Harry Styles fait son grand retour. Enfin.
Après avoir réécouté jusqu'à l'indigestion As It Was, petit bijou de pop et ritournelle aussi entêtante qu'un morceau des Beatles (l'une de ses grandes références, à l'ex-One Direction) on a pu découvrir ce vendredi le tout nouveau son du BG le plus talentueux de l'industrie. Futur tube en devenir ? En tout cas, Les Inrocks à l'unisson étaient au diapason niveau streaming, et a même donné le micro aux premières fans du bel Harry. Pour justement, une fois n'est pas coutume, tenter d'expliquer ce qui le rend si craquant. Et tenez-vous bien, mais en vérité, la beauté physique, si elle compte, ne fait pas tout dans l'équation.
Eléments de réponse à retrouver sur les images ci-contre : "Il est beau parce qu'il respecte les femmes !", "Parce qu'il a toute une aura, un charisme", "Parce qu'il a une vraie direction artistique, au niveau de ses fringues notamment", "Il a de beaux cheveux", "Il a aussi des tatouages"... Ce que l'on retiendra c'est que Harry Styles, comme a pu l'être Timothée Chalamet, tient sa "beauté" ou tout du moins son charme de ce qu'il semble défendre : une masculinité émancipée de sa toxicité, une sorte d'anti bad boy qui ne serait pas trop propre non plus (il a des tatouages, clin d'oeil) mais au fait des avancées féministes.
La preuve c'est que depuis des années, l'interprète multiplie les garde-robes excentriques qui viennent remettre en question archétypes genrés et orientations sexuelles, à l'instar d'un David Bowie.
C'est l'homme idéal ou bien, Harry ? On s'interroge.
Harry Styles représente-t-il l'Apollon des temps modernes, l'homme que les femmes attendent ?
Une masculinité plus saine et exempte de toute violence ? Parce qu'au bout d'un moment on a quand même marre des pervers narcissiques et des relations plus toxiques que l'uranium ?
A écouter les retours des auditrices de Harry Styles, on le comprend en tout cas. Ce n'est pas juste un faiseur de hits ou une voix harmonieuse, c'est aussi toute une "DA", Harry. Qui a intronisé à l'ère TikTok un certain goût pour la déconstruction. Aujourd'hui on s'amuse volontiers de l'expression "masculinité déconstruite" devenue très vite risible, mais à une certaine époque pas si lointaine, c'était tout un concept !
D'ailleurs l'autrice Aline Laurent Mayard nous l'avait relaté avec force détails, en nous présentant son passionnant essai et manifeste "Libérés de la masculinité : Comment Timothée Chalamet m'a fait croire en l'homme nouveau". Titre à demi ironique : l'homme nouveau, déconstruit, qui assume sa part de féminité ou plutôt, à l'inverse, bouge les lignes des stéréotypes de genre en démontrant justement qu'il y a mille masculinités et féminités différentes, s'émancipe des clichés, envoie valser la masculinité toxique et le culture de la virilité, bref, tout cela, demeure naturellement un fantasme car la masculinité n'est jamais tout à fait déconstruite - tout comme l'hétérosexualité.
L'autrice relate sur Terrafemina : "Ce que je voulais montrer avec ce livre, en m'intéressant aux nouvelles stars, comme Timothée Chalamet mais aussi Tom Holland et Harry Styles, c'est que les hommes qui ont le plus de succès en ce moment sont ceux qui sont à l'opposé du bad boy effectivement, privilégient dans leurs apparitions publiques une certaine gentillesse, se comportent professionnellement avec beaucoup d'écoute, tendent à traiter les femmes dans un rapport d'égalité. Cela prouve que ces anti-bad boys représentent quelque chose dont les gens ont envie désormais. Les gens ont envie d'être traités avec respect.
Et cela démontre aussi au passage qu'être "gentil" n'enlève rien au sexy, aux fantasmes, au sex appeal. Et cela s'observe d'ailleurs à travers le succès de certains films ou séries, comme Normal People, qui mettent en scène ce rapport d'égalité, et non de domination. On peut voir là un héritage des réflexions générées par le mouvement #MeToo : comment en est-on arrivé à trouver sexy les hommes qui font souffrir les femmes ?...
On nous a appris à trouver ça sexy d'être maltraitées, de glamouriser les traits de caractère des hommes qui peuvent faire du mal – de Autant en emporte le vent à Twilight. A l'inverse, on a aujourd'hui besoin de modèles, de créations dans l'imaginaire populaire qui viennent contrebalancer ça. Par exemple, la relation touchante entre Zendaya et Tom Holland.
Il n'y a pas d'homme nouveau, tout comme il n'y a pas d'homme providentiel. Il faut prendre du recul sur ce qui se passe dans notre société actuellement et se demander, par-delà les observations générales (des hommes qui expriment davantage leurs émotions, s'occupent des enfants, font le ménage...), ce qu'est au juste un homme, une femme, pourquoi on a créé ces deux catégories qui sont surtout des constructions culturelles."