Pourquoi la précarité étudiante touche majoritairement les femmes

L'association Gaelis distribue des paniers-repas pour les etudiants en situation de precarite sur le campus universitaire de la Doua en décembre 2020.
L'association Gaelis distribue des paniers-repas pour les etudiants en situation de precarite sur le campus universitaire de la Doua en décembre 2020.
La pandémie du Covid-19 a aggravé la précarité dont souffrent bien des étudiant·e·s en France. Une situation financière (et sanitaire) accablante qui toucherait majoritairement les jeunes femmes, selon une nouvelle enquête détaillée de l'association solidaire Co'p1.
A lire aussi

C'est une nouvelle enquête de l'association Co'p1 - Solidarités Étudiantes, réseau d'entraide et de solidarité épaulant notamment étudiants et étudiantes à travers des distributions gratuites de denrées alimentaires et de biens de première nécessité, qui le révèle : parmi les étudiants ayant sollicité une aide alimentaire pour la première fois lors de la dernière rentrée universitaire, 67% de ces bénéficiaires seraient... des femmes.

Le rapport chiffré "Enquête sur la précarité étudiante" publié ce 26 avril souligne ainsi que même au sein de ce fléau global qu'est la précarité étudiante, des discriminations genrées subsisteraient. "Les femmes ont des dépenses que les hommes n'ont pas, notamment les protections hygiéniques", détaille à ce sujet Paul Bouscary, directeur des études de l'association et étudiant en troisième année de licence de droit à la Sorbonne.

La réalité de la précarité menstruelle dans le milieu étudiant, par exemple, est indéniable. En France, une étudiante sur 10 doit fabriquer ses propres protections, et 1 sur 20 se contenter de papier toilette.

Et la pandémie de Covid 19 n'a fait qu'exacerber cette précarité étudiante. Et notamment, du côté des jeunes femmes. "Beaucoup de jobs étudiants où les femmes étaient très représentées ne peuvent plus se pratiquer, notamment dans le social ou la restauration", développe encore l'étudiant en droit. Inquiétant.

Des inégalités à plus d'un titre

"Une femme a des dépenses beaucoup plus importantes, en raison des protections périodiques, qui coûtent particulièrement chères, mais aussi sur les produits d'hygiène en général. Quand on entend une étudiante qui nous dit qu'elle doit choisir entre les protections périodiques et se nourrir, c'est alarmant", développe à ce titre Ulysse Guttmann-Faure, membre de l'association, au micro d'Europe 1. Pas étonnant dès lors d'apprendre que près de sept bénéficiaires sur dix de ces aides alimentaires d'urgence soient de sexe féminin.

Comme le développe Le Figaro Etudiant, entre 750 et 800 étudiant·e·s bénéficieraient de colis alimentaires à Paris. Un récent questionnaire préparé par l'association d'aide aux étudiants nous apprend également que plus de 1000 d'entre elles et eux avoueraient "ne pas manger à leur faim" depuis les prémices de la rentrée universitaire. Une situation préoccupante du côté des bourses également, "beaucoup n'étant pas éligibles car les échelons sont calculés sur les salaires des parents d'avant la crise", déplore le directeur des études de Co'p1 - Solidarités Étudiantes. Une situation qui exige de tirer la sonnette d'alarme.

D'autant plus que par-delà la précarité financière (exacerbée par la mise sur pause de bien des jobs étudiant depuis l'an dernier), ce sont également les difficultés d'accès aux soins et la détresse psychologique indéniable des étudiants et étudiantes qui sont mises sur le tapis. 76% des étudiants interrogés dans le cadre de cette nouvelle enquête affirment effectivement être "préoccupés, tourmentés ou anxieux" depuis le début de la pandémie. Un chiffre colossal.