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Marty Supreme avec Timothée Chalamet : gros film sur la masculinité toxique ? Oui, et c'est absolument sublime
Publié le 24 février 2026 à 11:00
Le meilleur des frères Safdie offre à Timothée Chalamet, (beaucoup) trop impliqué (jusqu’à cette promotion cauchemardesque), le rôle de sa vie et un très grand film sur la masculinité toxique, avec l’immense Marty Supreme : une leçon de mise en scène, chaotique, mais surtout, un grand moment d'ambiguïté émotionnelle.
Marty Supreme avec Timothée Chalamet : gros film sur la masculinité toxique ? Oui, et c'est absolument sublime
Marty Supreme avec Timothée Chalamet : gros film sur la masculinité toxique ? Oui, et c'est absolument sublime Marty Supreme est un grand film sur la masculinité toxique.

En racontant la trajectoire aussi spectaculaire que pathétique d’un protagoniste antipathique, professionnel du ping pong qui se pense potentiellement plus brillant qu'il ne l’est, et en ne censurant aucune de ses humeurs insupportables, ce faux biopic pas vraiment comme les autres dévoile le personnage masculin tel qu’on se lasse aujourd’hui de le voir : arrogant, mégalomane, un brin mytho, imprévisible, hyper bavard, égocentrique à souhait. Et on ne va pas se mentir, l'exercice promotionnel de son interprète, Timothée Chalamet, ne fait rien pour arranger les choses. Volontairement (?) insupportable et mégalo, le jeune comédien a décidé de rester dans la peau de son personnage au gré des interviews et émissions à l'international, quitte à faire grincer des dents et à nous saouler plus que de raison. Et à aller à l’encontre de ce que son film raconte : loin de glorifier la prétention de ce Marty “suprême” (dont l’idée de génie demeure l’invention de balles de ping pong oranges), ce dernier ne l’épargne jamais et laisse au public l’intelligence de le juger. Si ce dernier s’en donne la peine bien sûr. Alors, pourquoi ça marche ? 

Car justement, ce film, qui se joue des codes des récits sportifs, comme des biographies filmiques (autrement dit : des films à la gloire des hommes, tout simplement), et des feel good movies, parvient au gré de ses plans et de ses dialogues lourds de sens à étriller ce stéréotype de mec absolument toxique, notamment à travers un procédé narratif et formel très immersif, et intéressant émotionnellement : pénétrer à l’intérieur de sa tête, et des histoires que brode ce faux héros. De fait, alors que l’œuvre entière nous colle au plus près de ce personnage, de son corps toujours en mouvement et de son esprit en ébullition, les très nombreux contrechamps rappelant l’antipathie du héros - suscitant autant la haine des femmes que des hommes, car il manipule tout le monde - en deviennent d’autant plus cinglants.

A savoir, les regards des deux personnages féminins principaux, se rendant compte, au détour d’une scène, de l'égoïsme affolant de ce sportif prêt à tout sacrifier pour ce qu’il appelle, son destin. Cela tient à quelques répliques, à quelques regards : à une mise en scène intelligente qui entre deux démonstrations de force (le film n’est fait que de fuites et de corps renversés, de décors qui s’écroulent et de poursuites) donne le la à ce qui s’énonce entre les lignes.

Marty Supreme est un grand film sur la masculinité toxique.

En racontant la trajectoire aussi spectaculaire que pathétique d’un protagoniste antipathique, professionnel du ping pong qui se pense potentiellement plus brillant qu'il ne l’est, et en ne censurant aucune de ses humeurs insupportables, ce faux biopic pas vraiment comme les autres dévoile le personnage masculin tel qu’on se lasse aujourd’hui de le voir sur nos écrans de cinéma, il faut bien le dire : arrogant, mégalomane, un brin mytho, imprévisible, hyper bavard, égocentrique à souhait.

