Cécile de France partage dans ce film pas vraiment comme les autres, à retrouver gratuitement sur la plateforme de francetv, une scène de sexe intense avec Jean Dujardin, faite d'émois quasiment murmurés, tout sauf sonores, de silences contenues et de gémissements libérés. La séquence est très osée dans sa façon de redéfinir la mise en scène de deux protagonistes qui font l'amour dans une fiction. On tutoie là une forme de naturalisme mais aussi de tendresse déconcertante.
"Je fais de Jean mon jouet sexuel !", décrit-elle non sans irrévérence, Cécile de France. Elle évoque les dessous de ce moment en apesanteur dans les pages de Paris Match, au sein d'une interview "d'époque" dans laquelle l'actrice revient abondamment sur cette scène tout sauf gratuite : riche en émois, oui, mais aussi, en sens, compte-tenu de l'intrigue, de la relation entre les deux protagonistes, de tout ce qui se joue, là, sous la couette, sur l'oreiller.
Ce film, vous l'avez en tête : il s'agit de Möbius, récit d'espionnage signé Eric Rochant, le créateur du Bureau des légendes. Jean Dujardin et Cécile de France se fuient et se suivent, dans un jeu du chat et de la souris étourdissant et politiquement dense. Très hitchcockienne, selon le cinéaste. Qui considère la scène de sexe entre les deux personnages, longue, lente, puissante, comme un moment-clé : là où se disent, par les corps, ce qui ne peut s'exprimer par les mots.
Même réflexion chez l'actrice, qui témoigne : "Nos personnages vivent un amour fulgurant. C’est comme un miracle, un fluide doré. Il fallait vraiment qu’on ressente cet abandon sans réserve. Moïse, interprété par Jean, devient le jouet sexuel d’Alice, que j’incarne".
Et Cécile de France de décrire ensuite avec une grande minutie les coulisses de ce moment très intime. Et fusionnel.
Cécile de France va dans ce témoignage déconstruire avec application le jeu de cette sexualité simulée. Elle dit tout à nos confrères de Paris Match.
L'interprète a décidé de s'immerger dans la tête, et le corps, sensuel, de son personnage, afin de rendre cet instant "orgasmique", littéralement, aussi réaliste que possible, voire quasiment documentaire :"Alice va faire du personnage de Jean son jouet sexuel. Elle part au plafond avec lui. Eric Rochant, le réalisateur, m’a demandé de travailler les tremblements, les spasmes, les respirations, la douceur, le moelleux, la recherche d’une petite mort, bref les orgasmes. Ce qui est évidemment très particulier à faire."
Ce n'est pas tout. Chaque geste a été calculé et travaillé des heures durant. C'est aussi une première pour une comédienne à qui l'on a rarement demandé de jouer autant de sa sensualité, de son pouvoir d'attraction, de sa nudité. Une audace particulièrement intime et féministe.
Elle développe encore : "Ces scènes d’orgasme ont été les plus difficiles à tourner et celles pour lesquelles j’ai eu, paradoxalement, le moins de plaisir. Elles me faisaient peur. Pour que ce soit émouvant, il fallait que je puise dans l’intime, que je ne fabrique pas. Mais, en même temps, je ne voulais jamais dévoiler trop de moi. J’ai donc eu besoin d’être très dirigée par le réalisateur, au souffle près, afin que mon visage exprime ce plaisir intense."
Une conversation où elle aborde son rapport à la sensualité, et à la séduction. A son propre corps, à son image dans le cinéma français, à sa propre vision de la féminité ou de l'hyper féminité, bouleversée par une séquence comme celle-ci, qui étonne par son réalisme, par les silences qui entrecoupent les émois de la protagoniste.
"Je joue une trader américaine pour laquelle le personnage masculin doit avoir un coup de foudre immédiat. Il fallait aller chercher ce côté Julia Roberts, très attractif, très classe. Mais oui, je devais aussi accepter une forme de lâcher- prise, pour m’offrir, séduisante et désirable."
Séquence forcément inoubliable, à retrouver au cœur de ce film que francetv propose de (re)découvrir gratuitement...