Maman ? Pas pour elles !

Maman ? Pas pour elles !
Si avoir un enfant est communément reconnu comme étant l’une des plus belles choses au monde, des femmes refusent, par choix, la maternité. Femmes modernes ? Féministes ? Alors que la norme sociale sacralise encore la grossesse et la place au cœur de la vie d’une femme, Terrafemina lève le voile sur un sujet tabou : celui de ne pas vouloir être maman.

Refus d’enfant : Un sujet tabou

La norme : être une mère de famille

Cocorico !!! La France est le numéro 1 européen en matière de natalité. Devant un tel podium et à l’heure où la maternité est portée aux nues, être une femme et décider de ne pas avoir d’enfant, l’assumer, voire le revendiquer n’est pas des plus évidents. Elles sont près de 10% en France à ne pas vouloir voir leur ventre s’arrondir (INED 2006), 30% en Allemagne. Pourtant, Emilie Devienne, journaliste et auteur de « Être femme sans être mère » constate qu’ « à l’heure où la société accepte les relations amoureuses et sexuelles hors mariage et la contraception, la maternité reste, de manière archaïque, valorisée et perçue comme étant une étape obligatoire, et pas seulement pour s’accomplir ». Pour la psychologue clinicienne, Sophie Marinopoulos, « socialement on attend cette mission. Pas étonnant que l’on remette à ce titre des médailles à des femmes qui ont multiplié les enfants et à qui l’on dit très sincèrement : « 4 enfants ? Mais quel courage vous avez ! » ». Alors forcément dès lors que l’on s’écarte de ce schéma de la femme reproductrice, la pression sociale s’exerce sur « celles qui sortent du rang ».

Un  «mur d’incompréhension »

« La normalité dans nos sociétés occidentales même en 2010 c’est de vivre dans un couple hétéro monogame et de vouloir procréer. Tout ce qui tombe en dehors de ce schéma est considéré comme étant anormal. On compare souvent l’expérience childfree à celle qui consiste à faire un « coming out » gay », confie Magenta Baribeau, scénariste québécoise qui travaille actuellement sur un documentaire sur ce sujet. « Je me suis moi-même heurtée à un mûr d’incompréhension et de jugement. Certains essaient même de nous persuader de changer d’avis, de nous convertir ».  Une fois les lieux communs sur l’horloge biologique et le désir d’enfant universel mis sur le tapis, on passe rapidement aux réflexions d’un autre ordre. « Qui s’occupera de vous quand vous serez vieille ? ». Pression familiale et conformisme ? Pas seulement. D’après Magenta Baribeau, il s’en fait une beaucoup plus insidieuse : « Dans la pub, les films, séries TV, les femmes qui ne veulent pas avoir d’enfant sont présentées comme écervelées, égoïstes ou aux mœurs légères, quand ce n’est pas rigides, froides et peu humaines. ».

Avoir ou non le désir d’être mère

Catherine, 45 ans, ne s’est jamais sentie à la hauteur. « Avoir un enfant c’est une responsabilité énorme. Je ne m’en suis jamais sentie capable. J’ai fait ce choix très jeune, je n’ai jamais changé d’avis, et je ne le regrette absolument pas ». Pour Jemma, 30 ans, « c’est plutôt par conviction et par souci de préserver la qualité de vie que j’ai maintenant. J’aime vivre en dehors de toute routine qu’imposent les enfants ». Egoïsme ? Peur de déformer son corps ? Enfance difficile ? Vie amoureuse compliquée ? «  On a toujours tendance à mettre les gens dans des catégories. Si ces arguments concernent des femmes, ce n’est pas le cas pour toutes. Il s’agit avant tout d’une liberté par rapport aux liens. On peut avoir le désir d’être mère ou pas », défend la journaliste Emilie Devienne.

