Affaire du Carlton de Lille : la Fondation Scelles plaidera la cause des prostituées

Affaire du Carlton de Lille : la Fondation Scelles plaidera la cause des prostituées
Affaire du Carlton de Lille : la Fondation Scelles plaidera la cause des prostituées
Plusieurs notables lillois ont été mis en examen pour proxénétisme aggravé dans l’affaire du Carlton de Lille. Pour plaider la cause des prostituées souvent muettes dans ce genre de procès, la Fondation Scelles se constitue partie civile. Une tribune efficace dans le combat contre la traite des femmes en France. Décryptage avec Yves Charpenel, président de la fondation et avocat général à la Cour de Cassation.
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Terrafemina : La fondation Scelles annonce qu’elle se porte partie civile dans l’affaire de proxénétisme du Carlton de Lille. Quel rôle pouvez-vous jouer dans un tel procès ?

Yves Charpenel : Cette association a été reconnue d’utilité publique, et depuis 1975, elle a obtenu le droit de se constituer partie civile dans tous les procès qui abordent des affaires de proxénétisme, puisque c’est notre spécialité. Nous abordons la cause générale de la traite des êtres humains en France, et démontrons les atteintes à la dignité de la personne dans ces dossiers. Nous ne demandons pas de peine, c’est le rôle du procureur, mais des dommages et intérêts. Cet argent nous permet d’assurer nos deux missions : l’accompagnement des prostituées, ce sont souvent des femmes sans-papiers qu’il faut reloger et aider financièrement, et le suivi des procès dans lesquels nous sommes engagés. Actuellement j’ai sur mon bureau 120 dossiers dans lesquels nous sommes partie civile, Lille sera le 121ème.

TF : Comment pouvez-vous interférer dans l’enquête en cours ?

Y. C. : Actuellement nous sommes au-delà de l’étape de l’enquête, puisqu’une information judiciaire a été ouverte. Un juge d’instruction a été saisi, et nous pouvons participer à cette information, en demandant par exemple à ce que les biens des personnes mises en examen soient saisis. Le temps d’aller jusqu’au procès, ces personnes auraient le temps de liquider leur fortune pour ne pas payer de dommages et intérêts. Pour nous ce genre de procès représente aussi l'occasion de communiquer sur la traite des êtres humains.

TF : Une prostituée a annoncé qu’elle se porterait partie civile. D’autres victimes de proxénètes pourraient-elles suivre son exemple ?

Y. C. : Il arrive en effet que des victimes directes se constituent partie civile, mais cela reste trop rare. Elles n’osent pas, par peur de leur trafiquant et du client. C’est tout le problème de ces affaires où l’on voit peu la souffrance des victimes lors du procès, alors que le proxénète peut s’exprimer devant le juge. Ces femmes ne se rendent pas spontanément dans un commissariat, et c’est là l’intérêt des associations comme la nôtre, plus faciles d’accès pour elles.

TF : Faut-il selon vous confier l’affaire à un autre juge d’instruction ?

Y. C. : C’est à la Cour de Cassation d’en décider. La raison juridique invoquée est la « bonne administration de la justice ». Quand des collaborateurs habituels de la justice locale sont impliqués, en l’occurrence des responsables de la Police judiciaire comme Jean-Christophe Lagarde, ou un avocat lillois comme maître Riglaire, est-il souhaitable qu’ils soient jugés par des magistrats lillois ? Il est légitime de poser la question. L’affaire pourrait être délocalisée à Amiens, Rouen ou Paris, et dans ce cas tous les dossiers seront remis aux nouveaux juges, cela prendra quelques jours. Quelle que soit la décision de la Cour de Cassation mercredi prochain, l’enquête et les auditions pourront reprendre assez vite.

Crédit photo : AFP/Archives



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