L'expatriation en couple : et si on tentait l'expérience ?

L'expatriation à deux : comment la transformation en expérience bénéfique pour le couple ?
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Partir s'installer à l'étranger peut vite devenir déstabilisant pour un couple et plus particulièrement pour le conjoint qui "suit". Entre attentes et désillusions, comment faire pour que l'expatriation ne se fasse pas aux dépens mais au profit du couple ? L'auteure du livre "Chéri(e) on s'expatrie !", Alix Carnot, nous éclaire.
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D'après les dernières statistiques révélées par une récente enquête d'Expat Value datant de 2015, c'est encore trop souvent la femme qui suit l'homme mettant entre parenthèses sa carrière (91% des cas), et plus de la moitié d'entre elles ne parvient pas à trouver un emploi sur place. A contrario, le taux d'hommes accompagnateurs est seulement de 9%, soit 1 sur 10. Un manque de parité souvent responsable de fortes tensions au sein du couple.

Pourtant, si elle est bien préparée, l'expatriation peut se révéler être un véritable tremplin professionnel et personnel pour un couple et même un déclencheur de carrière. Nous avons demandé à Alix Carnot, expatriée pendant quinze ans aux côtés de son conjoint et aujourd'hui directrice du pôle Carrières Internationales chez Expat Communication, de nous parler de ce mode de vie de plus en plus plébiscité par les couples.

Terrafemina : D'après votre expérience, comment bien se préparer avant de partir en expatriation ?

Alix Carnot : Déjà, beaucoup font l'erreur de ne pas du tout se préparer à l'expatriation. On appelle cela "l'effet Erasmus". On voyage beaucoup plus qu'il y a quelques années, alors les gens ont tendance à croire que l'expatriation n'est qu'un simple long voyage. Alors que non. Il existe un savoir-faire de l'expatriation.

Moi, par exemple, quand je suis partie à l'âge de 25 ans en Australie avec mon mari, je pensais m'être très bien préparée. Je connaissais tout de la culture australienne : la langue, la culture, l'histoire, la géographie et l'économie. Et du coup, j'étais étonnée que ça se passe mal. Parce qu'en fait il n'y a pas que l'aspect interculturel. Il faut surtout se demander ce que ça veut dire concrètement de passer 3 ou 4 ans dans un pays où personne ne nous attend. Il faut également réfléchir à la façon dont on va se faire des amis et se renseigner sur le marché du travail. Pour moi, par exemple, j'allais trouver du boulot en 15 jours puisque j'avais de bons diplômes. Mais pas du tout. À l'étranger, on ne valorise pas les mêmes types de compétences, ni les mêmes diplômes. Et puis mon statut de "quelqu'un qui a suivi son mari", ça peut faire peur aux potentiels employeurs. Ils se disent que ma situation n'est pas fixe et que je peux partir comme ça, du jour au lendemain.

Et sur place, comment se passe la recherche d'emploi ? Au vu des chiffres - sur les 80% des conjoints expatriés qui cherchent du travail, seulement 50% en trouvent -, on a l'impression que ça relève de l'utopie de trouver du travail quand on a le statut d'expatrié...

A. C. : C'est un chiffre qui est en train de s'améliorer. Même si je pense qu'il ne faut pas se fixer comme seul objectif d'avoir un travail rémunéré. Quand je vois les expatriés qui reviennent en France et que je les aide dans leur recherche d'emploi, je peux vous assurer que les gens qui ont eu une activité bénévole et intéressante retrouvent du boulot facilement et parfois plus facilement que les autres.

