Et si nos chiens étaient de précieux alliés… Face à la solitude urbaine ?
Et pas seulement car ils nous accompagnent au quotidien. Mais surtout car ils nous aident à créer du lien avec des inconnus. Et je ne te parle pas d'accolades insistantes d'individus louches qu'on aimerait fuir à pleines pattes, non, mais de conversations saines et bienveillantes, nourries par la curiosité et la spontanéité, avec tes voisins de trottoir - et de canidés.
Promène toi avec un toutou, et tu le comprendras vite de quoi il est question dans cet article : impossible d’aligner deux pas de suite sans arrêt forcé… Et discute spontanée avec les maîtres et maîtresses des autres chiens. Il arrive même que d'autres, dépourvus du moindre toutou, s'arrêtent pour t'interviewer au sujet de ton précieux compagnon.
Même si le plus souvent, c'est le chien lui-même qui cause le break de ta promenade urbaine. Surtout dans les grandes villes… Où ces chiens font toute la différence au sein d'un flot d'anonymes qui s'entrecroisent sans jamais se voir ou se parler, sans que l'un prête attention à l'autre : ces chiens font office de sujet de conversation, ils provoquent des rencontres, hors drague, hors date, hors relous.
Des moments rares dans l’agitation urbaine, il faut bien le dire, et un sens, parfaitement nécessaires. Cela en devient presque politique, dans une société individualiste, dans un monde où l'urgence et la quête d'immédiateté nous déconnectent, paradoxalement, des autres. Le moindre sociologue vous le dira aisément. Une idée loin d’être anodine !
Et j'ai même découvert que des études très étayées ont été spécialement dédiées au sujet : de l'importance sociétale et psychologique des chiens en ville... Tout un programme, oui. Je t'explique tout.
Nos amis à poils sont curieux de tout, des autres chiens, des autres humains. Tu suis leurs pas (et pas l’inverse) au gré des rues, laisse tendue à la main, et forcément, tu te retrouves à interagir avec de parfaits inconnus, toutes les cinq minutes. Et bien plus souvent d'ailleurs si le temps est au zénith, encourageant les déambulations. Ca n’a l’air de rien, mais le chien fait à ce titre office d’allié à la sociabilité, d’intermédiaire direct entre les humains. Il devient le remède à la solitude, et à l’anonymat, qui caractérisent les grandes villes.
Il enclenche rencontres, curiosité et discussions.
Et s’oppose à l’agitation urbaine... Le pouls de la ville, on en est tous tristement conscients, c’est le rythme du métro boulot dodo : regards plaqués sur les portables, fatigue apparente, tempo accéléré des allées et venues au gré des rues et des feux rouges. Ce qui encourage guère à la flânerie, et aux échanges.
Or, les chiens viennent réchauffer cette atmosphère glaciale, qui désincarne, qui déshumanise : ils facilitent le contact, l’empathie. A leur manière, les chiens viennent briser le climat pesant des villes. Des villes qui ne sont pas forcément pensées pour créer du lien. C'est en cela que ce sujet dépasse de loin le simple cadre du "doggo" et du "kawai" pour devenir source de vivre-ensemble.
Les chiens sont de parfaits ice breakers qui s'ignorent : ils brisent le glace.
Et rétorquent par leur bonhomie naturelle au paradoxe des citadins : des individus partageant un espace collectif… qui ne fait hélas qu’exacerber leur isolement. Plus l'espace et la population se densifient, plus l'on est seul(e). C'est un triste constat posé depuis des lustres par les sociologues et les ethnologues, depuis la création-même des grandes villes.
Quand tu as un chien, les gens s’arrêtent, te questionnent, complimentent… Ils s’intéressent et en plus, le consentement est respecté : demande pour une caresse, une photo… Et cela, de nombreuses propriétaires de toutous en rendent compte.
Et plus encore, des blogueuses émérites qui ont tiré de ces observations de belles analyses. Comme l'Américaine, vivant à Toronto, du site Everyday Sociology - la sociologie au quotidien.
“Posséder un chien élargit mon cercle social. Dès mes premières sorties, j'ai intégré une société secrète : les « amoureux des chiens ». Pendant que les chiens reniflent ou jouent, les humains discutent. Explorer le monde avec son chien permet de lever le voile sur bien des aspects de la société humaine.”, dit l'érudite dans un billet d'humeur nourri de sa propre expérience. Inutile de vous faire un dessin.
Mais surtout, ces animaux de compagnie qui suscitent sourires, complicité et admiration, rétorquent à bout de poils à ce concept qui entérine tout espoir de sociabilité heureuse : la hustle culture. Autrice de l'essai Foules sentimentales, consacré à l'amour dans les grandes villes, et ancienne plume de Terrafemina, la journaliste Pauline Machado explique précisément sur quoi repose cet anglicisme.
"Les applis de dating par exemple épousent la "hustle culture" : l'idée libéraliste selon laquelle tout doit aller toujours plus vite, une "culture de l'agitation" qui implique d'être toujours en mouvement.", explique la spécialiste des relations, qui voit là un reflet évident de ce que nous imposent les grandes villes en général. Ce que raconte Pauline Machado, nos animaux de compagnie y répondent, avec fracas, en apportant un remède à cet individualisme effréné et forcené, et à cette course permanente à la performance et à la sur productivité.
Ce sont de véritables enquêtes qui en témoignent !
"Il est établi que les chiens peuvent favoriser les interactions sociales chez l'humain, ce qui pourrait améliorer le bien-être. Leur présence augmente la fréquence des interactions avec des inconnus." (Etude pour le British Journal of Psychology, in The National Library of Medicine). Mais ce que raconte cette enquête détaillée et scientifique, abordant aussi bien des enjeux psychologiques que sociologiques, c'est aussi un certain état d'esprit citadin. Qui s'exprime fortement dans une ville comme Paris où les solitudes sont multiples et complexes.
Pauline Machado une fois de plus, nous le relate : "Un film très parisien comme Le fabuleux destin d'Amélie Poulain retranscrit bien ces solitudes urbaines. Et démontre que l'on peut alterner dans ces environnements entre ces moments où l'on choisit d'être solo, et ceux où l'on interagit avec les autres, ce qui se retrouve à travers les attitudes d'Amélie.". Tout cela justement s'épanouit à travers notre rapport aux chiens, qui sont de véritables catalyseurs de sociabilité... Et de sociologie.
De quoi conférer d'autant plus de valeurs à nos amis à quatre pattes.