Culture
C’est l’une des plus grandes artistes vivantes : Nan Goldin a révolutionné mon regard, voici pourquoi
Publié le 4 juin 2026 à 16:00
Ce n'est pas simplement une exposition, c'est une expérience. Le Grand Palais nous permet de (re)découvrir l'œuvre immense de Nan Goldin, photographe légendaire mais encore trop méconnue du grand public. Se confronter à cet art, c'est accepter d'être bouleversé.
C’est l’une des plus grandes artistes vivantes : Nan Goldin a révolutionné mon regard, voici pourquoi
C’est l’une des plus grandes artistes vivantes : Nan Goldin a révolutionné mon regard, voici pourquoi Connais-tu la grande Nan Goldin ? Moi, je ne pourrais pas l’oublier. Photographe légendaire, vidéaste, militante, poétesse. Ses portraits ? Les étoiles underground du New York des années 80, ses clubs, sa communauté queer, ses junkies, ses travailleuses du sexe. Ses photos sublimes, crépusculaires, tendres et violentes, abondent au Grand Palais. Grâce à cette expo, on pénètre littéralement dans la tête de Nan Goldin. Ses photos sont présentées sous la forme de mini-films, de diaporamas, et également mis en musique. Des photos et des vidéos brutales, féministes, mélancoliques, poignantes. Elle-même ex droguée, elle a flashé chaque jour les marginaux, ceux qu’on a pris pour habitude de mépriser. Et puis, l’expo ne s’arrête pas là. Elle se poursuit à la chapelle St-Louis de La Pitié Salpêtrière. Oui oui, une chapelle, dans un grand centre hospitalier. Là-bas, tu peux découvrir une installation : “Sisters, Saints and Sibyllins”. Et elle m’a pris aux tripes. Le public doit monter un étage : il se retrouve surélevé, sur un balcon. Un film y est projeté, sur trois grands écrans, chacun diffusant des images différentes.

Connaissez-vous la grande Nan Goldin ? Moi, je ne pourrais pas l’oublier. Comme nombre de femmes photographes, son nom résonne trop peu dans l'imaginaire collectif aujourd'hui. Surtout si on compare cela à la postérité de ses homologues masculins. Et pourtant...

Photographe légendaire, vidéaste, militante, poétesse : Nan Goldin s'est aussi bien exprimée ces 40 dernières années à travers l'écriture, conjuguant symbolique religieuse, références culturelles diverses et journaux intimes d'une désarmante sincérité, qu'à travers l'image, qu'elle maîtrise avec un goût du "sans filtre", de la crudité, mais aussi, de l'allégorie. C'est naturaliste, pris sur le vif, mais jamais dépourvu de sens cachés, de symboles enfouis, d'une aura qui dépasse le cadre réaliste. 

Ses portraits, qui se comptent par centaines de centaines ? Les étoiles underground du New York des années 80, ses clubs, sa communauté queer, ses junkies, ses travailleuses du sexe. Elle-même ex droguée, elle a flashé chaque jour les marginaux, ceux que la société méprise. 

Ses photos sublimes, crépusculaires, tendres et violentes, sont rarement exposées : mais aujourd'hui, pour encore quelques semaines, elles abondent au Grand Palais. Au sein du musée, l’exposition This Will Not End Well nous offre la possibilité d'explorer cette œuvre polymorphe - un événement qui a déjà fait date à Stockholm, Amsterdam, Berlin et Milan - et est d'ailleurs co-organisé par le Moderna Museet, de Stockholm.

C'est dans ce cadre qu'à Terrafemina, nous avons pu les (re)découvrir. Et l'immersion fut plus que marquante. Aux côtés des rétrospectives dédiées à Lee Miller (au Musée d'Art Moderne de Paris) et Hilma af Klint, c'est l'une des expositions majeures de cet été, à n'en pas douter.

Mais ce n’est pas une expo : c’est une expérience. On s’explique.

"Bouleversant, immersif et très anxiogène" 
Ses photos sublimes, crépusculaires, tendres et violentes, abondent au Grand Palais.

Grâce à cet événement, on pénètre littéralement dans la tête de Nan Goldin. Et tout cela, grâce au choix très spécifique du dispositif privilégié au Grand Palais, qui embrasse l'installation vidéo. 

