Des soins pour la peau synchro avec nos règles, une bonne idée ?

Devrait-on calquer notre routine beauté sur nos règles ?
Devrait-on calquer notre routine beauté sur nos règles ?
Les hormones régissent la qualité de notre peau, rien de nouveau sous le soleil. Mais faut-il adopter une routine beauté en accord avec nos cycles menstruels ? C'est en tout cas ce que prônent certaines marques et expertes. Explications.
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A l'approche de nos règles, notre peau se transforme. Plus irritée, plus grasse, souffrant de poussées d'acné : les effets sont multiples, souvent indésirables, et nos efforts pour y remédier généralement vains. On ajuste comme on peut, persuadée que ces changements restent passagers. A tort : notre épiderme évolue en synchronisation avec notre cycle menstruel. L'influence des hormones n'a rien d'anecdotique, puisqu'elle agit tous les mois de façon quasi systématique. Alors, pourquoi s'entêter à suivre une routine qu'on constate inadaptée ?

C'est en tout cas ce que se sont demandé certaines marques de cosmétiques et expertes en la matière. En guise de solution, elles ont émis une idée pertinente : pourquoi ne pas établir de diagnostic skincare en fonction de ses menstruations ? Traduction : appliquer un produit particulier - ou plusieurs - selon la période du mois, pour accompagner au mieux les conséquences de nos règles sur la peau. On vous dit tout de ce nouveau courant.

A chaque phase du cycle ses besoins

"La peau ne nécessite pas le même traitement pendant l'ovulation que pendant la phase prémenstruelle, et c'est quelque chose dont nous ne tenons généralement pas compte lorsque nous appliquons le même produit pendant tout le mois", assure à Vogue Espagne Marta Masi, pharmacienne. Pour elle, le constat est clair : il faut se calquer sur ces modifications entraînées par notre corps. Et observer scrupuleusement la façon dont elles se manifestent selon le type de peau.

"Par exemple, une peau sèche qui a tendance à se déshydrater encore plus pendant les premiers jours du cycle n'aura pas besoin de la même routine de beauté qu'une peau naturellement grasse, qui pencherait plutôt vers un teint mixte dans la première phase", poursuit-elle. Elle explique que ces "phases" sont au nombre de trois : la phase folliculaire, la phase lutéale et la phase de menstruation.

Lors de la phase folliculaire, les niveaux d'oestrogènes sont très élevés, ce qui fait que notre peau est plus hydratée et plus lumineuse pendant cette partie du cycle, et nous avons donc besoin de moins de soins, décrypte à son tour la dermatologue Dre Rosa del Río au magazine. Elle conseille ainsi d'utiliser une protection solaire et des ingrédients actifs tels que la vitamine C.

Ensuite, la phase lutéale implique que moins d'oestrogènes sont produits. La progestérone entre elle aussi dans l'équation, ce qui augmente l'activité des glandes sébacées. Résultat : une peau plus grasse et l'apparition de boutons, surtout pendant les jours prémenstruels, notamment sur le menton et autour de la mâchoire, qui nécessitent un bon nettoyant et un bon exfoliant.

Dernier stade, la phase de menstruation, durant laquelle les niveaux d'oestrogène et de progestérone diminuent, ce qui explique une peau "plus sèche, plus sensible et plus irritable", décrit la spécialiste qui recommande des produits non irritants à base d'eau thermale, d'aloe vera ou encore d'huile d'argan. "En raison de la baisse de progestérone, la peau est également moins grasse et plus mate", détaille-t-elle.

Les marques sont de plus en plus nombreuses à investir ce créneau "menstruel". On note par exemple Faace et son "masque spécial règles", le label parisien Typology qui a formulé des sérums adaptés aux cycles ou encore le "period set" de Cahaya Naturals. La gamme canadienne Blume s'est aussi lancée. Sa co-fondatrice Taran Ghatrora explique d'ailleurs à Glamour UK que, selon elle, cette approche permet de briser quelques solides tabous.

Initiative émancipatrice ou coup marketing ?

La peau pendant les règles, la tanée.
La peau pendant les règles, la tanée.

"Il y avait tellement de stigmates autour des règles là où j'ai grandi", raconte Taran Ghatrora. "Lorsque vous atteignez la puberté, il y a tous ces produits que vous devez acheter : déodorant, tampons, serviettes hygiéniques, soins de la peau pour traiter l'acné - ce qui peut être assez envahissant. Nous avons donc voulu créer une boutique où se rendre au début de vos règles".

Selon elle, si le monde du skincare vient tout juste de prendre en compte les menstruations, c'est parce que l'industrie a mis du temps à évoluer. "Les soins de la peau sont abordés d'une manière différente de ce qu'ils étaient il y a dix ans", développe la cheffe d'entreprise. "Par exemple, jusqu'à récemment, personne ne parlait de la façon dont les différents produits affectent les différentes couleurs de peau. Beaucoup de produits que j'utilisais pour mon acné hormonale n'étaient pas faits pour les peaux plus foncées comme la mienne - et m'ont laissé des cicatrices et une hyperpigmentation." Aujourd'hui, le progrès est palpable. "Et examiner comment sa peau est affectée par ses règles et savoir comment la traiter incarne donc une extension naturelle de ce progrès", analyse-t-elle.

Millie Kendall, PDG du British Beauty Council, partage son opinion. "Je trouve étonnant la rapidité avec laquelle les discussions sur les règles ou encore la ménopause, se sont généralisées et sont devenues courantes", se réjouit-elle auprès de la publication britannique. "Je mettrais ça sur le compte des réseaux sociaux et de la capacité des gens à se faire entendre. Je suis tout à fait pour".

Elle nuance cependant son enthousiasme, en abordant un sujet tout aussi tabou : le feminism-washing. "La raison pour laquelle les marques de soins de la peau s'intéressent à ce phénomène peut être double : d'une part, elles célèbrent les changements hormonaux des femmes et, d'autre part, le cynisme qui règne en moi pense que c'est une autre façon de vendre plus de produits".

Un coup marketing sous couvert d'empowerment ? Peut-être. On se demande tout de même : est-ce que ça marche ?

Succès garanti ?

La journaliste britannique Bethany Fulton s'est prêtée au jeu pendant un mois. Chaque semaine, elle a testé une routine étiquetée "pour les règles" composée de plusieurs sérums et crèmes estampillés de labels différents, en fonction de son type de peau et de son cycle. Ensuite, elle a rapporté l'expérience dans les colonnes de Stylist.

Au bout de 30 jours et une addition salée, le verdict tombe. Si elle aussi évoque l'appât du gain des marques de cosmétiques, elle reconnaît cependant un intérêt à la manoeuvre, surtout pour les personnes qui n'ont pas l'habitude de se tartiner le visage et peinent à gérer leurs tracas épidermiques. Elle conclut : "Dans l'ensemble, je ne dirais pas que vous avez besoin d'une routine complète qui soit intimement en phase avec votre cycle menstruel, mais il pourrait être utile de faire un peu plus attention à ce que vous mettez sur votre peau à 'cette' période du mois."

Plus qu'un besoin de se procurer des soins en particulier, il s'agirait donc d'être à l'écoute de son corps, sans pour autant céder aux sirènes de la surconsommation. Et surtout, d'aborder le sujet ouvertement afin de contribuer à une normalisation nécessaire. Jusqu'ici, on prend.