Lio est de celles qui ne lâchent jamais prise : à bon entendeur, elles continuent de faire retentir leur parole engagée et vindicative.
Alors que la génération post-#MeToo acclame ses prises de position, d’hier comme d’aujourd’hui, l’interprète revient sur les nombreuses déclarations qui ont engendré ire misogyne et boycott. Envers sa propre personne, quitte à l’édifier sur une “liste noire”. Notamment suite à ses propos très commentés sur le meurtre de Marie Trintignant, tuée sous les coups de Bertrand Cantat, il y a vingt ans.
"On m'a traitée comme on traite toutes les femmes, comme une écervelée, comme une potiche, sexualisée à mort, humiliée", dénonce-t-elle à ce propos chez Konbini, en 2025, au sujet de cette performance télévisuelle très commentée : "Je savais que j'étais seule, mais j'y suis quand même allée. Parler, se taire, c'est une vraie question éthique. "
A l’époque, Lio commente ce drame, et fait de société, sur le plateau de l’émission Tout le monde en parle. Résultat : elle sera huée, insultée, et érigée sur la “liste noire” des maisons de disques et des producteurs hégémoniques de l’industrie du disque.
Rien que cela : pour avoir fustigé publiquement la mort d’une femme et la romantisation d’un chanteur par la presse - Bertrand Cantat est décrit en ce temps-là comme une icône “maudite” à l’amour forcément “passionnel”, tendance tragédie shakespearienne. Lio a osé parler et pour cela elle a été mise au ban de la scène professionnelle.
On l’écoute ?
Lio témoigne de sa situation au beau milieu des années 2000, après sa prise de parole auprès de Thierry Ardisson, dans ce qui demeure alors l’un des programmes culturels les plus visionnés du PAF. Auprès d’Augustin Trapenard, sur les ondes de RTL, elle dénonce avec éloquence : “Après la séquence chez Ardisson, je n’avais plus rien : plus de contrat, plus de tournée, plus d’agent… Des gens m’ont barré la route. Je craignais que d’autres artistes féminines en pâtissent après moi. Je n’ai rien dit à l’époque“. Edifiant.
La chanteuse évoque notamment des “problèmes de tourneur” qui ont succédé à ce “backlash” : à ce retour de bâton, comme on le dit dans le jargon féministe - un “retour de bâton”, désigne la période de régression qui succède toujours à une phase d’avancée des droits des femmes. Cet anglicisme est le nom d'une enquête de référence de la journaliste américaine Susan Faludi, publiée en 1991, et dédiée aux diverses formes qu'a pu arborer la "puissante contre-offensive pour annihiler les droits des femmes". Quatre années d'investigation, couronné par le Prix Pulitzer et accessible en français aux éditions Des Femmes. Lio en sait certainement quelque chose, car précisément, elle a profondément subi ce phénomène culturel et sociétal.
Et l’artiste de poursuivre sur le même ton, quand Augustin Trapenard lui demande si la société a évolué depuis cette censure, cette exclusion de sa voix ouvertement féministe et militante, sororale : "Non, les choses je crois, ne changent pas, vingt ans après la séquence de chez Ardisson. Car il y a encore énormément à faire. En France, on se heurte à quelque chose de très culturel. Que l'on n'affronte pas en Espagne par exemple”.
L’Espagne a longtemps été à l’avant-garde des avancées féministes, notamment pour ce qui est du traitement des féminicides par la justice. Un combat intime et politique que mène depuis toujours Lio, à l’antenne et ailleurs.