Le premier bébé à 3 ADN de parents est né

Le premier bébé avec 3 ADN de parents est né
Le premier bébé avec 3 ADN de parents est né
Né il y a cinq mois au Mexique, le petit Abrahim Hassan est un bébé en bonne santé. S'il fait parler de lui aujourd'hui, c'est qu'il est doté d'une petite particularité génétique : son ADN ne lui vient pas de deux parents, mais de trois. Une naissance inédite mais qui pose aussi la question de l'éthique.
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C'est le premier bébé à trois parents. Abrahim Hassan est un bébé jordanien né il y a cinq mois dans une clinique du Mexique. Ses parents, Mahmoud Hassan et Ibtisam Shaban, ont eu recours à une fécondation in vitro un peu spéciale pour lui donner la vie. Porteuse saine de la maladie de Leigh, la mère avait déjà donné naissance à deux petites filles, toutes deux atteintes du syndrome génétique rare et décédées à 6 ans et 8 mois. Pour avoir un enfant en bonne santé, le couple a donc eu recours à une nouvelle technique expérimentale controversée qui consiste à utiliser l'ADN de deux femmes (la mère et une donneuse) dans l'embryon. Ainsi, la transmission de la maladie maternelle héréditaire est évitée.

Comme le révèle le magazine New Scientist, la maladie de Leigh affecte le développement du système nerveux et s'attaque aux muscles et au cerveau. Les gènes responsables se situent dans l'ADN du génome mitochondrial. Ce génome " fournit de l'énergie à nos cellules et est porteur de seulement 37 gènes qui nous sont transmis uniquement par notre mère. L'ADN des mitochondries est donc beaucoup moins important que le génome classique. Malheureusement, on trouve parfois dans les mitochondries des gènes porteurs de graves maladies. Chez, Ibtisam Shaban, environ un quart des mitochondries sont porteurs de la mutation responsable de la maladie de Leigh.

Une procédure inédite

Pour donner naissance à son troisième enfant, le couple a fait appel au Dr. John Zhang, fondateur du Centre de fertilité New Hope à New York. Une clinique qui a des antennes en Chine, en Russie et au Mexique, soit des pays qui autorisent la procédure médicale. Mais alors, elle consiste en quoi exactement cette procédure ? Comme l'explique Le Monde, Zhang et son équipe ont procédé à une fécondation in vitro faisant appel à une technique du transfert du noyau :

"Le docteur Zhang a extrait le noyau (porteur de l'ADN) d'un des ovocytes de la mère et l'a inséré dans celui d'une donneuse dont le noyau avait été préalablement ôté. L'ovocyte disposant des mitochondries saines a été fécondé in vitro avec un spermatozoïde du père. L'embryon ainsi engendré était donc porteur de l'ADN nucléaire des deux parents et de l'ADN mitochondrial fonctionnel de la donneuse".

La question de l'éthique

Cette technique de conception assistée n'est pas autorisée dans tous les pays. Aux Etats-Unis par exemple, la prudence est de mise car à la fin des années 1990, une dizaine d'enfants étaient nés suite à des injections de mitochondries de donneuses dans des ovocytes. Le problème ? Si certains d'entre eux se portent aujourd'hui très bien, d'autres ne se sont pas développés correctement. "Les autorités sanitaires américaines ont demandé aux cliniques d'arrêter en 2002" précise Le Monde. Au Royaume-Uni, une technique similaire a été adoptée en 2015 (le transfert pronucléaire) Mais pour Sian Harding, qui a travaillé sur l'examen éthique de la procédure dans le pays et s'est confié au New Scientist, la procédure utilisée par le Dr. Zhang "est aussi bonne, voire meilleure que ce qui se fait en Angleterre". Du côté de la France, la technique n'est même pas envisagée.

Jugée comme un "grand pas pour l'humanité" par John Zhang, cette fécondation in vitro très particulière est néanmoins encore très débattue. Il y a bien sûr le précédent américain mais aussi les questions de la manipulation génétique. Les opposants s'inquiètent ainsi du manque de supervision éthique de la procédure et pointent du doigt le risque de dérives vers l'eugénisme.

Les médecins assurent aujourd'hui que seuls 1% des mitochondries du bébé sont porteuses de la mutation. Un taux extrêmement faible qui ne devrait donc poser aucun problème de santé à l'enfant. Mais si les techniques utilisées aujourd'hui sont beaucoup plus précises que celles utilisées dans les années 90 aux Etats-Unis, la prudence reste de mise. Bert Smeets, professeur en médecine génomique à l'Université de Maastricht aux Pays-Bas, estime que les mitochondries porteuses de mauvais gènes pourraient se répliquer facilement et donc augmenter : "Nous devons attendre d'autres naissances et nous devons les juger avec beaucoup de soin".