Rosa Bonheur : portrait d'une affranchie par Gonzague Saint-Bris

Par Fanny Rivron
Publié le 22 janvier 2012

Rosa Bonheur : portrait d'une affranchie par Gonzague Saint-Bris

Rosa Bonheur : portrait d'une affranchie par Gonzague Saint-Bris

© Armand Langlois 2007
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Après George Sand, Marie d'Agoult, la Malibran, et tant d'autres grandes figures féminines, l'écrivain et journaliste Gonzague Saint-Bris se penche sur la personnalité de l'audacieuse peintre animalière qui, dans la seconde moitié du XIXe siècle, conquit l'Europe et l'Amérique, dans sa nouvelle biographie « Rosa Bonheur. Liberté est son nom ».

 

Pourquoi faut-il lire des biographies ?

Passionné d’Histoire et conteur passionnant ; auteur, journaliste, chroniqueur, Gonzague Saint-Bris a signé la biographie des plus grandes figures – surtout romantiques – de l’Histoire, comme Vigny, Dumas, Balzac, Sand, Flaubert ou La Fayette. À la question « pourquoi faut-il lire des biographies ? » Gonzague Saint-Bris répondait l’année passée sur web-tv-culture.com : « parce qu’il faut se comparer à plus grand que soi. » Découvrons donc la vie de la grande Rosa Bonheur, cette singulière Bordelaise qui voulait être peintre, qui conjuguant passion, énergie et génie, a su conquérir les Salons de Paris, L’Europe et l’Amérique et qui, comme George Sand et Sarah Bernhardt, a choisi la liberté, devenant une figure d'un féminisme naissant.

Rosa Bonheur, d’enfant rebelle…

Enfant turbulente et sauvage Rosalie Bonheur est un garçon manqué. Elle passe son enfance à la campagne, au Château de Quinsac, une enfance dont elle conservera un goût d’Eden. Fascinée par la beauté de la nature qui l’entoure et surtout par le monde animalier et poussée par son père - lui-même peintre - Rosalie sent poindre sa vocation très tôt. Elle sera peintre. Mais lorsque toute la famille Bonheur débarque dans le Paris de Charles X, cette enfance champêtre et idyllique prend fin brusquement.

… à féministe avant la lettre

Puisque peintre elle veut devenir, Rosa forcera son émancipation, qui se fera par la masculinisation forcée - à une époque où « les hommes seuls [mettent] au monde des chefs d’œuvre et les femmes des enfants ». Refusant le modèle de soumission féminine imposé par son siècle, fumant, à l’instar de George Sand cigares et cigarettes et formant ménage avec sa plus fidèle amie Nathalie Micas, cette affranchie se lance à la conquête de Paris. Admise nulle part et surtout pas à l’École des Beaux-arts à cause de son sexe, Rosa Bonheur fera ses classes elle-même. On suit donc au fil des pages le parcours énergique de l’artiste, des années d’apprentissage où elle arpente les marchés aux bestiaux en pantalon et les couloirs du Louvre son matériel sous le bras devant un parterre d’étudiants sarcastiques, aux heures de retraite glorieuse où elle reçoit la visite des plus grands et la légion d’Honneur de la main de l’impératrice Eugénie. Elle qui admirait les Américaines, plus avancées que les Européennes sur le plan de l’émancipation, elle va bientôt les séduire, elles et leurs compatriotes, devenant une star outre-Manche et outre-Atlantique.

« Je peins les animaux parce qu’ils ignorent les passions »

Sous l’œil des immenses figures artistiques de l’époque comme Ingres et Delacroix qui jugèrent son œuvre au salon de 1848, les frères Goncourt ou Théophile Gautier, Rosa égalera les plus grands. L’artiste se retirera en 1859 dans le domaine de By, à Thomery, près de la forêt de Fontainebleau où elle vivra avec sa compagne de toujours Nathalie Micas puis plus tard avec Anna Klumpke, une portraitiste américaine. Là, elle recevra nombre de personnalités de l’époque dont… Buffalo Bill avec qui elle se liera d’amitié. Dans ses tableaux monumentaux, elle ne cessera d’exalter la beauté et la puissance des animaux auxquels elle consacrera sa vie (elle a toujours hébergé, à By et ailleurs, moutons, oiseaux, chiens, chats, écureuils, chevaux et même lions) et son œuvre.

Le cœur de Rosa Bonheur

« J’aime vivre avec des gens qui ne sont plus là mais dont le cœur palpite encore » expliquait Gonzague Saint-Bris dans une interview, évoquant ces personnages historiques dont il a voulu nous faire partager la destinée. On aime aussi sentir palpiter au fil des pages celui de Rosa Bonheur, une artiste qui a choisi la liberté et l’a acquise pour et par l’art et dont les principaux tableaux sont à découvrir au musée d’Orsay (Labourage nivernais), au musée des Beaux-Arts de Bordeaux (La foulaison du blé en Camargue) ou au Metropolitan Museum de New York (Le marché aux chevaux). On peut également visiter son atelier au château de By.

Rosa Bonheur. Liberté est son nom. En librairie le 23 janvier 2012.



