"Je veux créer une musique qui exalte, qui étourdisse, qui soit comme la vie",
Qui n’a jamais rêvé d’observer, comme une petite souris, le processus de création de l’un des plus grands compositeurs de l’Histoire de la musique classique : Antonio Vivaldi ? Et pour contempler les légendes, rien de tel que d’adopter un point de vue extérieur, discret mais précis - comme dans le très, très romancé Amadeus de Milos Forman.
Pourquoi pas celui de l’une de ses élèves, attentive aux cours méticuleux du maître, en plein 18ème siècle ?
C’est précisément cela que propose Damiano Michieletto, grand nom de la mise en scène d’opéras, qui dévoile avec Vivaldi et moi son tout premier long-métrage en tant que cinéaste. Et se plaît à contrer toutes les attentes que ce titre peut éveiller. Loin d’être une déclaration d’amour béate à l’artiste, le réalisateur désacralise celui-ci. N’hésitant pas à questionner le statut de “génie masculin”, une interrogation très actuelle. Et surtout, il lui privilégie un un point de vue féminin, comme pour déboulonner des statues poussiéreuses.
Résultat ? Ce Primavera - intitulé de l’oeuvre dans la langue de Fellini - s’avère intensément moderne, aussi subtil que pertinent. Et passionnant.
Comme le laissait deviner son passage très remarqué au Festival de Toronto.
Imaginer les sonates de Vivaldi à travers le regard d’une orpheline, femme de l’ombre donnant vie à ses partitions au sein de l’Ospedale della Pietà ?
L’idée, audacieuse, éclot d’un roman primé en Italie (Stabat Mater de Tizano Scarpa) et se voit ici réappropriée par la scénariste Ludovica Rampoldi, à qui l’on doit le récent (et admirable) Il Maestro, avec Pierfrancesco Favino. Et l’autrice de renforcer la dimension intime et politique d’un récit “d’époque” jamais désuet. Sa fibre contemporaine n’est pas anachronique, mais suggérée, et forte.
On le comprend bien avant l’arrivée du maestro dans la narration : ce qui compte ici, c’est de rendre visibles, à l’écran et dans l’Histoire, toutes celles qui sont restées anonymes, malgré leur apport aux créations musicales. Choristes, altistes, violoncellistes…
Une présence féminine écrasée par l’ombre des géants masculins. Là, Vivaldi justement n’a rien de grandiloquent : asocial, regardant à peine ses élèves, vulnérable physiquement, il s’avère, cerise sur le gâteau, banalement lâche. Hors de son piédestal, il fait office de rôle secondaire face à Cecilia, notre protagoniste : un talent pur dont les ambitions sont étouffées par la société patriarcale - on la condamne à un mariage forcé. Mais dont l'environnement musical encourage la quête d’émancipation, fantasmée, aussi inatteignable que la noblesse qui l’écoute.
L'héroïne saura-t-elle, à l’instar des sonorités qu’elle chérit, s’envoler loin d’un monde qui désire l’immobiliser, la figer, comme une note sur une partition ?
Réponse en salles dès ce 29 avril.
Vivaldi et moi, de Damiano Michieletto, Avec Tecla Insolia, Michele Riondino. Diaphana Distribution, en salles dès le 29 avril.
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