Déjà, nous sommes plongés dans l'obscurité. Nous errons d'une pièce à l'autre, chacune étant également plongée dans les ténèbres, simplement éclairée par des écrans de projection. Ses photos sont effectivement présentées sous la forme de mini-films, de diaporamas, et également mis en musique. Un choix de l’artiste elle-même. 

Et c'est une initiative qui fait sens : les musiques de ces films ajoutent à l’intensité de l’expérience. Toutes les émotions déjà présentes sur ses portraits s’intensifient grâce au son. Parfois mélodique, parfois très anxiogène. C’est juste poignant.  Notre trajectoire lors de cette rétrospective a été minutieusement pensée : l’exposition se déploie au sein de pavillons conçus par l’architecte Hala Wardé. 

Même ces salles sont des oeuvres d'art.

"Nan Goldin photographie des fantômes"
Ses portraits ? Les étoiles underground du New York des années 80, ses clubs, sa communauté queer, ses junkies, ses travailleuses du sexe.

Et puis à côté de cela, il y a le grain originel des indénombrables portraits de Nan Goldin : cette captation de la lumière, cet usage du flash, qui donne l’impression que l’artiste photographie… Des fantômes. Une impression qui nous touche d’autant plus que beaucoup de ses “modèles” ne sont plus de ce monde, notamment à cause du Sida.

The Ballad of Sexual Dependency (1981-2022) ; The Other Side (1992-2021) ; Memory Lost (2019-2021) ; Sirens (2019-2020), sont les créations vidéo qui composent ce panoptique vertigineux. On se retrouve hagard, d'autant plus que le principe du diapo, du montage, permet d'entremêler des centaines de centaines de photos, et de les lier, comme une narration limpide, fluide. Tout fait sens soudainement : narration et sémantique.

Et puis, l’expo ne s’arrête pas là.

"Dans un hôpital, dans une chapelle" 
Au croisement du cinéma, de la photo, de l’art contemporain, et de la performance, l’art de Nan Goldin est surtout sensoriel : il prend aux tripes, il fait chavirer le cœur. Très visuel, mais aussi très sonore, il a été pensé pour te sidérer. Et mettre en lumière les grandes invisibles de notre société.

Elle se poursuit à la chapelle St-Louis de La Pitié Salpêtrière. 

Oui oui, une chapelle, dans un grand centre hospitalier, un drôle d'endroit s'il en est pour une exposition. Là-bas, tu peux découvrir une installation : “Sisters, Saints and Sibyllins”. Le public doit tout d'abord monter un étage : il se retrouve donc surélevé, sur un balcon. Un film y est projeté, sur trois grands écrans, chacun diffusant des images différentes.

On y diffuse donc le film “Soeurs, Saintes et Sibylles”, qui parle de l’internement et de la descente aux enfers tragique de la sœur de Nan Goldin. Trois écrans géants diffusent chacun des images différentes, composant un tout intensément organique. Les sonorités de ce film gagnent en ampleur grâce aux échos de la chapelle. Chansons, hurlements, prières, résonnent à nos oreilles abasourdies… 

Comme un film d’horreur.

Au croisement du cinéma, de la photo, de l’art contemporain, et de la performance, l’art de Nan Goldin est surtout sensoriel : il prend aux tripes, il fait chavirer le cœur. Très visuel, mais aussi très sonore, il a été pensé pour te sidérer.

À travers cette installation, et surtout, par le prisme du texte qui résonne, la photographe délivre une élégie puissamment féministe dédiée aux sorcières, aux femmes libres, aux grandes sacrifiées et persécutées de la société patriarcale. C’est une déclaration de sororité, qui naît d’un trauma personnel, trauma qui a changé la vie de Nan Goldin. 

Au croisement du cinéma, de la photo, de l’art contemporain, et de la performance, l’art de Nan Goldin est surtout sensoriel : il prend aux tripes, il fait chavirer le cœur. Très visuel, mais aussi très sonore, il a été pensé pour sidérer. Et mettre en lumière les grandes invisibles de notre société. Raison de plus pour vivre l’expérience au Grand Palais, et à la Pitié, jusqu’au 20 juin. Préparez vous à un syndrome de Stendhal.

Par Clément Arbrun | Journaliste
Passionné par les sujets de société et la culture, Clément Arbrun est journaliste pour le site Terrafemina depuis 2019.
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