Soyons honnêtes : on a déjà vu cette image. Très souvent. Trop souvent. La femme à genoux, l’homme debout, le regard vers le haut, le corps féminin comme argument marketing.
Ce n’est pas nouveau, loin de là. C’est un immense classique de la grammaire publicitaire, rangé entre “femme allongée pour vendre une voiture”, “femme dénudée pour vendre du dentifrice” et “femme muette pour vendre du parfum”. Quand on a vu la dernière campagne de la marque de Sydney Sweeney, on a d’abord levé les yeux au ciel.
Comme beaucoup (sûrement), ça nous a d’abord fatigués. Sydney Sweeney en position de femme objet, encore ? Un sentiment de déjà-vu qui nous colle aux rétines depuis qu’elle a explosé dans Euphoria et dont elle use et abuse… Alors oui, on en a un peu marre. Parce qu’elle n’aide pas un combat féministe pourtant plus que jamais nécessaire. On en a marre que tout passe par des codes pensés pour le regard masculin… surtout venant d’une femme. Ok faut poser en culotte et en soutien-gorge pour vendre, mais pourquoi reprendre les codes sexuels des années 1970 ?
Marre que la posture dise parfois plus que le discours. Marre que l’argument visuel soit toujours le même, même quand les femmes sont enfin plus que des objets de convoitise hypersexualisées. Mais (et c’est là que ça se complique), Sydney Sweeney n’est pas une débutante piégée. Ce n’est pas une actrice à qui on a “imposé” une image rabaissante. Non, au contraire : c’est une femme qui sait exactement ce qu’elle fait.
L’actrice a souvent expliqué son rapport décomplexé à son corps, à la sexualité, à la manière dont Hollywood adore sexualiser tout ce qui bouge. Consciente du monde misogyne et sexiste auquel elle appartient, Sydney Sweeney a choisi de reprendre la main là-dessus. Et là, on est forcé de le reconnaître : on est chouïa embêté. On ne peut pas, d’un côté, réclamer la liberté totale des femmes sur leur image et, de l’autre, décider à leur place quelles postures sont acceptables ou non.
On ne peut pas dire “mon corps, mon choix” uniquement quand le choix nous plaît visuellement (ou idéologiquement). Alors oui, Sydney Sweeney a le droit de jouer avec les codes. Le droit de les reproduire. Même quand ils sont archaïques et qu’ils font mal à voir. Le droit aussi de les utiliser pour vendre de la lingerie, si elle le souhaite. Car, qu’on se le dise, le féminisme n’est pas un dress code et ne doit surtout pas le devenir.
Mais le malaise n’est pas imaginaire. Même quand le choix est conscient et réfléchi, l’image circule dans un monde qui ne l’est toujours pas. Une image n’appartient jamais totalement à celle qui la produit, elle devient souvent ce que les gens en font. Et dans un paysage saturé de corps féminins mis en scène pour vendre, cette posture-là continue de faire écho à quelque chose de très ancien. Quelque chose qui dépasse Sydney Sweeney. Quelque chose qui parle du regard que l’on porte encore sur les femmes dans un monde post-#MeToo.
On peut être fatigué des codes machos tout en respectant le choix individuel. On peut aussi regretter qu’elle ait sciemment choisi un imaginaire masculiniste et qu’elle donne raison aux idiots qui font d’elle un simple bout de viande. Oui, elle fait ce qu’elle veut, et ça, ce n’est pas négociable. Mais on a aussi le droit de dire qu’on aimerait voir autre chose. Peut-être que ça aide à vendre des soutifs et des strings, mais c’est lassant.
Joue avec les codes, Sydney, tu en as le droit. Mais pas en te cachant derrière des lunettes de gros beauf.