Emmanuelle Devos trouvait dans ce film beaucoup trop méconnu son plus grand rôle ou en tout cas, son plus féministe : celui d'une desperate housewive trimballée dans les galères du quotidien.
C'est à revoir gratuitement en ligne et c'est juste immanquable : La vie domestique donne l'impression de lire un essai de Titiou Lecoq ou de Mona Chollet mais porté par l'une des plus merveilleuses actrices de notre cinéma.
Ce film donc, La vie domestique, est à redécouvrir gratuitement sur la plateforme de Arte en ce moment.
Et vous auriez tort de vous en priver. On vous raconte pourquoi.
Emmanuelle Devos porte sur elle, en compagnie d'admirables consœurs, ce thriller social qui nous met le cardio au plus mal en se contenant de suive, avec un sens du rythme façon A plein temps, la journée d'une mère au foyer. Tout un sport, les principales concernées pourront le confirmer !
Sorte de comédie dramatique intense de réalité, cette plongée dans le quotidien des femmes de l'ombre (les mamans de la vie ordinaire et plus globalement les femmes au foyer) brille par son souci d'authenticité. Et par sa galerie de portraits soutenue par une écriture de grande qualité.
Ecriture épatante qui confère d'ailleurs à ce panoptique de portraits de femmes une densité sociologique.
Au choix, La vie domestique aborde sans appuyer trop lourdement sur l'émotion des thèmes aussi divers que la charge maternelle, le burn out maternel, l'égale ou non répartition des tâches, les devoirs domestiques, tout ce qui constitue une vie de maman. Ah et puis bien sûr, la charge mentale tout court, et autres motifs abordés en long et en large par des autrices aussi importantes pour la cause féministe que la dessinatrice Emma.
Mais là, c'est version cinéma ! Et surtout, c'est une immense Emmanuelle Devos, habituée aux performances sous tension - chez Audiard - et aux rôles complexes psychologiquement et émotionnellement parlant - chez Desplechin - qui occupe une grande partie de la fiction chorale.
Quand bien même le récit est orchestré par un cinéaste masculin, c'est tout un female gaze, un regard féminin et polyphonique, qui traverse ce constat de la condition féminine pas exempt d'amertume.
Sans être pour autant dépourvue de sororité, et d'éloquence féministe.
C'est juste implacable et brillant.