Le Mozambique dépénalise l'avortement et l'homosexualité

Des jeunes gens sur la plage de Maputo au Mozambique en 2014.
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Selon le nouveau code pénal entré en vigueur lundi 29 juin, l'homosexualité n'est plus un délit au Mozambique. Promulgué en décembre dernier, le document met également fin aux sanctions contre l'avortement, considéré jusqu'ici comme un crime. Une évolution symbolique dans une région où ces deux sujets sont encore tabous.
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Lundi 29 juin marquait l'entrée en vigueur du nouveau code pénal du Mozambique, promulgué en décembre 2014 par le président sortant, Armando Guebuza (en photo ci-dessus). Une étape importante qui visait à moderniser certains textes de l'ancien code pénal adopté en 1886, à l'époque de la colonisation portugaise.

Parmi les dispositions révisées de ce nouveau code, la dépénalisation des relations homosexuelles. L'ancien texte, qui prévoyait l'application de "mesures de sécurité" contre les personnes "s'engageant habituellement dans des actes contre nature", constituait une base légale permettant de persécuter les homosexuels. Même si la disposition n'a jamais été appliquée depuis l'indépendance du pays en juin 1975, elle exposait ces derniers à des peines de travail forcé pouvant aller jusqu'à trois ans.

L'urgence d'une reconnaissance sociale des homosexuels

Le texte désormais en vigueur veille à écarter tout risque de persécution légale qui prendrait appui sur l'homoseuxalité de la personne visée. "Une victoire symbolique", s'est réjoui auprès de l'Agence France-Presse Frank, un étudiant en communication de 22 ans, qui milite pour l'association Lambda, qui défend les droits des personnes LGBT. Le jeune homme minimise toutefois la portée de ce changement : "Cela ne va pas fondamentalement changer grand-chose pour nous", a-t-il complété en rappelant que l'intolérance envers les couples de même sexe est moins marquée au Mozambique que dans d'autres pays voisins d'Afrique australe.

Plus qu'une protection légale, c'est une reconnaissance sociale dont le jeune homme réclame la mise en oeuvre. "L'inclusion sociale reste le principal défi", estime Frank dont l'association, unique en son genre dans le pays pour défendre les droits LGBT, n'a jamais été reconnue par l'Etat malgré des demandes en ce sens depuis 2008.

Pas de célébration officielle

Le pays est-il pour autant hostile à l'homosexualité ? Les actes de violences contre les homosexuels sont très rares voire inexistants au Mozambique. "La plupart des Mozambicains ne nie pas l'homosexualité, mais on ne peut pas dire non plus qu'elle soit acceptée", résume le blogueur et activiste influent Dércio Tsandzana, qui voit dans ce nouveau code pénal une affaire d'opportunisme politique : "On ne peut pas vraiment parler de volonté politique propre, le gouvernement réagit plutôt à la pression externe de certaines ambassades et des bailleurs de fonds ", complète le blogueur.

Et pour preuve, la dépénalisation de l'homosexualité, qui pourrait être perçue comme une avancée majeure si elle survenait dans plusieurs pays voisins, n'a ici pas la même saveur pour la population. Ce lundi, aucun évènement officiel n'a été prévu pour célébrer l'évènement, qui restera accueilli dans l'indifférence générale.

Le Mozambique, quatrième pays africain à dépénaliser l'avortement

Le nouveau code pénal met pourtant en oeuvre une autre avancée majeure pour le pays : la dépénalisation de l'avortement. En 2014, de nombreuses organisations de défense des droits se sont mobilisées pour obtenir la levée de cette interdiction. Ce changement de la loi est une étape essentielle vers la possibilité pour les Mozambicaines de mettre fin volontairement à des grossesses non désirées. Le nouveau code pénal fait ainsi du Mozambique le quatrième pays d'Afrique à dépénaliser l'avortement avec l'Afrique du Sud, la Tunisie et le Cap-Vert.

Grâce à ce nouveau texte, les femmes auront le droit d'avorter dans les douze premières semaines de grossesse, ou seize en cas de viol ou d'inceste, avec le consentement écrit de la mère et de deux médecins. Le nouveau Code pénal prévoit également que les interruptions volontaires de grossesses devront être assurées par des médecins habilités, dans des établissements de santés officiellement reconnus.

"Ce que l'on souhaite, c'est que les femmes soient informées de ce droit. Maintenant il revient à l'Etat de fournir les services et les conditions logistiques nécessaires", avait réagi Ligia Anjos de l'ONG Forum Femmes en décembre dernier sur RFI. "Pourvu que le Mozambique serve d'exemple à bien d'autres pays", a-t-elle complété. Une grande majorité de pays d'Afrique n'autorise aujourd'hui l'avortement qu'à des conditions très restrictives. L'homosexualité reste elle illégale dans 38 pays sur 54.