Sexe : le contrôle, ennemi numéro 1 du plaisir

Sexe : le contrôle, ennemi numéro 1 du plaisir
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La guerre sans l'amour... Cette semaine, notre experte sexo Sophie Bramly nous explique pourquoi le contrôle est l'ennemi juré du plaisir.
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Mag
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Nous vivons dans une société qui avance sans cesse les qualités qu'il y a à savoir contrôler et se contrôler, comme éléments essentiels d'équilibre. Il faut contrôler son image, sa silhouette, ses énergies, ses humeurs, l'ordre autour de soi, et savoir manager les autres. Pourtant, dans la relation sexuelle, vouloir contrôler c'est à la fois refuser de s'abandonner, occulter le désir qui au gré des jours n'est jamais tout à fait le même, et contrôler l'autre dans un circuit fermé. Bien que cela soit inconscient la plupart du temps, le sexe est souvent utilisé par les uns et les autres comme une arme de contrôle et de manipulation au détriment du plaisir.

Il y a d'abord le contrôle de soi. Au nom des codes de conduite que l'on s'érige (coucher ou non le premier soir, tenter ou non la sodomie, etc.), on se prive souvent de la surprise, de l'inattendu, du hasard, de tordre le cou aux habitudes. Il est fréquent aussi de vouloir contrôler son apparence, de s'afficher à l'autre sous son meilleur jour, de vouloir cacher les petites disgrâces trop humaines pour présenter une image de soi la plus parfaite possible. À ce jeu-là, on perd une dimension essentielle de l'amour : la capacité à succomber. Ce contrôle de soi est un frein à l'extase ; à empêcher sans cesse l'ouverture de portes inconnues ou à vérifier sans cesse si le ventre est bien plat, on se prive de la grâce inouïe de l'abandon dans les bras de l'autre, qui emporte, soulève, transporte, re-génère et unit.

Il y a ensuite le contrôle de l'autre. Ne pas vouloir se donner à lui, imposer son désir propre et négliger celui de l'autre, nécessiter de le surveiller, s'inquiéter en permanence de liaisons fictives, épier son désir - qu'il soit ou non assouvi -, relève en général d'un manque de stabilité intérieure, qui remonte à la petite enfance. Ceux et celles qui cherchent à contrôler sont a priori des adultes encore à la recherche d'un équilibre, et, ne l'ayant pas, laissent la voie libre à l'inquiétude, les poussant à projeter le pire. Dans l'acte sexuel, la volonté de contrôle peut prendre de nombreuses facettes, y compris de vouloir manipuler l'autre en lui accordant des faveurs qui servent à mieux contenir au lieu d'être mues par le désir. Cette instabilité affective va empêcher l'un de se donner librement et d'en jouir, et l'autre d'avoir un rapport réellement satisfaisant.

Dès que le contrôle de soi n'est pas équilibré, une personne peut tout autant que de vouloir contrôler l'autre, être dans la crainte permanente d'être contrôlée, voire même les deux à la fois. Les syndromes sont si étouffants, oppressants, qu'ils freinent et paralysent toute émotion, toute pensée rationnelle.

La racine de ce déséquilibre vient de ce que des parents auraient fait, ou n'auraient pas fait. Un parent cherchant à trop contrôler son enfant, ou ne le contrôlant pas assez, donnera plus tard un adulte qui aura du mal à comprendre quel est son pouvoir, ce qu'est son contrôle, qu'il s'agisse aussi bien de son attitude, de ses pensées, de ses émotions, de ses relations aux autres. Un parent voulant trop contrôler son enfant, l'empêche de trouver son autonomie et, adulte, le petit enfant qui est en lui continue de s'inquiéter.

Il se lancera alors dans la bataille du contrôle, laquelle est perdue d'avance, car elle mutile le désir de l'un et de l'autre.

Savoir se montrer vulnérable, donner sa confiance, faire l'amour en se rapprochant physiquement, psychologiquement et émotionnellement, être en empathie avec l'autre et le respecter sont des composantes essentielles d'histoires qui doivent passer par la communication pour que l'harmonie s'installe de façon durable. Harmonie, qui chez les Grecs était fille d'Arès, Dieu de la guerre et de la destruction, et d'Aphrodite, déesse de l'amour, des plaisirs et de la beauté … Tout était déjà dit.