Douze ans après sa sortie au cinéma, La Vie d'Adèle, réalisé par Abdellatif Kechiche, fait encore parler de lui. Comme si on n'avait pas encore tout dit, tout analysé, et donc peut-être pas encore tout compris...ou juste tout accepté. Car dans la trajectoire de ce film, récompensé de trois Palme d'or à Cannes l'année de sa sortie, le succès et la controverse se sont rencontrés immédiatement. En cause notamment, cette scène de sexe entre Adèle et Emma, incarnées par Adèles Exarchopoulos et Léa Seydoux. Une scène non seulement très explicite mais aussi spectaculairement longue : une dizaine de minutes. C'est sur ce point que le créateur de contenu Lucas Peron a décidé de revenir, dans sa vidéo publiée le 7 janvier.
Sur sa chaîne Youtube, Lucas Peron parle de cinéma. Dans sa dernière vidéo consacrée au sexe dans le 7e art, il interroge Manon Lugas, coordinatrice d'intimité connue sur Instagram sous le nom lecul_nu, au sujet de cette fameuse scène de sexe dans La Vie d'Adèle. "Kechiche s'est venté de ces scènes qui duraient 8 heures avec ses actrices comme une performance, la réalité c'est que c'est grave, très grave", déclare Manon Lugas. Pour elle, "si tout le monde avait convenablement travaillé", cette scène aurait pu être tournée en 15 minutes.
La durée de tournage de cette scène est loin d'être un détail quand on sait que les principales concernées en ont beaucoup parlé, ne cachant pas en être sorties très éprouvées. "Abdellatif, il a une méthode particulière, parce qu'il fait une scène sur plusieurs jours, expliquait Léa Seydoux sur France Inter. Faire dix prises c'est dur, mais tourner 100 prises un jour, refaire la même scène le lendemain... C'était obsessionnel, il nous épuisait à un endroit, mais de cet épuisement là, il en est ressorti des choses assez sublimes."
Des propos corrélé par Adèle Exarchopoulos, dans un extrait diffusé par Lucas Peron dans sa vidéo. "Abdel il est dur, il peut être dans la souffrance, déclare l'actrice. Il nous a fait du mal parfois psychologiquement parce qu'il aime travailler dans l'épuisement, il a besoin que tu t'abandonnes, il a besoin d'un lâcher prise et parfois tu te perds dans ce lâcher prise et c'est psychologiquement que c'est dur."
Au moment de sa sortie, le film a notamment été applaudi par la communauté queer, car il avait le mérite de faire exister une histoire d'amour lesbien à l'écran. Mais 12 ans plus tard, il semble que l'engouement soit lui aussi à nuancer. Pour Manon Lugas, les conditions de tournage des scènes de sexe de La Vie d'Adèle sont d'autant plus inutiles au regarde de "la médiocrité de la mise en scène lesbienne qui repose sur des codes très hétérosexuels".
"C'est une mauvaise représentation de la sexualité lesbienne, affirme l'experte. Ce sont des gens qui ont regardé du porno catégorie lesbien qui ont fait ces scènes. Ce n'est pas la communauté lesbienne qui a écrit ces scènes là, parce que ce n'est vraiment pas réalistes de comment les femmes entres elles font l'amour." Une occasion manquée selon elle, car "pour une fois, on avait un film qui montrait une histoire d'amour entre deux femmes."
Le discours d'Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux est longtemps resté nuancé, comme n'osant pas poser les mots que le mouvement Me Too a plus tard fait raisonner. Mais l'actrice principale a toutefois eu une déclaration qui sonne un point final : "je ne pense pas que la réussite artistique justifie tout."
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