L'interview green de Pascale d'Erm, journaliste écolo-féministe

Journaliste depuis plus de vingt ans, Pascale d'Erm se démarque par son parcours singulier et son profond engagement écologique. Résolument féministe, elle est l'auteure de l'essai "Soeurs en écologie". Cette amoureuse de la nature a accepté de répondre à notre interview écolo.
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Elle fait partie des personnalités qui portent l'écologie en France. Pascale d'Erm, journaliste, auteure et réalisatrice depuis une vingtaine d'années, est spécialiste des thématiques liées à l'environnement. Elle s'est particulièrement faite remarquer avec son essai Soeurs en écologie paru en avril 2017, dans lequel elle redonne de la voix à des femmes engagées dans un combat écologique, mais dont on parle peu, voire jamais.

Avant de se lancer en journaliste indépendante (elle réalise notamment des documentaires), Pascale d'Erm a passé 4 ans aux côtés de l'actuel ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, en tant que rédactrice en chef du magazine de la Fondation Pour la Nature et l'Homme. Aujourd'hui, elle s'intéresse de près à la manière dont la nature et ses ressources influent sur la santé du corps humain. Elle prépare actuellement un documentaire à ce sujet qui sera diffusé sur Planète Plus à l'automne prochain. Rencontre.

Pascale d'Erm, auteure de Soeurs en écologie
Pascale d'Erm, auteure de Soeurs en écologie

Au cours de votre carrière, vous avez fait des reportages à l'étranger et avez rencontré de nombreuses femmes engagées en faveur de l'écologie. Est-ce de là qu'est partie l'idée d'écrire Soeurs en écologie ?

Mon ouvrage est en effet l'aboutissement de 20 ans de travaux, de reportages et de rencontres. Mais l'idée de Soeurs en écologie est surtout née d'un constat, ou plutôt d'une aberration. En faisant des recherches sur internet dans l'Encyclopédie Universalis, j'ai été effarée des résultats obtenus. Quand je tapais "femme", "écologie" et "nature", je tombais sur les mots "Rousseau", "procréation", "mycose". Là, je me suis dit que ce n'était pas possible et qu'il fallait faire bouger les choses. Pendant longtemps, on ne nous donnait que la vision des hommes et leurs analyses sur les sujets écologiques. J'ai donc trouvé intéressant et important de montrer où étaient les femmes, et si elles pouvaient apporter un point de vue différent sur ces questions.

Pouvez-vous nous parler du documentaire que vous préparez ?

Mon documentaire parlera des pouvoirs de la nature sur notre santé, et plus précisément sur le corps et les fonctions cognitives. C'est assez récent puisque les premières recherches à ce sujet remontent à environ 15-20 ans. Je vais réaliser un petit tour du monde des scientifiques qui étudient ce lien entre l'environnement naturel et le corps humain. La nature a de nombreuses vertus sur notre santé que ce soit pour soigner la dépression, le stress, la fatigue mentale, ou améliorer la mémoire. Ces recherches rejoignent l'intuition selon laquelle la nature nous fait du bien. Cette théorie est très ancienne, mais désormais, des scientifiques du monde entier travaillent activement dans des laboratoires afin de démontrer qu'elle est fondée. C'est ce que je souhaite raconter dans ce documentaire qui s'appellera "Natura".

Vous avez affirmé que "l'éducation est la clé du respect de l'environnement". En tant que maman, quelles sont vos astuces pour inciter les enfants à prendre soin de la planète ?

J'ai effectivement observé des déclics chez certaines personnes qui venaient d'avoir des enfants. Le fait de donner naissance à des petits êtres dans un monde mortifère et pollué aboutit souvent à une prise de conscience écologique. Quand mes enfants sont nés, je me suis posée beaucoup de questions, notamment sur leur alimentation. Je pense aussi qu'il est très important de communiquer le goût de la nature à un enfant dès son plus âge. Vous pouvez aussi déclencher une prise de conscience, chez l'enfant comme chez l'adulte, en regardant certains films, comme ceux de Yann-Arthus Bertrand ou de Jacques Perrin. En dehors de ça, je n'ai pas vraiment d'astuce à donner : je pense que chacun est conscient des gestes à adopter quotidiennement pour préserver notre planète, mais qu'il n'est pas toujours facile de s'y tenir tous les jours, surtout avec des enfants.

