Chaque femme est-elle prisonnière de son corps ? Ainsi s’interroge la réalisatrice Marie-Elsa Sgualdo avec ce premier long-métrage, le puissant portrait d’une jeune fille en quête de liberté, silenciée et jugée dans une société oppressante.
Un monde cisaillé par les conflits. Car cet A-bras-le-corps, à découvrir en salles dès ce 27 mai, nous plonge effectivement dans la Suisse de la Seconde Guerre Mondiale. Violences patriarcales et antisémitisme virulent s’y conjugent et tout participe à tourmenter notre protagoniste, Emma. Victime de viol, celle-ci doit faire face à une grossesse non souhaitée. Sa vie est chamboulée du jour au lendemain.
Notre héroïne craint de connaître le même destin que sa mère, qualifiée de tous les noms après avoir quitté son époux pour un autre homme. Ajoutez à cela, les sermons religieux qui constituent en partie son quotidien. La honte encombre donc ses épaules... Et c’est de cette culpabilité, indissociable de la condition féminine comme l’analyse Mona Chollet dans son dernier essai en date, dont parle frontalement cette démonstration à la fois intimiste et intense de “female gaze”.
Ce “regard féminin” qui consiste à nous immerger au sein d’une expérience du second sexe, sensorielle et authentique, loin des stéréotypes chéris par les cinéastes masculins… et qui confère à A bras le corps une grande audace féministe.
A-bras-le-corps est un film qui porte bien son nom.
Car c’est une œuvre organique. En nous immergeant dans la vie, et au coeur de la sensibilité émotionnelle et psychologique d’Emma, ce récit très subtil nous propose de partager sans sensationnalisme les affects d’une jeune fille esseulée. Tout se dit sans longs dialogues, sans même parfois la moindre ligne : le langage y est une question de silences éloquents, de ressenti, d’émois qui bouillent à l’intérieur.
A bras le corps est une histoire de colère contenue. De rage qui ne demande qu’à être libérée, de rébellion qui s’énonce sans cris, comme les prémices d’une révolution. Et cela se traduit notamment par une atmosphère anxiogène et pesante, une photographie clinique, blanche, qui va de paire avec l'interprétation impressionnante, toute en nervosité, en heurts, de la révélation Lila Gueneau.
Et malgré son cadre historique, cette puissance de ce qui se devine à l’image, un discours résolument intime et politique sur l’émancipation des femmes et le rapport douloureux au corps, s’avère redoutablement contemporain. A ne pas louper.
Un film de Marie-Elsa Sgualdo. Avec Lila Gueneau, Grégoire Colin, Cyril Metzger… En salles depuis ce 27 mai 2026.