Le succès en entreprise est-il tabou ?

Par Marc Roussel
Publié le 6 avril 2012

Le succès en entreprise est-il tabou ?
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Si le succès semble une condition si fondamentale aussi bien pour les individus que pour les groupes, pourquoi est-il si peu reconnu et promu au sein des entreprises ? On peut même se demander s'il n'est pas devenu un sujet tabou.


Par Marc Roussel, formateur et coach, auteur du livre « Le manager Ethique » (Editions Lulu)

Nous voulons le succès et nous l’apprécions quand il est au rendez-vous mais à l’évidence nous entretenons une relation ambiguë avec lui. Cette notion de succès ou de réussite est même une condition inscrite sur les tablettes de la loi : une entreprise pour avoir le droit de continuer d’exister doit être solvable. Qu’est-ce que la solvabilité sinon la preuve que l’entreprise a réussi à vendre plus qu’elle n’a dépensé. N’est-ce pas là une bonne définition de succès ? Réussir ce que l’on a entrepris et dans notre cas, un bilan positif reste quand même un assez bon indicateur…

La raison cachée

En fait, la condition de succès est tellement l’état normal que l’on finit par ne plus lui prêter attention. De la même manière que nous ne portons pas trop d’attention au fait d’être en bonne santé. Pourquoi ? Et bien c’est notre condition « normale ». Vous voyez le mécanisme. Il semble bien que nous ayons ce péché mignon : or il y a une loi assez simple qui dit qu’il faut arroser ce que l’on veut faire pousser… Si nous revenons dans le monde de l’entreprise, nous assistons à un phénomène aussi étrange qu’irrationnel. Regardons cela de plus près.
Qui n’a jamais pu observer cet exemple par lui-même ? Prenons le cas d’une personne se comportant en bon employé, ayant une très honnête production et qui à la fin du mois touche sa paye sans rien dire, sans qu’on ne lui dise rien en retour non plus.
Et puis, hier, il y a eu un problème sur la machine N°248654 dont il s’occupe. Alors là, changement de registre : convocation dans le bureau de l’ingénieur. Que se passe-t-il ? Où est l’erreur ? Qui l’a commise ? Attention des sanctions peuvent tomber. Il faut des coupables !

Réagir au négatif : un réflexe

Vous voyez la logique, le type fonctionne parfaitement et personne ne lui dit rien ou presque, et puis il y a un problème et tout le monde lui tombe dessus.
Cette caricature de mauvais sketch reste l’un des scénarios les plus joués sur la scène du quotidien d’une foultitude d’entreprises. En fait nous sommes construits sur un modèle qui veut qu’on ne réagisse pas quand les choses vont bien et qui déclenche l’alarme dès l’apparition d’un problème.

Ce modèle réactif a des effets très pervers sur le plan psychologique. En effet, ce phénomène (réagir au négatif et ignorer le positif) produit de véritables catastrophes. Pour nous aider, considérons rapidement l’échelle de Maslow. Remarquons que pour la plupart des personnes ayant un emploi, les besoins physiologiques, de sécurité et d’appartenance sont relativement servis, en tous les cas dans notre pays. Donc les besoins qui restent à satisfaire pour la plupart des employés sont la reconnaissance et le sentiment d’épanouissement.

Maslow

L’effet du manque de reconnaissance

Quand un collaborateur ne reçoit pas d’accusé réception à ce qu’il fait de bien, même si c’est « normal », qu’on ne lui indique pas que sa contribution est appréciée et que l’on ne marque pas le coup lorsqu’il produit quelque chose qui l’a fait grandir et qui a été profitable au groupe, il devient affamé de reconnaissance.
Cela se traduit par une perte de confiance en lui, par des frustrations plus ou moins vives, une perte de sens, un abaissement de son sentiment d’appartenance au groupe, une perte de valeur pour lui et les autres, dus au simple fait de ne pas ancrer ses bonnes pratiques et les transmettre. En bref vous avez un employé moins motivé, mois excité à l’idée de travailler. Cela participe à générer du stress et nous savons aujourd’hui que cela aussi a un coût*. (Coût estimé du stress : 3% à 5% du PIB)

Cela peut-être risqué de partager un succès

Ajoutons aussi cette remarque. Il peut arriver qu’une personne ayant vraiment réussi quelque chose se montre réticente à le partager. En creusant les mobiles qui se cachent derrière cette réserve, vous découvrez presque immanquablement un accomplissement antérieur dont elle était particulièrement fière qui a été sévèrement invalidé.
Placée dans l’impossibilité de se défendre, la personne a alors mis en place un système de protection très simple : je garde ça pour moi, voire même je le minore… Vous imaginez qu’avec un tel stratagème cette personne ne risque pas d’aller très loin sur le chemin de l’épanouissement.

Qu’en est-il des intentions véritables ?

Évidemment, ces observations ne signifient pas que les directions et les managers en général ne sont pas conscients de la valeur de leurs équipes, ni qu’ils souhaitent invalider leurs bonnes intentions et leurs efforts. Cela veut dire qu’ignorer le positif et réagir au négatif est un piège dans lequel il est extrêmement facile de tomber, surtout si cette tendance, déjà naturelle, a été renforcée et ancrée par l’éducation.

