L'administration Trump interdit les mots "transgenre" ou "foetus" à l'Agence de santé

L'administration Trump interdit à l'agence de santé d'utiliser les mots "transgenre" ou "diversité"
L'administration Trump interdit à l'agence de santé d'utiliser les mots "transgenre" ou "diversité"
Dans cette photo : Donald Trump
L'administration Trump a transmis à l'Agence de santé américaine une liste de sept mots qui sont désormais bannis des documents officiels, parmi lesquels "foetus", "transgenre", "diversité" ou encore "prestation sociale".
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L'avenir de la recherche scientifique et de la santé aux États-Unis ne s'annonce pas sous les meilleurs auspices. Selon le Washington Post, l'administration Trump aurait transmis dans un mémo à l'Agence de santé du pays une liste de mots ou expressions qui sont désormais interdits dans les publications officielles dans le cadre de l'élaboration du budget 2019.

Dans ses éditions du vendredi 15 et du samedi 16 décembre, le quotidien rapporte en effet que les termes "foetus", "transgenre", "vulnérabilité", "diversité", "prestation sociale", prérogative" et "fondé sur la science" ("science-based", en anglais) n'auraient plus le droit d'être utilisés dans l'ensemble des documents émanant de l'Agence de santé américaine et, de facto, dans ceux des agences fédérales de santé et de recherche biomédicale qui en dépendent. Cela comprend notamment les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), qui jouent un rôle essentiel en matière de protection de la santé publique et de sécurité publique.

D'après Le Monde, le porte-parole du ministère de la Santé américain Matt Lloyd ne dément pas l'information du Washington Post, mais affirme que les autorités sanitaires américaines "continueront à utiliser les meilleures preuves scientifiques disponibles pour améliorer la santé des Américains".

La communauté scientifique en alerte

Pourtant, on voit mal comment il pourrait y parvenir. En effet, si ces mots ont été bannis des documents officiels des agences de santé, c'est pour leur caractère "controversé", explique le Washington Post. Ce qui met à mal les missions de certains programmes de recherche, qui ne peuvent se passer de l'emploi de certains des mots interdits dans leur publication et qui donc pourraient à terme ne plus être finançables. C'est le cas, notamment, des programmes de recherche portant sur les personnes LGBTQ, ce qui a été largement critiqué par les associations de défense de leurs droits. Ainsi, l'association de défense des droits humains Human Rights Campaign a dénoncé un "acte méprisable de l'administration Trump-Pence" afin de "tenter d'effacer les personnes LGBTQ du vocabulaire des CDC et des programmes décisifs qui servent la communauté".

Même son de cloche de la part de la communauté scientifique, qui a largement décrié la décision de l'administration Trump. "Parmi les mots interdits dans les documents sur le budget du CDC figurent fondé sur des faits et fondé sur la science. Un mot n'a cependant pas disparu : ridicule", a ainsi tweeté l'Association américaine pour le progrès scientifique.

"Interdire aux scientifiques et aux chercheurs d'utiliser des termes médicaux précis est une manoeuvre de plus pour limiter nos libertés et droits fondamentaux" s'est indignée le NARAL Pro-Choice America, une organisation pour la défense du droit à l'avortement.

Les organisateurs du mouvement de La Marche pour la science, qui avait fait défiler des milliers de personnes à Washington et dans d'autres villes du pays le 22 avril, a appelé l'administration à revenir sur cette décision. "Nous appelons l'administration à revenir sur cette interdiction, et nos élus à protéger le droit des communautés scientifiques de discuter ouvertement de leurs recherches et de leur impact sur notre monde", a écrit l'organisation sur son compte Twitter.

Ce n'est pas la première fois que le nouveau président des États-Unis est accusé de vouloir assurer un contrôle idéologique de la communauté scientifique. Le Monde rappelle ainsi que le site internet du ministère américain de la Santé a récemment supprimé toutes ses informations relatives à la communauté LGBTQ. Par ailleurs, le Washington Post rappelle qu'en mars, des questionnaires d'enquêtes sanitaires conduites par les services du ministère sur des personnes âgées ont été modifiés, supprimant les questions sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre des individus interrogés.