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Et la raison est simple : ils se sont transformés. Une vie professionnelle parfois, ça ressemble à un tunnel. On sort diplômé à 22-23 ans, on commence à bosser, on ne réfléchit pas trop et après on continue dans notre tunnel. L'expatriation permet d'en sortir et de se réinventer, de réfléchir vraiment à ce dont on a envie. Puis, on développe des compétences qui sont très utiles dans le contexte professionnel actuel. On s'adapte plus facilement au changement, à d'autres cultures, on a une gestion du risque différente également. Tout ça, ce sont des qualifications clés dans une économie qui se réinvente en permanence. La moitié des métiers qui existent aujourd'hui tend à disparaître dans un horizon assez court. Et les gens qui n'ont jamais bougé sont assez hostiles au changement. Les expatriés, eux, seront toujours plus flexibles à ce sujet. Et ce sont des choses très utiles pour les entreprises.

Peut-on dire qu'il y a une nuance entre femme d'expatrié et femme expatriée ?

A. C. : Oui, totalement. En fait c'est vraiment une question de posture et pas de rôle. J'ai vu des femmes qui ne travaillaient pas et mais qui étaient vraiment dans cette posture de femmes expatriées. C'est-à-dire qu'elles vivaient une expérience dont elles étaient actrices, en menant différentes petites actions. Et puis, il y en a d'autres qui subissent, qui ne trouvent pas leur place. Mais l'expatriation peut vraiment se présenter comme un tremplin. Les femmes qui partent peuvent, par exemple, penser à se lancer dans l'entrepreneuriat. C'est ça l'économie d'aujourd'hui.

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Pensez-vous que l'expatriation a fait émerger un nouveau modèle de couple ?

A. C. : Oui, tout à fait. Bien vite, les deux conjoints se rendent comptent de leur interdépendance. Quand on part en expatriation, on fait le choix de devenir financièrement dépendant de l'autre. Mais on se pose également pas mal de questions sur le futur du couple, sur la façon dont on va gérer les petits problèmes du quotidien. Finalement, on se fait le serment d'affronter tout ça ensemble. Et ça donne des couples plus mûrs, plus forts.

Alors oui, l'expatriation peut fragiliser le couple mais c'est pour mieux le consolider. C'est une épreuve de plus, oui, mais très bénéfique. La preuve : quand on regarde les chiffres, 86% des personnes disent que l'expatriation a été bonne pour leur couple. Donc oui ça a été dur, oui ça a secoué, mais le fait de vivre des difficultés ensemble, au final ça rapproche.

Et comment se prépare un bon retour d'expatriation ?

A. C. : Il est important de préparer son retour dès le départ. Quand on s'expatrie, on ne sait jamais combien de temps cela va durer. Même si on peut penser que cela va durer toute une vie. Alors, il faut continuer à entretenir son réseau et se tenir au courant de l'évolution du marché du travail dans notre pays d'origine. En fait, le retour est une sorte de nouvelle expatriation. Le retour est même parfois plus difficile que le départ parce que les choses ont changées et vous avez changé. On est en quelque sorte un étranger invisible, sauf si on s'y prépare. Par contre, contrairement aux idées reçues, le retour est tout aussi difficile pour l'expatrié que pour le suiveur. En fait, en France, on est particulièrement fan des carrières linéaires et moins des profils atypiques. Et ça, c'est vraiment dommage.

Existent-ils des structures pour aider les couples d'expatriés tant pour le départ que le retour ?

A. C. : Il existe deux réseaux. Le premier est la FIAFE (Fédération Internationale des Accueils Français et francophones à l'étranger), qui est une association présente dans 90 pays et possède 220 points d'accueil. Et il y a aussi Femme Expat, qui est la première communauté de femmes à l'international. On possède un site Internet où les femmes peuvent retrouver tous les conseils pratiques comme les choses à faire si j'ai un enfant dyslexique et que je pars, qu'est ce que je dois mettre dans ma pharmacie... On recouvre les aspects les plus pratiques aux aspects les plus psycho. En parallèle, avec Expat Communication, on propose des stages d'une journée, pour aider les couples à se préparer à cette expérience et surtout les aider à définir leur projet, sur place.

Merci à Alix Carnot, spécialiste des doubles carrières mobiles et auteure du livre Chéri(e), on s'expatrie ! (Éd. Eyrolles).

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