de trajet, parfois même simplement à rester chez elle ou alors à avoir l'esprit occupé par autre chose.

Donc au-delà de ça, on interpelle aussi les témoins : on est en train de travailler sur une grande campagne de communication en télévision avec un budget de 4 millions d'euros. On parlait de moyens, c'est la première fois qu'il y a 4 millions d'euros qui sont mis sur une grande campagne de communication contre le harcèlement de rue et contre les violences sexuelles parce qu'on pense que si les témoins interviennent, ils pourront aussi réussir à baisser le nombre de ces harcèlements.

Comment faire de cette campagne de sensibilisation une campagne pérenne ? Quelle en sera la durée ?


On est en train d'y travailler justement, mais l'idée, c'est d'avoir quelque chose de pérenne et ensuite de la renouveler. Une fois que cette campagne terminée, il y en aura d'autres. On avait déjà commencé avec des campagnes réseaux sociaux à destination des plus jeunes et à destination des auteurs. Et c'est ça qui est un peu différent je crois, c'est qu'il y a eu beaucoup de campagnes à destination des victimes en disant : "Vous êtes victimes, faites ci, ne faites pas ça, appelez ça etc". Nous, ce que nous voulons, c'est agir pour une meilleure condamnation des violences sexuelles, c'est ce que nous faisons avec la loi, c'est du droit pénal, mais nous voulons aussi agir en direction des auteurs de ces violences. Parce que l'intervention d'un témoin, encore une fois, c'est ça qui peut permettre de baisser la quantité des violences sexuelles qui sont commises.

L'article 2 de votre projet de loi fait polémique. L'enfant ne sera-t-il pas moins protégé ?

Il sera mieux protégé puisqu'on rajoute quelque chose qui n'existe pas aujourd'hui. En droit français, le viol, c'est une pénétration obtenue sous la menace, la contrainte, les violences ou la surprise. Nous rajoutons un alinéa qui vise à dire quand lorsque les faits sont commis sur une personne de moins de 15 ans, la contrainte et la surprise sont caractérisées parce que la victime a moins de 15 ans. Donc c'est un viol et ça doit sanctionné pour ce que c'est, un viol, un crime. L'idée, c'est d'éviter ce que l'on a pu connaître par le passé en disant par exemple, cet enfant de 11 ans ne s'est pas débattu donc il n'y a pas de contraintes, donc ce n'est pas un viol donc c'est un acquittement. Nous voulons dire : il ne s'est pas débattu, certes, mais il a moins de 15 ans, c'est une contrainte et une surprise, c'est un viol donc il doit y avoir une condamnation.

Comment expliquez-vous cette crispation avec les associations ? On vous reproche de ne pas être assez à l'écoute des actrices et acteurs de terrain et de leur expertise.

Tout à l'heure, on parlait de "qu'est-ce que c'est une féministe ?". Moi, j'aimerais savoir ce que c'est les associations féministes ? Dans la mesure où il y a énormément d'associations féministes avec lesquelles on travaille extrêmement bien, main dans la main, régulièrement... Je peux vous citer les associations du collectif Ensemble contre le sexisme, le CIDFF, le centre d'information du droit des femmes et des familles, qui est la plus grande association de défense du droit des femmes de France, qui a un maillage territorial considérable et qui mène un travail concrètement sur le terrain et qui n'est pas en train de prendre position sur telle ou telle chose contre le gouvernement.

Après, il y a des associations féministes qui de bonne foi pensent que ce que nous proposons n'est pas la meilleure solution. C'est leur droit de le penser et de le dire. Et puis il y a des associations féministes qui sont aussi politisées et de la même manière, c'est leur droit d'être politisées, on est en France, ça fait partie du débat public.

La France ferait blocage à une directive européenne favorable à l'égalité femmes-hommes qui ambitionne d'élargir le cadre des congés parentaux dans tous les pays membres.

De quoi on parle ? Cette directive qui est proposée par la commission européenne, elle parle d'un congé parental, avec 4 mois pour les hommes ou 4 mois pour les femmes et avec une meilleure rémunération. Déjà, j'aimerais que l'on pose le débat pour ce qu'il est. On n'est pas en train de parler d'une avancée à proprement parler des femmes, on est en train de parler de meilleurs congés parentaux. C'est quelque chose dont on peut débattre, moi c'est un sujet qui me passionne. J'aimerais qu'on m'explique pourquoi, comme ça, c'est une avancée pour les femmes alors qu'il s'agit de 4 mois de congés parentaux renforcés qui seront pris majoritairement par les femmes et pas par les hommes. Ça, c'est un premier débat qu'on peut avoir.
Ensuite, sur la forme, la France ne bloque pas cela, la France est en discussions avec les autres pays européens.

Cette directive pourrait possiblement désengorger les crèches en rendant le congé de paternité plus attrayant...

Je ne suis pas sûre parce qu'on ne va pas passer de 11 jours à un an et je crois que le congé paternité, c'est pendant le congé maternité, les enfants entrent en crèche en moyenne à deux mois et demi, trois mois donc je crois que cela n'aura pas d'impact forcément sur les crèches.

Comment on élève un enfant féministe ?

C'est une bonne question, moi je n'ai aucune leçon à donner là-dessus. Je l'ai toujours dit, en 11 ans de "Maman travaille", j'ai écrit 18 livres, j'ai toujours dit que je n'avais de leçons à donner à qui que ce soit, ni de féminisme et encore moins d'éducation. Je pense que l'éducation qui relève tellement de l'intime, des valeurs familiales, de l'histoire familiale, de ce que l'on a envie de transmettre à son enfant, de ce que l'on peut lui transmettre aussi, ça dépend aussi de l'enfant.

Je dis toujours qu'entre le parent qu'on rêvait d'être, le parent qu'on est vraiment, l'enfant qu'on voulait avoir, l'enfant qu'on a et la famille qu'on arrive à se construire, finalement, il y a quelque chose qui est tellement particulier, de l'ordre de l'alchimie quasiment et c'est un sujet qui est extrêmement personnel. J'ai deux filles, j'ai ma manière de les élever et je ne sais pas si ma manière est une manière qu'il est souhaitable de dupliquer, je ne me risquerais pas à le dire.

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