Crédit photo : Hemera

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8 commentaires

Pinklady - 06/04/12 18:26
En France le potentiel de l' individu ne compte pas ou peu. On est dans un système élitiste où l' employé reste employé et où le cadre représente l' excellence à lui tout seul, il a fait des études donc il sait tout, y compris "manager" une équipe même s' il n'a aucune expérience en la matière. On n'est pas très professionnel non plus et si vous faites trop bien votre boulot, vous allez vite devenir l' empêcheur de tourner en rond. Si votre chef est un pistonné, vous allez devenir une menace pour lui et vos collègues vont vous en vouloir d'être compétent. Pour vivre bien au boulot ici, il faut être médiocre, ne pas faire de vagues, se couler dans le moule et surtout ne pas dire ce que l' on pense...
Montana - 07/04/12 20:16
« Prenons le cas d’une personne se comportant en bon employé, ayant une très honnête production et qui à la fin du mois touche sa paye sans rien dire, sans qu’on ne lui dise rien en retour non plus. Et puis, hier, il y a eu un problème sur la machine N°248654 dont il s’occupe. Alors là, changement de registre : convocation dans le bureau de l’ingénieur. Que se passe-t-il ? Où est l’erreur ? Qui l’a commise ? Attention des sanctions peuvent tomber. Il faut des coupables !" Détrompez vous, Taylor n'est pas mort (du tout). Cette culpabilisation automatique de "l'operateur" est symptomatique. On peut essayer de cacher le taylorisme derrière des slogans, comme l"'excellence", ou le leadership, ou "one team one goal", le naturel revient toujours au galop. Dommage.
country33 - 09/04/12 12:52
Ce genre d epromotion a toujours fait et fera tout le temps des jalousies alors c'est certain que les promos des empoloyés fait toujours des envieux.
Fleurdesmontagn - 21/08/12 09:31
Certaines personnes n'aiment pas du tout parler de leur carrière et du succès que leur entreprise a pu avoir! Les patrons ont surtout peur de faire parler des gens qui diront du mal d'eux, tout simplement!
ircarformation - 02/09/12 13:26
Bonjour A Pinklady Je partage votre point de vue pour l'avoir observé trop souvent au sein des entreprises où j'ai pu travailler ou bien au cours de nombreuses conversations. D’une part, cet élitisme issu du colonialisme et de l'ère industrielle reste insidieusement ancrée dans notre culture de Management et maintient un arbitraire qui brouille tous les processus naturel de coopération. D'autre part, jouer le jeu à fond et honnêtement dans son travail vous fait montrer du doigt par tout ceux qui se contentent de faire ce qu'il faut mais sans plus... Alors que faire ? Tout le livre : Le Manager Ethique est bâti sur l'idée qu'un Manager, s'il dispose des "outils corrects" (Principes, valeurs et méthodes de communication dans le travail) peut rétablir un certain équilibre dans sa zone d'influence directe. C'est vrai, d’ailleurs si vous avez l'occasion de lire le Manager Ethique, vous découvrirez que ces méthodes sont à la fois simples et logiques et que misse en application, elles produisent d’étonnants résultats... Bien sûr, en rêvant un peu plus loin, un groupe de Managers qui appliqueraient collectivement ces approches managériales pro-humaines serait capable de faire une sacrée différence dans leur entreprise et sur leur marché... Mais cette aspiration se heurte de plein fouet aux vieilles habitudes. C'est le "chien qui se mord la queue" Il est donc rare que les directions soient prêtes à remettre en cause leur propre style de management car à l'évidence c'est toute une société qui à besoin de se remettre en question. Donc, je dois le reconnaître avec vous : Nous ne sommes pas encore sorti de l'auberge... Marc Roussel
ircarformation - 02/09/12 13:42
A montana, C'est vrai que c'est dommage car au final, nous savons vous et moi qu'il s'agit d'un système maintenu volontairement en place pour garder la frontière entre "les classes" Cependant, nous pouvons choisir entre dire que les choses ont toujours été ainsi et qu'au fond il est préférable de laisser courir ou alors trouver un moyen pour mettre son poids dans la balance et faire valoir ce que l'on estime plus juste. Nous nous sommes laissé aller à une philosophie matérialiste où la valeur dépend de la rareté. Il y a tant d'Hommes sur la terre qu'ils finissent par perdre de leur valeur. Un nombre croissant de personnes finit par baisser les bras, souvent parc qu’elles se sentent quelque peu toute seule face "au dragon". Mais il est toujours possible de faire quelque chose... Des millions de jeunes vont entrer en lice... Certains ont encore assez d'enthousiasme pour changer les choses. Ils auront besoin de tout notre soutien. C'est pourquoi, en partie, j'ai écris les livres : Le Vendeur Ethique et le Manager Ethique. J'imagine que vous avez d'autres idées et serais heureux de les partager avec vous. Marc Roussel
country33 - 04/02/13 08:01
C'est certain que de monter en grade c'est pas bien vu par tout le monde car maintenant les autres vous prennent de très haut après ça.
ircarformation - 07/02/13 20:22
C'est vrai qu'on a intérêt à savoir ce que l'on veut et marcher droit devant. D'un autre côté, respecter les autres passe aussi par le fait de se respecter soi-même. C'est assez dur de se retrouver injustement sous le jugement de personnes qui auraient bien aimé nous voir rester à la même place... Est-ce correct de souhaiter aux autres de ne pas se réaliser ? Non. Les gens se révèlent dans ces situations particulières. C'est dans la nature humaine. Le piège serait de leur en vouloir ou pire de renoncer... Les chiens hurlent , la caravane passe...En réalité, notre ascension, aussi modeste soit-elle les renvoie à l'image qu'ils ont d'eux même. Ils aimeraient bien être à votre place. Peut-être ont-ils essuyé un échec et que cela le leur rappel et les fait souffrir ? Restez vous même, tenez votre position le mieux possible, subissez l'épreuve courageusement et il est très très probables que vous allez continuer d’évoluer. Vous savez pourquoi vous le fait. vous le faites pour vous, pour votre famille, vous le faites parce que c'est le sens même de la vie que de vouloir évoluer...

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