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A Londres, les femmes noires sont davantage victimes de féminicides : pourquoi ?

Publié le Mercredi 29 Mai 2024
Clément Arbrun
Par Clément Arbrun Journaliste
Passionné par les sujets de société et la culture, Clément Arbrun est journaliste pour le site Terrafemina depuis 2019.
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Les femmes noires de Londres font face à des taux de féminicide plus élevés : c'est ce que nous apprend un accablant reportage de la BBC. Comment l'expliquer ?
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Les femmes noires de Londres seraient confrontées à des taux de féminicides beaucoup plus élevés que les autres. Cela, c'est ce que nous apprend un accablant article de la BCC, prestigieux média britannique.

Si comme le rappelle la BBC, le féminicide est une violence ciblant spécifiquement les femmes - plus précisément, c'est le fait de tuer une femme car elle est une femme - celles-ci ne s'avèrent pas toutes égales face à ces violences : là encore, on perçoit des discriminations. Ainsi en 2023, si l'on étudie les données officielles relayées par les autorités de Londres, sur 21 victimes de féminicide, 13 étaient noires.

Cela équivaut à 61 % C'est un chiffre énorme. L'an passé, il était déjà impressionnant, mais pas autant : 43 % ! Un nombre qui ne fait donc qu'augmenter...

Même dans le cas des violences sexistes, toutes les femmes ne sont pas égales, et les discriminations racistes sont évidentes

Plus de précarité, plus de discriminations, plus d'exclusion, de stigmatisation, de vulnérabilité au sein d'une société où elles affrontent le racisme systémique... Associations et experts vouent bien des observations pour expliquer la réalité tragique de ces chiffres - à propos d'un sujet qui ne l'est pas moins.

A la BBC, toujours, la porte parole de l'association Southall Black Sisters le déplore : "Ces femmes doivent être protégées. Pourquoi la valeur de la vie des femmes noires est-elle si obsolète ? Elles sont confrontées à une crise... nous avons besoin que les politiciens et la police intensifient leurs efforts". Nécessité urgente, évidente, mais qui exige à la fois de se confronter aux enjeux des violences racistes, et au fléau des féminicides. Est aussi pointée du doigt, cette idée que les femmes noires seraient beaucoup moins prises en considération.

Une donnée qui témoigne de discriminations, et de la fragilité exacerbée des populations marginalisées et stigmatisées. On pense à ce titre à ce que subissent les personnes LGBTQ, et plus encore les personnes LGBTQ racisées.

Un enjeu que le commandant de police londonien Kevin Southworth n'ignore pas : "Nous prenons extrêmement au sérieux la violence contre les femmes et les filles sous toutes ses formes. Nous nous engageons à protéger ceux qui sont le plus à risque, quelle que soit leur origine ethnique et comprenons que les communautés sont affectées de différentes manières. Nous travaillons avec des victimes survivantes, des associations caritatives et des partenaires pour écouter, transformer et améliorer notre réponse".

De telles réflexions ne sont pas neuves. Dans des situations où les femmes subissent des discriminations, les femmes racisées en subissent d'autant plus : comme une sorte de "double peine". On sait par exemple que les femmes noires courent un risque plus élevé de décès pendant la grossesse. Aux Etats-Unis notamment, elles ont au moins trois fois plus de risques de mourir d'une cause liée à la grossesse que les femmes blanches. Cette étude le démontre. Des disparités qui s'expliquent notamment par la façon dont le personnel soignant traite les principales concernées...