“Tu vas t'faire Marie Trintigner”, “Tu seras ma petite chienne”, “Suce ma bite pour la Saint-Valentin”, “J'te fais la rondelle à la margarine”, “Tu vois trouble après l'éjac' faciale”... Amis poètes, bonjour.
Ces propos (vulgaires, misogynes, sexistes, dégoûtants et j’en passe) sont ceux écrits par Orelsan et hurlés par le rappeur dans Saint-Valentin. Ce titre, ode nauséabonde à la domination sexuelle masculine, date de 2009. Plus de quinze ans après, le jeune papa ne l’assume plus du tout. Ses fans, eux, en revanche… en redemandent.
Le 14 février dernier (pour la fête archi commerciale de l'amour), ils ont été nombreux à lui réclamer cette chanson lors de son concert au Zénith de Nantes. Raté : fin de non-recevoir. Orelsan a préféré ne pas entonner ce morceau sulfureux. “Je vois vos panneaux, je vais pas chanter ‘Saint-Valentin’, vous pouvez complètement enlever les panneaux, a-t-il lancé dans une vidéo devenue virale. Il y a des enfants de huit ans. On chante ‘Saint-Valentin’ ce soir, dans 20 ans ils commettent des crimes. C'est ça que vous voulez qu'il se passe ? Eh bah non ! Il va pas se passer ça. Vous pouvez rentrer chez vous, allez la voir sur YouTube tranquillement en famille.”
Pas plus d’explications que quelques blagues. On rappelle pourtant qu’à sa sortie, le morceau avait déclenché une polémique nationale (pour ses paroles et sa référence immonde au meurtre de Marie Trintignant notamment) jusqu’à provoquer des réactions politiques et des tentatives d’annulation de concerts. Mais Orelsan n’a jamais nié ses débuts controversés. Au contraire. Il en a parlé, souvent. Parfois maladroitement, parfois avec une lucidité désarmante.
Comme Saint-Valentin, cet “hymne misogyne”, il a aussi du mal à assumer Sale pute, son tout premier tube aux paroles tellement dérangeantes qu’on ne les réécrira même pas ici. Dès les années 2010, il expliquait déjà que certaines chansons avaient été écrites dans un contexte précis, avec une colère, une immaturité, une volonté de choquer qu’il ne reniait pas… mais qu’il ne revendiquait plus comme une ligne de conduite.
“Je comprends que Sale pute ait choqué. À l’époque, je voulais provoquer, sans mesurer l’impact que ça pouvait avoir”, disait-il à Libération. Auprès des Inrocks, il se défendait (un peu maladroitement, mais honnêtement) : “Ce sont des personnages, des exagérations. Mais avec le recul, je comprends que certains textes puissent être mal reçus.” C’est le moins qu’on puisse dire. On ne pardonne pas vraiment, mais on comprend un peu le raisonnement. On essaie, en tout cas.
Dans un paysage culturel où l’on somme souvent les artistes de choisir entre repentance totale ou provocation permanente, Orelsan opte pour une troisième voie : la distance. Il ne nie pas la misogynie de certains textes passés, il ne la justifie plus non plus. Il la replace dans une époque et choisit de ne pas la reproduire. “J’ai fait un clip qui montre que c’est une parodie, je ridiculise le mec bourré qui dit n’importe quoi, expliquait-il à propos de Sale pute dans Gala. Peut-être que pour mieux différencier fiction et réalité, je referais le clip… Pour le reste, je ne changerais rien.”
Attaqué par des associations féministes, poursuivi à l’époque par Ni putes ni soumises pour injure et provocation à la violence envers les femmes, il n’a jamais présenté d’excuses formelles. Et le rappeur a été relaxé deux fois par la justice qui a brandi la sacro-sainte "liberté d'expression artistique". “Les féministes ont fait énormément de choses bien, et elles continuent, mais elles sont aussi un peu à côté de la plaque, déconnectées de la culture des jeunes”, lâchait-il alors, agacé.
Des excuses ? Non. Une mise à distance ? Oui. Il n’efface pas le passé, il ne le glorifie plus non plus. Et ça, même si certains fans le regrettent (et ça, c’est encore un autre problème). Pas de repentance spectaculaire, pas de censure non plus. Saint-Valentin restera une chanson controversée. Sale pute restera le marqueur d’une époque profondément dégueulasse. Le refus de les chanter aujourd’hui ne les efface pas.
Mais il rappelle une chose importante : ces chansons n’auraient jamais dû devenir des refrains scandés en chœur.