« Paula Spencer », un roman de Roddy Doyle

Par Fanny Rivron
Publié le 5 mai 2012

« Paula Spencer », un roman de Roddy Doyle

« Paula Spencer », un roman de Roddy Doyle

© Hemera
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Après « La femme qui se cognait dans les portes » (Éd. Robert Laffont), on retrouve Paula Spencer, l'incroyable héroïne de Roddy Doyle dans un roman éponyme. Libérée de sa brute de mari mais toujours hantée par ses vieux démons alcoolisés, elle va tenter de construire une autre vie pour elle et sa progéniture.


Ce qu’on connaît de Roddy Doyle, c’est surtout la « trilogie de Barrytown », un triptyque littéraire regroupant les trois romans « The Commitments », « The Snapper » et « The Van » adaptée au cinéma par Alan Parker en 1991 et Stephen Frears en 1993 et où l’on découvre Les Rabbitte une famille de Barrytown, banlieue imaginaire au nord de Dublin, ravagée par le chômage et les maux qui en découlent.
Après « Paddy Clarke Ha Ha Ha » (qui remporte le prestigieux Booker Prize en 1993), Roddy Doyle se lance dans la rédaction de la série « Paula Spencer » composée de « La femme qui se cognait dans les portes » (1996) et de « Paula Spencer », le deuxième volet, qui met en scène, 10 ans après, cette femme sérieusement portée sur la bouteille et qui évoquait toujours une quelconque maladresse de sa part pour expliquer les marques laissées par les dérouillées de son mari.

Nous sommes à Dublin, le boom économique des années 2000 efface peu à peu la misère. Paula Spencer vit dans sa petite maison avec ses deux derniers : Leanne et Jack. Elle vient d’avoir 48 ans. Depuis quatre mois et cinq jours, elle n’a pas bu une goutte d’alcool. Jour après jour, elle mène sa guerre pour tuer le monstre, retrouver une vie, renouer avec enfants et petits-enfants malgré les pensées et pulsions contradictoires qui s’entrechoquent dans son esprit groggy. « C’est génial », « c’est super » se répète Paula toute la journée pour chasser les pensées noires et les vieux démons qui reviennent au galop : la canette de bière qui traîne peut-être encore sous un lit ou dans un coin de la maison, le bar et le marchand de vin, les visions du passé, de Charlo qui cogne et des gosses qui pleurent.

Du coup, Paula fait des listes pour tout, des listes de cadeaux, des listes des choses à acheter, Paula va au supermarché, Paula fait des soupes, nourrit ses gamins et essaie de reconstruire son foyer. En un mot Paula s’accroche malgré les envies de Gin tonic qui la travaillent et se débat d’autant plus difficilement que Leanne, sa fille, son double, a elle aussi été happée par la Smirnoff-coca et autres venins alcoolisés. Mais Paula se ranime, autant pour être en action et se sauver elle que pour sauver sa fille. Dans la famille, tout le monde s’écroule mais reste debout en se tenant aux autres : Leanne, Carmel la sœur sarcastique de Paula, Jack le petit dernier mutique, John Paul, l’ancien héroïnomane désormais père de famille et fils maladroit, qui tente tant bien que mal de tisser des liens avec sa mère. Car « Paula Spencer » sonde aussi les relations complexes, entre fierté et honte, joie et peur des membres de cette famille démolie.

Du début à la fin de cette chronique familiale ultra-réaliste et jamais larmoyante, on pense avec Paula, on halète avec elle sur son autolaveuse, on guette le bruit de la porte d’entrée pour entendre si Leanne est rentrée, on déguste les « latte » de l’Italien du coin et ses petites joies ordinaires, porté par l’humour aigre, le jargon populaire et l’acharnement superbe de cette étrange femme de ménage, véritable allégorie d’une Irlande qui panse ses plaies.

« Paula Spencer » de Roddy Doyle, Éditions Robert Laffont Pavillons, 19,50 €.

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Voir aussi :  famille    livres    femmes    alcool   
 

Commenter

9 commentaires

ladymam - 05/05/12 10:14
j 'aimeari beaucoup lire ce livre qui je pense est très interressant ! la bataille de cette femme pour sortir de l 'enfer!
sandrine6405 - 05/05/12 15:07
Je ne connais pas les oeuvres de cet écrivain apparemment déjà bien connu, il faudra que je m'y mette !
angelabeille - 06/05/12 23:01
Encore un illustre auteur que vous présentez dont je ne connais pas du tout. Merci de me l'avoir fait découvrir. Mais hélas ce n'est pas le genre de livre qui me passionne.
omaha - 07/05/12 07:26
Merci pour le résumé, c’est un livre qui me plairait beaucoup, une chronique de la société
country33 - 07/05/12 09:07
Pour lire des scènes de la vie courante pas besoin d'un roman on en a plein les faits divers chaque jours.
alexandrine - 07/05/12 15:45
J'ai du passer très certainement à côté car j'avoue ne pas la connaître, je vais donc essayer de me rattraper et lire un de ses bouquins qui a l'air d'avoir déjà rencontré du succès.
Batavia - 14/05/12 23:48
Merci de m'avoir fait découvrir ce livre. Le combat de cette femme n'a rien de spectaculaire, mais quel courage au quotidien. Je ne regarderai plus de la même façon les alcooliques et leurs problèmes.
Ludion - 28/05/12 10:14
"Paula Spencer, l'incroyable héroïne de Roddy Doyle dans un roman éponyme" En fait, c'est l'inverse, car "éponyme" veut dire "qui donne son nom". Donc : "Paula Spencer, l'incroyable héroïne éponyme du roman de Roddy Doyle". À part ça, le roman date quand même de 2006 et c'est dommage de n'avoir une traduction en français que maintenant. Mais comme on dit, mieux tard que jamais. Par contre, il est surtout dommage de ne pas évoquer dans le résumé tout l'arrière-plan social concernant les changements en Irlande, dus entre autres à une immigration importante (alors que traditionnellement l'Irlande était plutôt un pays d'émigrants). L'auteur prend soin, par exemple, de dire ou de faire comprendre que la plupart des collègues de Paula viennent de l'Europe de l'Est et, plus généralement, évoque un contexte qui va bien au-delà d'un simple itinéraire personnel. C'est ici, d'ailleurs, que le décalage temporel entre la version originale et la traduction française prend toute son importance. En effet, depuis 2008, 2009, à l'inverse, nombre d'immigrés, essentiellement Polonais, quittent le pays. D'ailleurs, en 2009, l'Irlande a sensiblement durci sa politique d'immigration. Entre autres mesures : permis de travail refusé pour des emplois à moins de 30000 Euros/ans, interdiction aux immigrés de devenir employés de maison ou conducteurs de poids-lourds, etc. On peut donc faire une tout autre lecture du livre et considérer que le personnage de Paula permet surtout de proposer une description sociologique (ravages de l'alcool inclus) nettement moins rébarbative que des rapports comme ceux de l'Organisation Mondiale de la Santé ou de l'Office Européen de l'Immigration !
country33 - 11/06/12 06:17
Mais de plus en plus de personne lisent d etels romans pour essayere de comparer leur vie à celle de l'héroine alors ça marche bien ce genre là.

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