Des femmes qui peuvent se le permettre

Qui sont ces femmes ? « Ce sont des femmes occidentales qui ont le privilège de vivre dans un pays où il est possible de faire le choix de ne pas faire d’enfant. J’en ai rencontré de tous âges, de toutes religions et de toutes classes sociales », souligne la documentariste Magenta Baribeau. Sont-elles carriéristes ? Pas forcément, répond Emilie Devienne : « des carrières qui vont avec, mais pas carriéristes. Elles ont tout simplement réfléchi à la place que prendrait un enfant. Il y a des femmes qui, pour avoir la paix, disent qu’elles ne peuvent pas en avoir ». Et le couple dans tout ça ? « Je tiens justement à laisser libre place dans mon couple, et le laisser grandir et se développer par lui-même. Un enfant pour moi et mon conjoint, ça ne nous unirait pas, bien au contraire, ça nous détruirait », poursuit Emilie Devienne.

Quand le non-désir d’enfant devient une revendication

Les « childfree »

A Paris, deux semaines avant la fête des mères, la fête des non-parents révélait l’émergence d’une mouvance déjà bien développée aux Etats-Unis, les childfree ("sans enfant"). Militants sans être activistes, ces hommes et ces femmes ont pour point commun de ne pas vouloir d’enfant. Après avoir lancé cette manifestation à Bruxelles, Théophile de Giraud, écrivain belge l’a exportée en France, «  pays qui souffre d’un fort complexe patriotique et dans lequel la politique nataliste qui s’exerce, ne sert que des intérêts qui instrumentalisent le ventre de la femme ». Tout est dit. Si selon lui, les childfree sont des personnes qui raisonnent d’un point de vue écologiste ou qui n’ont tout simplement pas le désir de faire un enfant, lui fait partie de la troisième catégorie qu’il baptise « les anti-natalistes, un peu pessimistes, pour qui naître a toujours été un cadeau empoisonné ». Cette  fête a pour but de permettre aux non parents de se rencontrer, d’établir des contacts et de partager leurs expériences. « Nous (les childfree) voulons être reconnus. Nous ne clamons pas notre supériorité. Nous voulons juste que l’on nous respecte dans le choix que nous avons fait. On appelle cela la tolérance. Que l’on arrête de culpabiliser les femmes, ce matraquage et ce conditionnement dès le plus jeune âge. ».

40 bonnes raisons de ne pas enfanter

Selon Théophile de Giraud, le mouvement ne se dirige pas contre les parents mais contre les natalistes. « Nous voulons l’ouverture d’un débat public sur cette question. La fête des non-parents nous permet donc de nous assurer une certaine visibilité ». Lors de ce rassemblement à Paris, Corinne Maier, auteur de l’essai « No Kid » était présente. Pourtant maman de deux enfants, elle recense 40 bonnes raisons de ne pas avoir d’enfant. « J’ai deux enfants. Cela veut dire que je me couche à des heures que je n’ai pas choisies, que j’ai une vie sédentaire que je n’ai pas choisie […] Heureusement, je vois le bout du tunnel. Dans 4 ans, le plus jeune aura 18 ans… Je suis impatiente ! ».

Vers une nouvelle tendance féministe ?

Ce n’est pas parce que l’on ne devient pas mère que l’on n’est pas une femme. C’est à partir de ce postulat qu’Elisabeth Badinter neutralise un « instinct maternel » tenace qui serait niché dans les gènes de la femme. Selon elle, le prétendu « appel biologique » est un poids dont les femmes devraient pouvoir se libérer pour faire un choix : choisir de faire un ou plusieurs enfants, choisir de ne pas en faire, choisir de maîtriser son corps…  Et elles sont nombreuses à corroborer cette acception. Déjà en 1949, Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir appelait les femmes à se libérer des rôles sociaux qu’on les « obligeait » à endosser. « Que l’enfant soit la fin suprême de la femme, c’est là une affirmation qui a tout juste la valeur d’un slogan publicitaire ». Tout le combat de la deuxième vague féministe, depuis le début des années 70, se porte bien là, notamment avec la légalisation de la contraception puis de l’avortement. Les féministes ne refusent cependant pas toutes la maternité ; elles revendiquent majoritairement le droit de choisir.

« Les enfants font parfois les frais de ce non-choix », souligne la journaliste Emilie Devienne. « On se demande toujours pourquoi ces femmes ne font pas d’enfant… moi je pose la question inverse : Pourquoi fait-on des enfants ? ».

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