Léa Seydoux et Cara Delevingne agressées par Harvey Weinstein : "J'étais un morceau de viande"

Harvey Weinstein au Festival de Cannes 2017.
Harvey Weinstein au Festival de Cannes 2017.
Après Gwyneth Paltrow, Emma de Caunes, Rose McGowan ou encore Asia Argento et Angelina Jolie, c'est au tour de Léa Seydoux et Cara Delevingne de témoigner des agissements pervers du très puissant producteur américain Harvey Weinstein.
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La liste des actrices accusant Harvey Weinstein de harcèlement sexuel continue de s'allonger et secoue Hollywood. Depuis plusieurs jours, les stars abusées par le producteur américain s'unissent d'une voix et brisent peu à peu le silence pour dénoncer ses agressions à répétition. Des révélations chocs qui ont poussé sa femme Georgina Chapman à le quitter, comme elle l'a révélé au magazine People, et des personnalités telles que le couple Obama et Hillary Clinton à réagir.

Et les témoignages continuent à s'accumuler. Dans un entretien accordé au Guardian, Léa Seydoux raconte la nuit lors de laquelle le magnat du cinéma a tenté d'abuser d'elle et dénonce la loi du silence qui règne à Hollywood face à ce genre d'agression. C'est à un défilé de mode que l'actrice française rencontre Harvey Weinstein pour la première fois. "J'ai tout de suite compris qui il était (...) Il était charmant, drôle, intelligent, mais très dominant".

Comme il l'a fait avec plusieurs de ses victimes, Weinstein prétexte une opportunité de travail pour rencontrer l'actrice. "Il me regardait comme si j'étais un morceau de viande. Il faisait comme s'il envisageait de me donner un rôle. Mais je savais que c'était des conneries. Je le savais, je pouvais le voir dans ses yeux. Il utilisait son pouvoir pour avoir des rapports sexuels", explique-t-elle.

"Tout le monde savait ce que Harvey faisait"

Puis, selon son mode opératoire habituel, le producteur finit par isoler la comédienne en l'invitant à boire un verre dans sa chambre d'hôtel. "C'était dur de dire non, il a tellement de pouvoir. Toutes les filles ont peur de lui", raconte Léa Seydoux. C'est à ce moment-là que le producteur "perd le contrôle" et alors qu'ils étaient tous deux assis sur le canapé, se jette sur la jeune femme pour l'embrasser. "J'ai dû me défendre. Il est grand et gros, j'ai utilisé toute ma force pour lui résister. J'ai quitté sa chambre, j'étais dégoûtée".

Selon elle, les agissements pervers et misogynes de Weinstein n'étaient un secret pour personne. "Tout le monde savait ce que Harvey faisait et personne n'a rien fait. Il est incroyable qu'il ait pu agir comme ça pendant des décennies et garder sa carrière. C'est seulement possible parce qu'il a énormément de pouvoir".

Léa Seydoux en mai 2017 à New York.
Léa Seydoux en mai 2017 à New York.

Menaçant et homophobe

Sans doute encouragée par toutes ces femmes qui, peu à peu, dénoncent (enfin) publiquement l'attitude de Weinstein, le top-model anglais Cara Delevingne a elle aussi décidé de parler. Sur son compte Twitter, le mannequin a révélé la tentative d'intimidation sur fond homophobe qu'elle a subie de sa part. "Quand j'ai commencé à travailler en tant qu'actrice, je travaillais sur un film et j'ai reçu un appel de Harvey Weinstein me demandant si j'avais couché avec une des femmes avec qui j'avais été vue dans les médias. (...) Il m'a dit que si j'étais gay ou décidée à être publiquement avec une femme, je n'obtiendrais jamais le rôle d'une femme hétéro et je ne serais jamais actrice à Hollywood."

Cara Delevingne raconte également avoir par la suite retrouvé le producteur dans le hall d'un hôtel pour un projet de film. Là encore, le mode opératoire du prédateur est le même : il lui propose de monter dans sa chambre, en utilisant une excuse bidon, afin de se retrouver seul avec elle. Le top-model décline d'abord l'invitation, puis l'accepte sur les conseils de l'assistante de Weinstein. "A ce moment précis, je me sentais impuissante et effrayée mais je ne voulais pas le montrer. J'espérais que je me trompais sur la situation. En arrivant dans la chambre, j'ai d'abord été rassurée en voyant qu'une autre femme était présente. Il nous a demandé de nous embrasser et elle a commencé à l'aguicher", raconte-t-elle.

Et de poursuivre : "Je me suis rapidement levée et lui ai demandé s'il savait que je chantais. Et j'ai commencé à chanter... Je pensais que cela améliorerait la situation, en la rendant... plus professionnelle... comme une audition... j'étais tellement stressée. Après avoir chanté, j'ai répété que je devais partir. Il m'a raccompagnée à la porte de sa chambre et a essayé de m'embrasser. Je l'ai arrêté et j'ai réussi à sortir de la chambre."

"Je me sentais coupable comme si j'avais fait quelque chose de mal"

Choquée, Cara Delevingne explique avoir culpabilisé et gardé le silence par respect pour la famille du producteur : "Je me sentais coupable comme si j'avais fait quelque chose de mal." Mais désormais "soulagée", le mannequin encourage dans un autre post Instagram les femmes victimes d'agression sexuelle à briser le silence : "Ce n'est pas facile mais (...) comme je l'ai dit, ce n'est qu'un début. Dans toutes les industries et surtout à Hollywood, les hommes abusent de leur pouvoir en utilisant la peur. Plus nous en parlons, moins nous leur donnons de pouvoir, je vous exhorte tous à parler et à ceux qui défendent ces hommes, vous faites partie du problème".

Si l'attitude du producteur choque l'ensemble du grand public, Léa Seydoux rappelle en effet dans les colonnes du Guardian, que ce genre de comportement est fréquent dans le milieu sexiste du cinéma. L'actrice raconte les avances, parfois très (voire trop) appuyées qu'elle a reçues au cours de sa carrière par des producteurs et des réalisateurs. "Ce métier est basé sur l'apparence. Vous devez être désirable pour être aimée. Mais tous les désirs ne peuvent pas être assouvis, même si les hommes dans le milieu du cinéma croient le contraire".