Et on ne va pas se mentir, l'exercice promotionnel de son interprète, Timothée Chalamet, ne fait rien pour arranger les choses. Volontairement (?) insupportable et mégalo, le jeune comédien a décidé de rester dans la peau de son personnage au gré des interviews et émissions à l'international alignées ces dernières semaines, quitte à faire grincer des dents et à nous saouler plus que de raison. Et à aller à l’encontre de ce que son film raconte : loin de glorifier la prétention de ce Marty “suprême” (dont l’idée de génie demeure l’invention de balles de ping pong oranges), ce dernier ne l’épargne jamais et laisse au public l’intelligence de le juger. Si ce dernier s’en donne la peine bien sûr.

Alors, pourquoi ça marche ? 

Car justement, ce film, qui se joue des codes des récits sportifs, comme des biographies filmiques (autrement dit : des films à la gloire des hommes, tout simplement), et des feel good movies, parvient au gré de ses plans et de ses dialogues lourds de sens à étriller ce stéréotype de mec absolument toxique, notamment à travers un procédé narratif et formel très immersif, et intéressant émotionnellement : pénétrer à l’intérieur de sa tête, et des histoires que brode ce faux héros

De fait, alors que l’œuvre entière nous colle au plus près de ce personnage, de son corps toujours en mouvement et de son esprit en ébullition, les très nombreux contrechamps rappelant l’antipathie du héros - suscitant autant la haine des femmes que des hommes, car il manipule tout le monde - en deviennent d’autant plus cinglants.

A savoir, les regards des deux personnages féminins principaux, se rendant compte, au détour d’une scène, de l'égoïsme affolant de ce sportif prêt à tout sacrifier pour ce qu’il appelle, son destin. Cela tient à quelques répliques, à quelques regards : à une mise en scène intelligente qui entre deux démonstrations de force (le film n’est fait que de fuites et de corps renversés, de décors qui s’écroulent et de poursuites) donne le la à ce qui s’énonce entre les lignes. 

En un mot, difficile de croire que le spectateur soit forcé “d’aimer” ce Marty dont on nous dit à de maintes fois à quel point il est infréquentable. Il serait absurde d’y voir son éloge. Le film se joue volontairement d’une ambiguïté, à la fois mélancolique et furieux, revigorant et amer, à l’instar d’autres œuvres bien moins “pop” et “attrayantes” qu’elles n’y paraissent - La La Land par exemple, autre récit de frustration et d’égo mal placé, de damnation et de création. Or l'ambiguïté est justement ce qui confère à ce film toute sa densité.

Mais si Marty Supreme se contentait d’incarner cette masculinité toxique, qui s’exacerbe quand elle s’exprime dans un domaine où tout est dicté par la compétition et le virilisme (la scène sportive, laquelle donne notamment lieu à une séquence où Marty aligne les jeux de jambes ridicules afin de charmer l’un de ses crush), il ne serait pas si original, ou pertinent. 

Son vrai tour de force, c’est de nous renverser lors d’une ultime prouesse sportive, et surtout, d’un tout dernier plan, qui nous bouleverse, autant qu’il offre une possibilité d’échappatoire au protagoniste. Pas forcément condamné à devenir un “vampire” sans émotions (une réplique texto du film), autrement dit, un véritable “enfoiré”, si l’on en croit cette image qui le confronte à ce qu’il fuit, réellement, depuis le début : ses affects. Son humanité. 

Là, Marty ne porte plus de masque : il ne pavoise plus, ne cancane plus, simplement, il s’effondre. C’est magnifique. Et c’est peut être cela l’exploit de Marty Supreme : le choc y est intérieur, pas physique. Vers, on l’imagine, on l’espère, une masculinité plus saine et empathique. Un nouveau Marty, en fait.

D’ors et déjà, l’un des plus grands films de 2026.

Par Clément Arbrun | Journaliste
Passionné par les sujets de société et la culture, Clément Arbrun est journaliste pour le site Terrafemina depuis 2019.
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