Arianna Huffington : "On m'a appris à ne jamais avoir peur de l’échec" - interview

Arianna Huffington : "On m'a appris à ne jamais avoir peur de l’échec" - interview
Arianna Huffington : "On m'a appris à ne jamais avoir peur de l’échec" - interview
D'un simple blog, elle a créé de toutes pièces un acteur majeur de l'information. Arianna Huffington est la cofondatrice et rédactrice en chef du Huffington Post. Le site d'information américain qui a lancé sa version française il y a un peu plus d'un an poursuit son expansion avec le lancement récent de HuffPost Live, une chaîne vidéo en streaming. Dans le cadre de l'émission "Leading Women", rencontre avec une femme qui a transformé son nom en marque média.
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Poppy Harlow* : Comment avez-vous réussi à faire de votre nom une marque ?

A. H. : Je ne pense pas avoir respecté un plan particulier. Je voulais au départ créer un site particulièrement attractif. C’était le point d’orgue pour moi lorsque le concept du huff post est passé d’un modèle purement informatif à un modèle plus participatif. J’ajouterais que le moment était particulièrement propice, j’aimais et je me consacrais pleinement à mon travail, sans que cela soit une corvée. Et puis je pense que nous avons vraiment pris les bonnes décisions. L’acquisition a été une initiative intelligente, c’était vraiment le bon moment pour passer à l’international, qui plus est avec des partenaires comme Le Monde en France, El Pais en Espagne et le groupe L’Espresso en Italie. Au printemps nous serons présents au Brésil et au Japon ; l’alliance avec des partenaires nous a permis d’avancer et de réussir plus vite.

*Journaliste CNN international

P. H. : Quel est votre niveau d’implication dans HuffPost Live ?

A. H. : Il s’agit d’un investissement et d’un engagement majeur pour nous. N’oublions pas que nous n’avons que quelques mois d’existence et le succès est déjà considérable. Pour le HuffPost Live, le succès relève du fait que la communauté en ligne occupe une place si centrale.

P. H. : Le fil Twitter est placé à côté du contenu.

A. H. : Mais il y a aussi les membres de notre communauté qui commentent. Je veux dire par là qu’au lieu de m’interviewer, vous pourriez très bien interviewer l’un d’entre eux. Des milliers de membres de la communauté sont déjà passés à l’antenne. Et puis bien sûr, nous retenons les meilleurs clips et nous créons des petits extraits de vidéos que nous intégrons partout sur le site. Parmi les sujets qui nous intéressent et auquel je tiens particulièrement, il y a la réduction du stress. Nous avons pris les 18 rubriques « mode de vie » pour les réunir sous le thème « moins de stress, plus de vie ». Nous avons lancé une application au CES de Las Vegas appelée GPS For the Soul, en partenariat avec Weight Watchers, en raison du lien entre stress et poids, qui est disponible gratuitement. Maintenant que le huff post s’est imposé à la première place dans le domaine de la politique et de l’information en temps réel, nous développons aujourd’hui une offre mode de vie à l’heure où nous sommes de plus en plus conscients des dangers du stress.

P. H. : Quelles sont aujourd’hui vos perspectives pour le magazine Huffington Post disponible sur iPad?

A. H. : C’est un modèle très différent, tout d’abord parce que l’accès est gratuit. Le site a été payant pendant près de 3 semaines... Nous aurions pu prendre le temps de tester cette formule mais nous nous sommes rendu compte que le huff post était essentiellement associé à la gratuité. Nous n’avons jamais instauré de contenu payant et il nous a semblé qu’il était préférable de constituer un lectorat et, comme la concurrence, de le monétiser par le sponsoring plutôt que par le biais d’abonnements. Ce fut une expérience de très courte durée que nous avons vite abandonnée... On peut comparer la différence entre le site et le magazine à la différence entre une soirée et un week-end, où vous avez plus de temps pour rester au lit et apprécier un grand bol de café le dimanche matin en lisant le magazine et ce que vous avez raté pendant la semaine.

P. H. : À quoi aspirez-vous ?

A. H. : En aspirant à quelque chose, vous vous exposez au risque de vous faire dépasser. Dans le domaine des médias, tout évolue très vite et le plaisir de faire partie de ce monde s’explique par la nécessité de devoir toujours aller de l’avant pour rechercher de nouvelles thématiques à exploiter. C’est pourquoi je me passionne autant pour cette initiative éditoriale sur le thème de la réduction du stress, parce que c’est nouveau et que c’est en phase avec ce que j’ai envie de vivre dans ma vie personnelle, il y a là une vraie cohérence.

P. H. : Vous avez grandi en Grèce, puis vous avez fait vos études à Cambridge... En quoi ce parcours vous a-t-il façonnée ?

A. H. : Je dois beaucoup à ma mère qui m’a appris dès le plus jeune âge à ne jamais avoir peur de l’échec... De ce fait, je n’ai jamais eu peur de prendre des risques. Par exemple, essayer d’entrer à Cambridge quand tout Le Monde me disait que c’était impossible ou d’écrire mon premier livre à l’âge de 23 ans. Beaucoup d’initiatives qui étaient vouées à l’échec et qui ont effectivement échoué pour bon nombre d’entre elles. 

P. H. : Ressentez-vous la pression ?

A. H. : Non - Je pense que c’est quelque chose dont nous, les femmes, devons particulièrement être conscientes ; à savoir que cette pression est quelque chose que l’on s’impose toutes seules. L’un des avantages de la maturité c’est qu’on arrête de rechercher l’approbation des autres et qu’on ne ressent plus cette pression « Suis-je sur la bonne voie ? ». C’est pourquoi mon seul souhait pour des jeunes femmes comme vous, ou comme mes filles, serait que vous puissiez passer ce cap plus tôt.

P. H. : Est-ce que cela vous contrarie lorsque l’on vous demande comment vous parvenez à tout gérer en tant que femme ?

A. H. : Un jour viendra où cette question ne se posera plus, mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. Je pense que Lean in, le livre de Sheryl Sandberg, dont la sortie est prévue au printemps, va venir à propos pour rappeler aux femmes la nécessité de s’imposer dans le débat, sur la base de leurs compétences uniquement, de dire des choses même lorsque celles-ci sont impopulaires, toutes ces choses qui semblent plus faciles aux hommes qu’aux femmes.

P. H. : Est-ce que vous recrutez intentionnellement des femmes ?

A. H. : Il se trouve qu’un grand nombre de mes collaborateurs au sein de mon équipe de direction sont des femmes. Je ne me fixe aucun quota mais il est vrai que j’aime beaucoup travailler avec des femmes. Mais c’est aussi le cas avec les hommes... J’ai éprouvé une certaine fierté à Las Vegas en écoutant Janet Bailiss faire une présentation devant des clients. Elle est formidable, passionnée, elle a parfaitement compris l’esprit huff post, et j’étais fière de voir des femmes faire un travail aussi remarquable. 

P. H. : Avez-vous pris les services d’un conseiller pour vous guider dans votre carrière ?

A. H. : Ma mère a été sans conteste mon meilleur conseiller car c’était quelqu’un d’une incroyable sagesse, qui privilégiait le bon sens par opposition à la seule intelligence.

P. H. : Quel souvenir espérez-vous laisser ?

A. H. : Je n’y pense absolument pas... Je ne crois pas que la vie s’arrête avec la mort, donc pour moi ce que nous laissons en héritage n’a aucune importance.

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