Non, les femmes "belles" ne sont pas les seules à être harcelées sexuellement

Non, les femmes "belles" ne sont pas les seules à être harcelées sexuellement
Non, les femmes "belles" ne sont pas les seules à être harcelées sexuellement
Dans une série de tweets, la féministe américaine Roxane Gay a répondu à un article du "New York Times" dans lequel l'actrice Mayim Bialik affirme que seules les femmes considérées comme "belles" sont la cibles de prédateurs sexuels comme Harvey Weintein.
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Aux États-Unis comme en France, l'affaire Harvey Weinstein a eu un retentissement monstre, mettant en lumière comme jamais jusqu'ici les violences sexistes et sexuelles subies par les femmes. Depuis la révélation des témoignages de Rose McGowan et Asia Argento, des millions de jeunes femmes prennent publiquement la parole sur les réseaux sociaux pour dénoncer les cas de harcèlement, parfois même les agressions et les viols qu'elles ont subis, uniquement parce qu'elles étaient des femmes.

Aussi salvatrice et essentielle soit-elle, cette libération de la parole des victimes s'est malheureusement accompagnée de son lot de sorties abjectes, relents d'une société patriarcale qui ne supporte pas qu'on remette en question son système de domination séculaire.

Alors que Woody Allen –lui-même accusé de viol par sa fille adoptive Dylan Farrow – a osé affirmer se "sentir triste" pour Harvey Weinstein et de reprocher aux médias de mener une "chasse aux sorcières", sur Twitter, ce sont des milliers trolls qui sont sortis du bois pour accuser les femmes de délation, leur reprocher de parler trop tôt ou trop tard ou encore de ne pas avoir porté plainte. Parmi les plus médiatiques, on peut citer Éric Zemmour qui a comparé le hashtag #BalanceTonPorc à la délation dont ont souffert les Juifs pendant la Second Guerre mondiale, mais aussi le philosophe Raphaël Enthoven, lui aussi heurté par le mot "balance", ou encore Aymeric Caron qui lui n'a pas aimé qu'on s'en prenne aux "porcs", les vrais.

"Je n'agis pas de façon aguicheuse, c'est ma règle"

Les États-Unis, d'où est parti le scandale, n'ont pas été épargnés. Là-bas, comme en France, des voix se sont élevées non pas pour afficher leur solidarité avec les femmes victimes de violences, mais pour au contraire les accuser de "l'avoir cherché". Ce qui est plus étonnant, en revanche, c'est que ce victim blaming (le fait de rendre les femmes responsables des agressions qu'elles subissent) de viol est allé jusqu'à s'afficher dans les pages du New York Times.

Dans un long témoignage intitulé "Being a Feminist in Harvey Weintein's World" (Être féministe dans le monde de Harvey Weinstein) publié sur le site du quotidien américain, l'actrice Mayim Bialik (Amy Farrah dans The Big Bang Theory) blâme autant les victimes de violences sexistes et sexuelles que leurs agresseurs. Pour elle, si les femmes se font siffler dans la rue ou sont prises pour cibles par Harvey Weinstein, c'est parce que, quelque part, le comportement n'était pas "irréprochable". Et que, par ricochet, elles sont responsables de ce qui leur arrive. "J'ai décidé que mon côté sexuel était réservé pour des situations privées avec ceux avec qui je suis le plus intime. Je m'habille modestement. Je n'agis pas de façon aguicheuse avec les hommes, c'est ma règle."

Mais son argumentaire limite ne s'arrête pas là. Pour Mayim Bialik, seules les femmes correspondant aux critères de beauté généralement admis dans notre société devraient s'habiller comme des moines et ne pas se montrer aguicheuses. La raison ? Elles seraient les seules à être la cible des harceleurs sexuels.

"Et pourtant, j'ai aussi expérimenté les avantages à ne pas être une fille au physique parfaire. En tant que féministe fière de ne suivre aucun régime alimentaire, de ne pas avoir fait de chirurgie plastique ou de ne pas avoir embauché un coach personnel, je n'ai presque jamais eu aucune histoire avec des hommes dans des chambres d'hôtel. Celles qui à Hollywood ne représentent pas un niveau de beauté incroyable ont toutefois le 'luxe' d'être négligées et, dans de nombreux cas, d'être ignorées par les hommes de pouvoir à moins qu'elles ne puissent leur rapporter de l'argent."

Harceler, c'est avant tout dominer

Le problème, avec ce genre d'argumentaire, c'est qu'il ne sert absolument pas la cause des femmes. Mayim Bialik a beau se décrire comme une "féministe fière", son discours est tout sauf féministe. Une vraie féministe ne critique pas celles qui choisissent de suivre un régime ou de faire de la chirurgie esthétique.

Et surtout, ces propos sont absolument faux : toutes les femmes, quel que soit leur âge, le milieu social ou leur physique sont susceptibles d'être harcelées ou agressées sexuellement. Tout simplement parce qu'il ne s'agit pas là d'attirance sexuelle, mais tout simplement de domination, de possession.

Roxane Gay, auteure et militante féministe, a rappelé dans un thread sur Twitter que oui, même les femmes considérées comme "peu attrayantes" sont harcelées et agressées. En fait, elles sont même davantage victimes d'abus que les autres femmes. Et le problème, c'est que personne ne les croit.

"Les gens adorent croire que les femmes grosses ou sans attrait physique ne sont pas concernées par le harcèlement ou les agressions. Je l'ai cru aussi. Quand j'étais enfant.

Nous ne sommes pas à l'abri des agressions. D'abord parce que personne ne nous croit. 'Qui vous harcèlerait ?' Et cela fait de nous de plus grandes cibles.

Mais maison est tapissée des langues des hommes qu s'attendaient à ce que je sois reconnaissante de leur harcèlement.

Quand les hommes font mine de m'embrasser dans la rue et que je les ignore, ils me disent 'vas te faire enculer, te toute façon tu es grosse', ou quelque chose du même genre. Ce que je savais déjà, merci !

La seule chose commune que j'ai trouvée qui réduit mais hélas qui ne met pas fin au harcèlement est l'ÂGE et merci à Dieu pour cela."

Publiés samedi 14 octobre, les tweets de Roxane Gay ont été partagés des milliers de fois, parfois accompagnés du hashtag #MeToo. Car oui, le harcèlement sexuel est systémique et nous toutes concernées par ce fléau.

Mayim Bialik partait sans doute d'une bonne intention. Mais se référer à son expérience personnelle pour englober dans son discours toutes les femmes au physique non-normé était une erreur. Elle l'a heureusement reconnu et a présenté ses excuses dans un live sur la page Facebook du New York Times. "Il est désormais clair pour moi que certaines personnes pensent que j'ai laissé entendre que l'on peut se protéger de violences sexuelles grâce à notre tenue vestimentaire ou au comportement qu'on adopte. Ce n'était absolument pas mon intention et je pense qu'il faut que j'attaque cette conversation en disant qu'il n'y a aucun moyen d'éviter d'être victime de violences, que ce soit par ses vêtements ou sa façon de se comporter.

Je regrette vraiment que ça ait été interprété ainsi parce que, littéralement, j'essayais de parler d'une expérience spécifique que j'ai eue dans une industrie tout aussi spécifique. Les seules personnes responsables de leur comportement dans un cas de violence restent les prédateurs qui commettent ces actes horribles."