Soeurs en écologie, Pascale d'Erm, Editions Mer Salée
Soeurs en écologie, Pascale d'Erm, Editions Mer Salée

Le combat écologique qui vous tient le plus à coeur ?

La santé environnementale et le rôle que les femmes ont à jouer dans ce domaine.

Justement, quel rôle spécifique la femme peut-elle jouer pour préserver l'environnement ?

Un rôle moteur, pionnier. L'écologie est aussi émancipatrice pour les femmes, notamment dans les pays d'Afrique. Pour moi, la lutte pour les droits des femmes rejoint parfois le combat écologique.

Vous considérez-vous comme écolo-féministe ?

Je me définirais plutôt comme une sympathisante de "l'écolo-féminisme". Je ne suis pas une militante politique, mais une journaliste engagée. Il y a dans "l'écolo-féminisme" une dimension fortement spirituelle avec le lien que chacune d'entre nous entretient avec la terre Mère. Certaines se disent guidées par Gaïa, déesse identifiée à la "Déesse mère". Je suis moi-même assez sensible à cette philosophie, mais je ne la mets pas systématiquement en avant pour autant. D'autres femmes peuvent s'engager dans l'écologie sans revendiquer ce lien avec la déesse, et n'en seront, du moins à mes yeux, pas moins "écolo-féministes" pour autant.

Quelles sont les figures écolos qui vous ont le plus inspirée ?

Hildegarde de Bingen pour sa vision incroyable de la médecine préventive en lien avec la nature et ses écrits retrouvés dans les années 50, dont on se sert encore. Rachel Carlson, pour son engagement et sa merveilleuse plume. Rosa Luxemburg pour son amour de l'environnement doublé de son engagement politique. Et aussi Wangari Maathai, pour son grand projet de forestation.

Votre devise "green" ?

"Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin."

Votre argument phare pour convertir un climatosceptique ?

Je lui dirais bien "arrête de déconner !" Plus sérieusement, je lui conseillerais de lire les rapports du Giec [le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat], puis de contacter l'un des scientifiques du groupe de ma part.

Vos astuces pour être plus écolo au quotidien ?

Là encore, je n'ai pas vraiment d'astuces à conseiller, mais disons que j'essaie le plus possible de ne pas encourager le circuit industriel de consommation, en privilégiant les produits locaux. Je fais aussi attention à mes modes de transport. Quand je me déplace, j'utilise très peu ma voiture, et quand je voyage, j'évite de pendre l'avion (sauf en ce moment, à cause de mon documentaire.)

Quel a été le déclic qui vous a fait prendre conscience qu'il fallait prendre soin de la planète ?

Enfant, je passais beaucoup de temps dans les arbres. Mais je me souviens d'un moment en particulier, quelques années plus tard, quand j'avais 21 ans. J'étais en Égypte, au pied du Mont Sinaï. En voyant le spectacle que j'avais devant moi, j'ai eu un choc, puis un sentiment qui ne m'a jamais quittée. Celui que j'appartenais à ce monde-là, à cette nature. Il a fallu tout un chemin pour que cela se traduise en engagement actif, mais je pense que ce moment précis a été le vrai déclic.

Êtes-vous végétarienne (et si oui, quelles sont vos recettes préférées) ?

Non, mais je suis flexitarienne, c'est-à-dire que je consomme le moins de viande possible. À la maison, nous mangeons de la viande deux fois par semaine maximum, aussi bien pour des raison éthiques, écologiques que sanitaires. Ma recette préférée est le tajine de légumes. J'aime vraiment ça !