L’intégration rigide de la bienséance est frein à la personnalité. Si la bienséance est cependant rassurante, c’est que l’enquête sur soi peut creuser dangereusement son propre abîme, comme le relevait Marilyn Monroe : « J’essaie de me trouver en tant que personne. Des millions de gens vivent leur vie sans se trouver. Le seul moyen que j’aie trouvé finalement, c’est de m’éprouver moi-même en tant qu’actrice. » Mais où s’arrête le jeu de miroirs ? Prend-il seulement fin ? On sait combien la spécularité de la société peut être mortelle, ce regard valant caution. Le cas du « faux médecin mais vrai meurtrier », Jean-Claude Romand est extrême : il préféra tuer sa famille, ses parents et son chien, plutôt que d’avouer qu’il faisait semblant d’être médecin depuis près de vingt ans. Après les meurtres, il déclara : « Je suis débarrassé de mon image, je peux parler librement, me laisser aller aux émotions, évacuer des douleurs. » L’image que l’on a de soi sert de tuteur contre le morcellement de la personnalité. Il faut trouver la juste distance entre le morne ennui et la mise en danger. Rien de plus fluctuant que le tolérable au regard du collectif. Pour Michel Houellebecq, le malséant est l’âge : « La différence d’âge était le dernier tabou, l’ultime limite, d’autant plus forte qu’elle restait la dernière, et qu’elle avait remplacé toutes les autres. Dans le monde moderne on pouvait être échangiste, bi, trans, zoophile, SM, mais il était interdit d’être vieux. » Notre société jette sa disgrâce sur le fossé entre les âges : « cette liberté de mœurs si charmante, si fraîche et si séduisante chez les adolescents ne pouvait devenir chez moi que l’insistance répugnante d’un vieux cochon qui refuse de passer la main. »
Avec la collaboration d'Ingrid Astier
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Sophie Bramly
Après des études d'arts graphiques à Penninghen, Sophie Bramly devient photographe et travaille pour Paris-Match, Rock & folk, etc... A 21 ans, elle part s’installer à New York, où elle découvre et s’immerge dans l’univers du mouvement hip-hop dans le Bronx, balbutiant à l'époque (1981) (...) En août 2006, sa fille lui demande de lui offrir une poupée qui représenterait sa maman. Comment allait-elle se représenter ? Avec ou sans poitrine ? Avec ou sans poils ? Avec ou sans sexe ? Quelle image donner de cet « obscur objet du désir » à sa fille ? Les questions affluaient… C’est à ce moment là que Sophie Bramly, décide de créer Second Sexe.
Ses photos de la scène rap sont passées inaperçues pendant trois ans et aux Etat-Unis et en France, jusqu’à ce que l’Europe embrasse ce mouvement. Sophie Bramly rentre donc provisoirement en France, pour travailler avec Elle, Wiener, The Face, etc... Et puis elle y reste.
La bienséance me dicte ce que je dois être, ce que je dois faire, en vertu de ce qui est accepté ou toléré par la société, de ce qui est bien vu. Règne alors, en maître, le regard porté par la société sur l’individu, relayé par le face-à-face avec sa propre conscience. Peut-on toutefois discipliner le désir? Convocation du rebelle en soi. Pour comprendre le mot bienséance, il faut revenir à un verbe : seoir. Ce verbe ramène à la position assise, par opposition à « être debout », ou, plus dangereux, « couché »… Ce verbe subsiste aujourd’hui à l’impersonnel : « Il sied… ». Nos codes affectionnent la position assise pour distinguer les situations de sociabilité : discuter, échanger, recevoir un savoir, prendre des décisions, partager une table et la conversation. Se mettre debout est, souvent, le signe d’une désolidarisation — la discussion passe alors à la véhémence du débat. Ou l’individu claque la porte et s’en va. Pour briser les bienséances, on se lève au milieu du repas, on coupe la conversation, c'est l'insubordination du corps et du langage. Choquer, c’est réveiller. La porte est alors ouverte à l’éros. Au désir bridé répond l’urgence de la transgression qui révèle son désir, la jouissance à venir. L'incarnation du plaisir se situe en joie des marges, révolution du quotidien. Il est négatif au sens photographique. Les bienséances nous forcent à construire un être idéal : celui qui serait parfaitement intégré (et révéré) par la société. Si cet idéal peut encourager l’accomplissement, il sait aussi se faire prison. L’individu souffre alors du décalage entre image projetée, attendue, et les projections du désir. Comme le souligne Pierre Bourdieu dans La Distinction, l’appartenance sociale imprègne un style de vie, qui peut être un carcan. La bienséance est le partage d’un code moral et social dominant, une forme régulatrice, destinée à canaliser les pulsions et à stabiliser la société, pour endiguer le désordre. Les sexualités dites déviantes portent en leur qualification même leur nature hors pistes, hors tracé commun. Refuser la bienséance, c’est rejeter un discours médian, démagogique. La bienséance contraint le corps. Si elle régule les rapports humains en décidant des convenances, elle fige l’individu. Le regard social pèse et se fait l’étouffoir de la sexualité. L’image que l’on reflète repose déjà sur un mensonge : la stabilité de ce que nous sommes. Alors que le changement nous définit. Peut-être faut-il accepter de briser parfois le miroir, pour retrouver la souplesse du vivant. L’humain n’est pas strictement iconique. Pour Philippe Sollers, ce ne sont pas les paraphilies qui vont le plus à l’encontre des bienséances, mais… le baiser orageux : « Une femme qui embrasse à fond un homme (ou une autre femme) s’embrasse elle-même et se situe d’emblée dans un hors-la-loi aristocratique. » Alors, rien de plus subversif qu’un baiser ? À méditer, à gorge déployée…
Trés bon article merci!
Je pense à Cendrillon (le 2ème).Où l'on peut entendre sans cesse "ça n'est pas convenable !" et où pour apprendre à se tenir droite en marchant, elle s'exerçe avec des livres sur la tête !! Anodin ? Quoi qu'il en soit, belle illustration du titre de l'article !
Merci pour cet article , super bien fait .
Encore heureux que l'on puisse encore être maître de notre corps.
je suis d'accord avec cela la bienseance tue un peu parfois beaucoup notre personnalite
Je trouve que Michel Houellecq est ici hors sujet (comme souvent!). Certains tabous, comme celui de l'inceste ou de la pédophilie, sont constructifs, contrairement à d'autres. Mais c'est bien son fonds de commerce de jouer à la fois sur la banalisation (tout est égal à tout)et sur la provocation (regardez commez je suis rebelle!).
je ne trouve pas que cet article nous éclaire davantage sur ce sujet.Dommage, ce n'est, pour ma part, qu'une répétition de propos très souvent entendus
Je pense que nous sommes maitres de notre corps on n'est pas obligé de suivre tout et tout le temps, on est comme on est avec notre propre personnalité.
la bienséance est un carcan qui est parfois difficile à vivre et à supporter , à chacun de s'en accomoder comme il en a envie, nous ne sommes pas des moutons, chacun a son libre arbitre
Il faut vivre avec et pouvoir adapter ce que l'on ait, mais ce n'est pas facile du tout. La bienséance ruine le moral et deforme la personalité... mais on a pas vraiment le choix ?
Avec des ça ne se fait pas ou des ça n'est pas convenable, on ose plus rien et on ne vit pas , ça empêche le sgens de s'épanouir et des personnes frustrées sont toujours plus aigris.
la bienséance est même la première chose qui nous empêche d'avoir certains gestes . sans cesse se retenir et se conduire comme il faut . .. ..