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"J'aime bien voir les mamies, ça me fait penser à mes parents" : dans les Deux-Sèvres, une résidence réunit personnes âgées et jeunes migrants
Publié le 19 juin 2024 à 19:50
"J'aime bien voir les mamies, ça me fait penser à mes parents". Dans les Deux-Sèvres, 15 mineurs non accompagnés (MNA) cohabitent avec des personnes âgées dans une résidence intergénérationnelle...

"J'aime bien voir les mamies, ça me fait penser à mes parents". Dans les Deux-Sèvres, 15 mineurs non accompagnés (MNA) cohabitent avec des personnes âgées dans une résidence intergénérationnelle d'un nouveau genre, unique en France.

Arrivés l'an dernier d'Égypte, de Côte d'Ivoire, du Bangladesh ou de Guinée, placés sous la protection du Département et d'abord hébergés dans des hôtels à Niort, ces jeunes migrants ont été accueillis en janvier dans l'établissement des Vignes, à Sciecq près de Niort, qui était menacé de fermeture faute de nouveaux pensionnaires.

Après de nombreuses concertations et réunions publiques en présence d'habitants de la commune, des résidents et des familles, le projet de cohabitation a été validé. "Une première au niveau national", fait valoir la présidente du conseil départemental, Coralie Dénoues (DVD).

Ce dispositif "coûte moins cher" que d'autres formes d'hébergement et répond à l'interdiction de loger des MNA dans les hôtels, en vigueur depuis le 1er février, ajoute l'élue. La collectivité des Deux-Sèvres accueille 240 MNA sur son territoire et près de 1.100 autres enfants sont pris en charge par l'aide sociale départementale.

- Autonomie -

Depuis qu'il a rejoint la résidence des Vignes, Adama* "se sent mieux". "Ici, il y a de l'espace, je peux cuisiner", sourit l'adolescent de 15 ans, contrairement à l'hôtel où il mangeait des kebabs.

Mafé, sauce cacahuète, riz... Les produits traditionnels ivoiriens s'empilent dans la cuisine du logement qu'il partage avec Samba, autre mineur isolé. "Ça me ramène chez moi de cuisiner des plats typiques."

Un jeune migrant discute avec une personne âgée dans une résidence intergénérationnelle à Sciecq, dans les Deux-Sèvres, le 30 mai 2024 © AFP, Philippe LOPEZ

Les jeunes vivent en autonomie. "Ils font leurs courses seuls, gèrent leur budget et font le ménage", précise Valentine Boulanger, leur accompagnatrice. En plus de l'argent des courses, ils disposent de 40 euros par mois pour leurs "plaisirs personnels". Et des vélos sont mis à leur disposition pour se déplacer.

Le soir, après l'école, certains rejoignent des personnes âgées dans la salle de vie commune, même si "c'est juste pour être présents", relève Stéphanie Antigny, cadre de secteur de l'Association de Coordination du Soin et de l'Aide à Domicile (ACSAD) qui gère l'établissement.

"En Côte d'Ivoire, on habite avec nos grands-parents, alors ça ne me dérange pas du tout", témoigne Adama. "Ils apportent un peu de jeunesse", sourit Roselyne Guiyonnet.

Cette résidente septuagénaire a appris à certains son jeu de cartes préféré, une façon de créer du lien malgré la barrière initiale de la langue. "Les premiers jours, on jouait au Loto et Ahmed est venu tout de suite. Il était heureux."

Lors d'un repas partagé, ce jeune bangladais de 15 ans leur a cuisiné un plat typique de son pays, le biryani. "C'était très bon", apprécie Roseline.

- Échanges -

En quelques mois, les échanges se sont approfondis. "Madame Clochard m'a dit que dans la vie, il ne faut jamais abandonner, quelles que soient les difficultés. Parfois, il faut vivre le pire pour obtenir le meilleur", raconte Adama.

Un jeune migrant dans sa chambre dans une résidence intergénérationnelle à Sciecq, dans les Deux-Sèvres, le 30 mai 2024 © AFP, Philippe LOPEZ

Le conseil résonne avec le parcours souvent douloureux et difficile à évoquer pour ces jeunes. "Ça me rappelle trop de choses d'en parler", confie Issa. Pour essayer de les soulager, l'équipe encadrante songe à recruter un psychologue.

En attendant, les professionnels se concentrent sur le suivi médical et professionnel. "On les aide à trouver un apprentissage, à les diriger vers l'autonomie pour qu'à 18 ans, une fois qu'ils ne seront plus sous la protection du département, ils aient de l'argent, un salaire et un logement", explique l'accompagnatrice.

Adama souhaite devenir menuisier et Issa, qui a découvert l'école en France, mécanicien. Ils aimeraient faire un CAP ou une formation professionnelle l'an prochain.

"À terme, l'objectif est d'évaluer s'ils arrivent à mieux s'insérer en étant dans ces conditions plutôt que dans une résidence habitat jeunes par exemple", projette la présidente du Département.

Ce nouveau dispositif, "observé à l'échelle nationale" selon elle, pourrait être dupliqué dans les Deux-Sèvres d'ici la fin de l'année dans d'autres résidences autonomie "en perte de vitesse".

* les prénoms des mineurs ont été modifiés

ivv/ppy/dch   

  

© Agence France-Presse

Par Terrafemina avec AFP | Agence de presse
L'Agence France-Presse (AFP) est une agence de presse internationale généraliste et multimédia.
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