Labourage nivernais, 1848


Le marché aux chevaux, 1853


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Voir aussi :  livres    femmes   
 

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14 commentaires

Batavia - 22/01/12 10:47
Super introduction , qui donne envie de lire le livre. je découvre une femme passionnante et une peintre peu ordinaire. et il existe un Goncourt des animaux !!!
sandrine6405 - 22/01/12 13:58
En effet, Gonzague Saint-Bris a trouvé en la personne de Rosa Bonheur un excellent sujet pour son livre, ces oeuvres reflètent de son grand talent
lepire - 22/01/12 14:11
Les peintures qui illustrent l'article sont éblouissantes de réalisme, c'est fabuleux, le livre semble digne d'intérêt .
omaha - 22/01/12 15:25
les peintures sont vraiemnt très belle, ce livre doit être très interessant
fleurs06 - 22/01/12 16:25
Et bien, personnellement je viens de voir les peintures, et franchement elles sont très belles, sa y a pas à dire ! Sa donne envie de lire sont livre !
naty44190 - 22/01/12 18:58
bon personnellement ce n'est pas trop mon genre de lecture et comme je ne suis pas du tout peinture donc pour ce livre je vous laisse ma place !!
jujuleretour - 22/01/12 21:44
je n aime pas gonzague de saint brice , j ai jamais reussi a mettre le nez dans un de ses bouquins , les premieres pages me suffisent largement !
rosemary - 22/01/12 21:50
les peintures sont vraiment exeptionnelle, j'adore!! c'est magnifique!!!!
country33 - 23/01/12 06:18
Voilà enpeinture ce que j'adore , car je en suis pas de celle qui trouve à redire sur un tableau ou des traits de couleurs sont apposés et ce qui fait grimper les prrix alors que je trouve nul et que ça ne ressemble à rien , il en faut pour tous les goûts , mais les miens vont vers ces oeuvres là, c'est beau et au mloins représente des scène sde vies...
ysabella - 23/01/12 13:50
Ce livre alléchant traite de mes deux sujets favoris (qui pourraient aussi n'en former qu'un): la liberté et l'émancipation de la femme. Un livre de plus à ajouter à la déjà longue liste de lectures possibles! Les thèmes des toiles ne font pas partie de mes préférences, j'admire cependant la technique et le réalisme de ces oeuvres.
franmic64 - 02/02/12 22:54
Non moi je ne suis vraiment pas preneuse, je vous le laisse donc!
Ludion - 14/03/12 19:15
En fait, je verrais assez bien une série d'articles présentant des biographies de femmes parfois injustement oubliées. Je pense par exemple à Jeanne Baret, première femme à faire le tour du monde (déguisée en homme) et botaniste émérite, au sujet de laquelle Diderot écrivait «Ces frêles machines-là renferment quelques fois des âmes bien fortes.» Ou bien, dans un autre registre, Olympe de Gouges, qui, entre autres, écrivit en 1791 une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Ou encore Madame de Staël, certes un peu plus connue, non pas seulement comme fille de Necker, mais aussi pour ses écrits, dont la pertinence critique faisait peur même à Napoléon, et pour ses méthodes éducatives. Ou, pour rester dans le domaine artistique, Frida Kahlo, Élisabeth Vigée Le Brun, Berthe Morisot, Camille Claudel, Niki de Saint Phalle, etc. Bref, il y a amplement matière à nous rappeler ou confirmer que, comme l'écrivait Madeleine de Puisieux en 1750, "La femme n'est pas inférieure à l'homme".
Lilyth - 08/05/12 23:05
Ses toiles sont époustouflantes... Je me demandais comment elle faisait pour saisir et les mouvements et les éclairages, ... Et les détails... On dirait des photos... Saisissant... Lorsque j'ai découvert la vie de Camille Claudel j'avais trouvé injuste qu'on passe sous silence son génie artistique. Ce sont quand même des points de repère pour nous, les femmes. Ca a été pareil lorsque j'ai découvert Rosa Bonheur : elle a quand même eu une notoriété mondiale.. Dans l'article on emploie le terme de "garçon manqué" : je préfère le terme de "fille réussie"... "Garçon manqué" devrait rayé du langage vu ce qu'il sous entend.
Ludion - 14/05/12 09:29
"elle arpente les marchés aux bestiaux en pantalon". Pour évoquer l'ambiance, le port du pantalon étant interdit aux femmes (à vrai dire il l'est toujours , la loi n'a jamais été abrogée) elle devait demander tous les six mois. une autorisation spéciale à la préfecture . On peut sourire de cette loi désuète, mais en ce qui concerne les députéEs se présentant à l'Assemblée Nationale, elle a été strictement appliquée jusqu'en 1980 ... Je ne sais s'il existe un livre relatant cette "conquête du pantalon" par les femmes (outre Rosa Bonheur, voir George Sand, Madeleine Pelletier, et, donc, Chantal Leblanc en 1980 ...), mais elle est moins anecdotique qu'il y paraît. Par ailleurs, je suis un peu surprise que l'article ne parle pas des sculptures - essentiellement des bronzes - de Rosa Bonheur. Moins que de peintures, certes, mais de qualité. Et évidemment sur les même thèmes animaliers.

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