Les femmes de Silvio Berlusconi : une vision dégradante ?

Les femmes de Silvio Berlusconi : une vision dégradante ?
Les femmes de Silvio Berlusconi : une vision dégradante ?
Dans cette photo : Silvio Berlusconi
Le dernier scandale sexuel en Italie pointe encore une fois les dérives du système de Silvio Berlusconi. Alors que le chef du gouvernement italien repousse sans cesse l’offensive des juges et des associations, Terrafemina s’interroge sur l'image des femmes dans les médias italiens. Entretien avec Serena Romano, présidente de l’association Corrente Rosa.
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Terrafemina : Comment réagissez-vous à ce dernier scandale sexuel qui secoue l’Italie ?

Serena Romano : Evidemment je suis choquée comme toute l’Italie d’ailleurs. Mais ce n’est absolument pas nouveau, il y a eu énormément de cas auparavant, notamment cette prostituée mineure qui avait précipité le divorce de Silvio Berlusconi. Ce qui est encore plus regrettable en ce moment, c’est l’omniprésence dans les médias de ces femmes prostituées qui font des révélations. Le problème avec Silvio Berlusconi, c’est qu’il s’agit là de tout un système qu’il a lui-même mis en place et qu’il ne fait que perpétuer. Son but dès le départ était de s’assurer qu’il puisse avoir une impunité pour ses affaires. Il a commencé dans l’immobilier, puis s’est emparé des médias et possède même une équipe de football. Aujourd’hui les chaînes de Silvio Berlusconi, qui sont les plus regardées, reposent sur le football, le sexe et les films violents. Les médias ont créé un modèle qui est devenu le modèle dominant de la société italienne. Dans cette communication qu’il a façonnée, il y a une distorsion complète de l’information.

TF : Quelles sont les réactions ?

S.R : Les juges font tout ce qu’ils peuvent pour faire condamner Silvio Berlusconi. Mais dès qu’il y a quelque chose de contraire à ses intérêts, il va tenter de le réduire, d’amoindrir l’impact, va trouver une broutille pour déstabiliser son adversaire. Chaque fois que la Rai (chaine de télévision italienne qu'il contrôle en tant que chef du gouvernement en plus de ses trois chaines privées) le critique, il intervient, donc la Rai ne peut pas bouger. Et le pire c’est qu’il se pose à chaque fois en victime, c’est un très grand communiquant. Tant qu’il n’y aura pas une gauche solide, les gens continueront à l’élire. Car Silvio Berlusconi est populiste, il fait des cadeaux aux Italiens, il a annulé la taxe d’habitation sur le premier bien immobilier par exemple.

T.F : Revenons aux femmes, quelle image renvoie la télévision italienne ?

S.R : A la télévision, les femmes sont considérées comme de beaux objets avec lesquels on joue. Les présentatrices sont très jolies, sexy, légères, présentées uniquement par leurs attributs physiques et mises souvent dans des positions dégradantes. A cet égard, le documentaire « Il corpo delle donne » (le corps des femmes) est édifiant. Cela fait une dizaine d’années que ce phénomène dure et il n’a fait qu’empirer. A partir du moment où la télévision fonctionne sur la provocation, elle se doit de constamment renchérir. Ceux qui se plaignent ne sont pas entendus. Mais on observe quelques progrès. Une nouvelle patronne de presse Concita De Gregorio agite la sphère médiatique et est invitée dans les débats. Dans son journal l’Unita, elle dénonce le machisme, les publicités dévalorisantes pour les femmes. Silvio Berlusconi se plaint d’ailleurs de ce journal qui reste cependant tiré à peu d’exemplaires.


Le reportage Il corpo delle donne

TF : Justement comment réagissent les femmes, pourquoi ne descendent-elles pas dans la rue pour crier leur mécontentement ?

S.R : Des femmes s’élèvent pour porter ce débat. Le 19 janvier nous avons organisé une conférence de presse pour parler d’un de nos projets dans l'association « Pari o Dispare » : pair ou impair. Notre objectif est de montrer que les hommes vivent dans la parité, les femmes dans la disparité. Dans cette conférence, nous avons demandé une autorité indépendante pour s’occuper de la parité et un manifeste sur la publicité responsable. Une manifestation pour la dignité de la femme s’est déroulée à Milan le 29 janvier. Chaque femme portait une écharpe blanche en signe de deuil. Et le 13 février, un nouveau rassemblement est prévu à Rome. On ne supporte plus la façon dont Silvio Berlusconi traite les femmes. Le plus grave est qu’il place toutes ces femmes ensuite en politique. Quel message pour les jeunes filles ? Que cela ne sert à rien de faire des études, d’avoir un travail honnête, quand des relations avec les politiques peuvent vous aider dans votre carrière. C’est insupportable d’entendre ça. En Italie, fort heureusement il y a beaucoup d’associations comme Corrente Rosa qui se battent pour les droits des femmes. Nous voulons montrer des modèles de femmes actives, c’est tout le sens de notre prochain documentaire "Comment construire une carrière au féminin"qui sera distribué dans les lycées.

Photo : Serena Romano

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